Depuis 18 h hier, le lagon d’Albion est formellement interdit aux baigneurs, aux pêcheurs et à tous ceux férus d’activités nautiques. Cette interdiction a été suivie d’une alerte aux requins. Pour cause, une baleine morte de sept à huit tonnes s’est échouée sur des rochers à environ 1,5 km du Club Med, dans un endroit communément appelé “Macalpine” par les pêcheurs, orienté vers Médine. La présence de cette énorme masse de chair ensanglantée a attiré plusieurs carnassiers marins, dont des requins, des “thazars” et probablement des barracudas, à en croire les pêcheurs de la localité.
Le Mauricien s’est rendu sur place hier, en compagnie de deux férus de la mer, Willy Nadal, pêcheur à Albion depuis plus de 20 ans et Robin Valayden, qui pêche pour son plaisir personnel. Pendant ce temps, Aziz Ait Ito, directeur du Club Med, déplorait l’absence d’informations de la part des autorités. L’animal sera-t-il brûlé, déplacé au large ou enterré ? À ce matin, plusieurs options étaient à l’étude.
Hier après-midi, alors que Willy Nadal et Robin Valayden faisaient route en direction de l’emplacement où se trouvait le cétacé, à plus d’un kilomètre du but, il était déjà apparent que quelque chose de très gros était en train de pourrir. Pour cause, une odeur nauséabonde pouvait se faire sentir dans un rayon d’un kilomètre autour de l’emplacement de la baleine. L’eau de la mer, habituellement cristalline à cet endroit, était opaque, avec des tâches de graisse, ainsi que de petits morceaux de chair qui flottaient. À environ 500 mètres du cétacé, l’eau était carrément rouge sang. « Ala li la ! Kapav trouv li depi isi. Get sa kantite disan la… » s’exclame alors Willy Nadal.
Le spectacle était désolant. Même si à peine un dixième de l’imposant animal émergeait, il était facile de deviner ce qui se passait sous l’eau, tant le sang entourant le cétacé était visible. « Samem ki gro danze la. Bann lotorite bizin fer kitsoz o pli vit parski tan ki sa balenn la res lamem, tout sort pwason danzere pou vini. Rekin inn fini vini, tazar ousi. Aster kapav ena barakida tou. Se bann pwason ki pa pou ezite pou atake », ajoute Willy Nadal.
Interrogés par Le Mauricien au sujet de ce qui a pu arriver au cétacé, Willy Nadal et de Robin Valayden émettent la même hypothèse. « Chaque jour, depuis le lever du jour, les animaux marins tels les baleines et les dauphins sont pourchassés au large d’Albion par une vingtaine de bateaux remplis de touristes. Nous ne serions pas étonnés d’apprendre que cette baleine a pu être blessée par une hélice de bateau. Et automatiquement, le sang de l’animal blessé va attirer les prédateurs marins tels les requins. Il faudrait aussi ne pas oublier que la dégradation de l’environnement peut y être pour quelque chose. Pour en savoir davantage, il faudrait qu’on puisse connaître l’âge de cet animal et savoir s’il est mort de vieillesse ou d’autre chose », soutiennent les deux hommes.
Une enquête souhaitée
Lorsque nous regagnons la plage d’Albion, peu avant 16 h 45, aucune décision n’a encore été prise dans le but d’interdire le lagon aux baigneurs et autres pêcheurs. Nous rencontrons alors le directeur et chef du village de Club Med, Aziz Ait Ito, qui s’apprête à s’entretenir avec des clients de l’hôtel au sujet du cétacé. « Je n’ai, en aucune façon, été informé par les autorités. C’est par la presse et des clients de l’hôtel que j’ai été informé de la présence d’une baleine morte derrière l’établissement. À partir de là, nous avons pris les devants afin de contacter officiellement les autorités dans le but de leur demander de prendre les dispositions nécessaires », dit-il.
Certains clients de l’hôtel, interrogés par Le Mauricien, affirment n’avoir rien entendu. « Vous nous apprenez la nouvelle. Nous n’avons rien entendu pour le moment, ni senti d’odeur, ou remarqué quoi que ce soit. C’est cependant vrai que cette présence peut être un inconvénient », nous a déclaré un touriste français. Peu avant la tombée de la nuit, soit à partir de 18 h, les responsables de la National Coast Guard (NCG) d’Albion, dirigés par l’inspecteur Rajapundit, ont émis l’interdiction et l’alerte aux requins. À hier soir, une seule décision avait été prise concernant le cétacé : attendre la marée basse pour enduire l’animal de chaux, afin d’empêcher que les mauvaises odeurs ne continuent de se propager.
« Pour le moment, la décision est de recouvrir l’animal de chaux. Pour la suite, ce sera aux autorités concernées, à savoir le ministère de la Pêche, en concertation avec la NCG et la Special Mobile Force, de prendre une décision finale », indiquait-on hier soir au Mauricien. À la mi-journée, les responsables de ces différentes institutions étaient sur place afin d’effectuer un constat de visu dans le but de décider de la meilleure option à adopter.
Pour Willy Nadal et Robin Valayden, cependant, chaque heure qui passe sans qu’aucune action concrète ne soit menée sur le terrain est une heure de perdue. « Au-delà des risques provoqués par la présence de requins et d’autres poissons dangereux, les autorités doivent aussi se dire que cette chair avariée et pourrie est mangée par d’autres poissons. Ces poissons risquent d’être pêchés, voire d’être consommés par des Mauriciens. Cela représente un autre danger », soutiennent-ils. Les deux hommes sont aussi d’avis que les conditions en mer étant imprévisibles, le flux et le reflux pourraient déplacer l’animal, l’entraîner vers le large, l’éloignant ainsi d’Albion mais le rapprochant de Médine, voire de Flic-en-Flac. « Si le courant déplace l’animal mort, on se retrouvera avec le même type de problème ailleurs ».
Willy Nadal et Robin Valayden souhaitent ardemment que les autorités ouvrent une enquête sur ce qui est arrivé à cette baleine. « La présence de cet animal mort dans notre lagon a des causes qui méritent d’être approfondies », estiment les deux hommes, qui souhaitent cesser de voir se dégrader le lagon et la mer autour de Maurice.