KAVINIEN KARUPUDAYYAN

« La joie d’un poète, c’est de savoir qu’au moins une voix répond à la sienne » – Pierre Renaud (1921-1976)

Les peintures pariétales en Europe et les bas-reliefs égyptiens témoignent de ce besoin des hommes et des femmes de laisser leurs traces comme ornement, pour mémoire ou tout simplement en tant que passeur d’idées aux générations à venir. Le poète et philosophe mauricien Bam Cuttayen (1952-2002) évoquait quant à lui dans son texte Devwar Patriot, paru dans l’album Fler Raket enregistré en 1980, cette philosophie de vie qu’est celle de laisser une trace durant notre passage sur Terre par le biais d’un véritable cri de cœur lancé aux Mauriciens.  Le poète déclamait : « Listwar kontigne/ bann patriyot kit enn tras lor ou pasaz/ pou pa vinn koupab divan nou zanfan » (Fler Raket, Fondasion Bam Cuttayen, 2011). Et outre l’île Maurice à laquelle il adhérait de toutes les fibres de sa personne, cela pourrait tout aussi bien s’appliquer aux citoyens du monde.

Ce message que Bam a envoyé par-delà les océans n’a pas laissé insensible Philippe de Magnée, ingénieur du son belge et grand Mauricien de cœur, qui a fait de cette manière de vie la sienne. En lançant son site filoumoris.com en 2017, c’est tout l’héritage musical des îles de l’océan Indien qu’il a sauvé de l’oubli mais aussi du temps qui tôt ou tard finira par ronger les vieilles cassettes d’alors. À ce jour, on peut répertorier 408 artistes, 749 CD ou K7 et déjà 7 558 titres recensés, dont 4 045 inédits ou disparus sur le site. Et c’est tout naturellement que Philippe de Magnée, Filou pour les intimes, dédie ce petit bijou à la mémoire de Bam qu’il cite sur sa page d’accueil.

Même s’il n’a côtoyé ce dernier que durant quatre jours, le temps qu’ils enregistraient l’album Pei Larm Kuler en 1981 dans l’église de Cassis, il convient de souligner que Bam l’a beaucoup marqué et influencé. « Bam inn tous mo leker », nous dira-t-il lors d’un entretien. « Il était un homme humble et doux, très à l’écoute et respectueux des autres. Ses textes, qui sont d’une rare beauté, doivent être lus dans leur ensemble pour pouvoir mieux en saisir le sens ». Les thèmes que déclamait le chansonnier poète Bam Cuttayen sont encore d’actualité. En avant-gardiste, il a été parmi les premiers à soutenir la lutte pour la décolonisation complète de notre île avec son Diego (Fler Raket, 1980). Quand le monde se voilait la face, il chantait Victor Jara (Fler Raket, 1980) pour montrer la solidarité du peuple mauricien envers le peuple chilien et Amandla (Zenfan Later, 1986) pour Mandela. Bam chantait pour enn lavi meyer même s’il savait parfaitement que la route était longue. C’est pourquoi il disait, « mem nu pa arive/ fler la nu pu truve/ leker kler nou va ale/ nou zâfân va rekolte » (Nuvo Lizur, Edisiô MMMSP).

Grâce à Philippe de Magnée, l’œuvre de Bam et de tant d’autres artistes de l’île Maurice, de La Réunion, de Rodrigues, de l’Archipel des Chagos, des îles Seychelles et des Comores sera transmise aux enfants de nos enfants et deviendra ainsi pérenne.