Scène des plus inhabituelles hier soir au poste de police de Baie-du-Tombeau avec un sergent séquestrant son inspecteur pendant environ 30 minutes dans une enquiry room après lui avoir passé les menottes aux poignets. Une altercation entre les deux protagonistes au cours d’une enquête sur un cas d’attentat à la pudeur, avec comme présumée victime un enfant de 4 ans, est à l’origine de cette délicate affaire qui fait grand bruit au sein de la force policière, plus particulièrement la division de Port-Louis Nord.
Pour justifier d’avoir passé les menottes aux poignets de son chef hiérarchique, le sergent de police Aullyman devait soutenir que l’inspecteur Linlay Frichot s’est senti vexé quand il a débarqué au poste de police de Baie-du-Tombeau et constaté que la déposition de la victime, dans l’enquête sur ce cas d’attentat à la pudeur, avait été complétée et qu’elle devait se rendre à l’hôpital pour des examens. En principe l’Inspecteur Linlay Frichot était on duty hier soir en tant que OPS Officer de Port-Louis Nord et devait par conséquent surveiller le bon déroulement des opérations dans les postes de police de cette région. Dans sa déposition consignée, le sergent Aullyman a fait comprendre qu’en débarquant dans l’enquiry room, l’inspecteur Frichot aurait lancé : « Bizin get derier zanfan-la. » L’inspecteur aurait ensuite donné des instructions à la mère de la victime pour qu’elle lui enlève son short.
Poursuivant sa version des faits, le sergent Aullyman soutient que la mère a mis à exécution les ordres de l’inspecteur et que lui-même devait alors intervenir pour l’empêcher d’enlever le short de son enfant. Mais son chef serait revenu à la charge en lançant « mwa ki pe donn lord ! » Le PS Aullyman soutient qu’à ce moment précis, alors que l’enfant dormait, l’inspecteur Linlay Frichot a fait preuve d’agressivité en balançant sèchement « al get ou kouyonad ! » Devant ce que le sergent considère être un abus d’autorité, il a “cautioned” l’inspecteur tout en l’informant de son droit constitutionnel.
Le PS Aullyman serait ensuite intervenu une nouvelle fois pour faire comprendre à son chef qu’il était en état d’arrestation, alors que ce dernier tentait de quitter le poste de police de Baie-du-Tombeau. Le sergent affirme, dans sa déposition, qu’à cet instant l’inspecteur devait s’engager dans une lutte avec lui. Les boutons des deux poches de chemise du sergent ont été endommagés et c’est pour cette raison qu’il devait consigner une autre déposition pour « damaging government property. »
Protocole non suivi
De son côté, l’inspecteur Linlay Frichot, 43 ans, affecté normalement au poste de police d’Abercrombie, donne une autre version des faits concernant cette soirée sous tension au poste de police de Baie-du-Tombeau. L’inspecteur raconte d’abord qu’il avait “attended” ce cas d’attempt upon chastity un peu plus tôt et qu’il a constaté après que le sergent Aullyman consignait la déposition de la mère de la victime. L’inspecteur explique qu’au moment où il a demandé au sergent un feedback sur le déroulement de l’enquête, il a constaté que le protocole qui devait être suivi n’avait pas été respecté.
L’inspecteur Frichot aurait alors fait une requête auprès du sergent pour prêter une attention particulière à la famille de la victime. « Fer lanket la ou mem », aurait lancé le sergent à son chef hiérarchique en balançant le statement pad en sa direction. Les choses devaient s’aggraver au moment où l’inspecteur Frichot a voulu quitter l’enquiry room : son subalterne devait lui faire comprendre qu’il était en état d’arrestation. Il était alors 20h05. Le sergent lui a passé les menottes aux poignets et devait l’informer de ses drois constitutionnels. L’inspecteur a été blessé à la main gauche tandis que sa montre se serait brisée au moment où le sergent l’aurait traîné dans le couloir, où il devait demander à trois constables de « give assistance. »
Mais les constables, dont une femme, ont catégoriquement refusé d’obéir aux ordres du sergent tout en désapprouvant l’action dans laquelle il s’était engagé. Le PS Aullyman devait alors traîner à nouveau son chef hiérarchique dans l’enquiry room. Ainsi, l’inspecteur affirme avoir été retenu dans cette pièce de 20h17 à 20h47. Il a fallu l’intervention des hauts gradés de la police pour que l’inspecteur Frichot soit relâché avant de recevoir des soins à l’hôpital et d’obtenir cinq jours de congés maladie.
Décision a été prise de procéder à l’arrestation du sergent Aullyman sous une charge de séquestration avant qu’il ne passe toute la nuit au Moka Detention Centre. Il devait comparaître en cour aujourd’hui pour son chef d’inculpation provisoire.