La conférence ce matin à l’hôtel Intercontinental de Balaclava sur le thème « Media : Drawing the Line » a été transformée en une plateforme d’affrontements politiques avec en toile de fond le rôle controversable de la MBC entre le président de la République sir Anerood Jugnauth et le gouvernement représenté par l’Attorney General Yatin Varma, qui remplaçait le Premier ministre Navin Ramgoolam. La froideur dans les relations personnelles avec Yatin Varma ne saluant même pas dans son discours la présence du président de la République sur l’estrade publique et la hargne, caractérisant les propos dans le cadre formel aussi bien que dans des commentaires publics subséquents, dénotent clairement l’escalade au sommet de l’État. Il a vertement critiqué la politique du gouvernement en matière d’audiovisuel. À cela, il y aura la déclaration publique de sir Anerood Jugnauth au sujet de son éventuelle participation au rassemblement politique du 1er mai du MMM et du MSM une fois libéré de ses contraintes présidentielles.
Procédant à l’inauguration de ce séminaire, qui a vu la participation de Me Geoffrey Robertson, un des proches conseillers de Navin Ramgoolam en matière de loi sur la presse, sir Anerood Jugnauth a mis l’accent sur l’importance d’une presse libre dans une société démocratique. Il a rappelé que le gouvernement MSM/MMM élu lors des élections de septembre 2000 avait libéralisé les ondes dans une démarche visant à élargir l’espace démocratique.
Le président de la République devait toutefois se montrer extrêmement critique à l’encontre de la station de radio et de télévision nationale, financée par les fonds publics. « La MBC est devenue un instrument de propagande politique entre les mains et sous le contrôle du Premier ministre », a-t-il déclaré en exprimant le souhait qu’un plus grand nombre de permis de radios privées soit émis. Il a également fait état d’un « mindset of political unfairness » et de « political spindoctoring ».
Les critiques allaient toutefois être plus virulentes quand le président de la République, qui avait à ses côtés Alan Ganoo, Nando Bodha, Ravi Yerrigadoo et Sheila Grenade, a répondu aux questions des journalistes après la cérémonie officielle. « Zot tou kone kuma MBC li puan. Nou pa kapav kontinyé viv dan sa kalité latmosfer puan-là tou létan. Sa guvernma-là nek blagué, blagué. Samem li koné. Vrema si zot sinser, zot ti bizin larg télévision privée », devait-il faire comprendre.
Sir Anerood Jugnauth a saisi l’occasion de cette sortie publique pour répondre à la campagne d’attaques qui aurait été orchestrée contre lui par le Parti travailliste suite à ses commentaires sur la politique du gouvernement de Navin Ramgoolam. « Atann mo vinn deor, nou a gete si pa mo trop vié. Ou a gete kisanela ki pli vié », devait-il faire comprendre aux commentaires du Premier ministre et des autres membres du gouvernement quant à son âge.
En ce qui concerne sa participation au rassemblement politique conjoint du MMM et du MSM devant la municipalité de Port-Louis pour marquer la fête du Travail, le président de la République a fait comprendre qu’il sera volontiers de la partie une fois les responsabilités présidentielles évacuées de ses épaules. « Si mo andeor ek si mo invité pou le 1er-Mai, mo pou alé avek plézir », devait-il lâcher sans apporter de précision quant à son calendrier politique d’ici là.
Confronté aux accusations de l’Attorney General au sujet de la répression contre la presse en 1984 et en 1985, sir Anerood Jugnauth a tout simplement soutenu que « nou tout koné kan éna eksé, bizin rapel à lord ». Il n’a pas fait grand cas du manque d’égard et de décorum de l’Attorney General avec un « nou koné sa bann manier bann gouvernman-la ».
En effet, contrairement au protocole en vigueur, l’Attorney General est arrivé ce matin à la conférence après le président de la République. Lors de son intervention, Yatin Varma n’a pas fait allusion (acknowledged) à la présence de sir Anerood Jugnauth sur l’estrade. Anticipant les critiques du président de la République, le représentant du Premier ministre s’est appesanti sur l’arrestation de 44 journalistes et l’adoption d’une loi-scélérate contre la presse dans les années 84 et 85.
À la conclusion de son intervention, l’Attorney General a quitté tout simplement la salle de conférence sans attendre l’intervention de sir Anerood Jugnauth.
Les délibérations se poursuivront jusqu’à demain.