L’accusation provisoire qui avait été logée contre Serge Lachkar, homme d’affaires d’origine française qui a obtenu la citoyenneté mauricienne, a été rayée cette semaine par la cour de Bambous présidée par la magistrate Nalini Senevrayar-Cunden. Celle-ci est arrivée à la conclusion que cette charge d’escroquerie est « unsubstantiated and not based on any reasonable suspicion ». Elle observe également qu’une arrestation doit être basée sur une suspicion raisonnable et non « on hunch or instinct which cannot be explained and justified to an objective observer ».
C’est suite à une allégation faite par Jean Luc Besson, un autre industriel français, que la police a logé l’accusation provisoire. Selon celle-ci, Besson avait insinué que Lachkar s’est fait passer pour un VIP proche des ministres du gouvernement afin de lui escroquer des marchandises (du bois synthétique valant Rs 7 millions). Me Sanjeev Teeluckdharry, avocat de Serge Lachkar a argué lors des débats sur la motion dans laquelle l’avocat a demandé la radiation de la charge provisoire ajoutant que l’arrestation de son client était arbitraire et contraire à l’article 5 de la Constitution.
Serge Lachkar s’est installé à Maurice avec sa famille depuis plus de quinze ans. Le 24 juin 2013, son accusateur, Jean Luc Besson, avait déclaré au CCID qu’il a été dupé par son compatriote qui lui aurait fait croire qu’il était consultant politique très proche du pouvoir. Besson a aussi dit aux enquêteurs que Lachkar lui a montré des photos le montrant en compagnie de membres du gouvernement pour, soi-disant, l’escroquer de la marchandise.
Suite à la déclaration de Besson, la police avait immédiatement procédé à l’arrestation de Serge Lachkar. Il a été détenu en cellule policière aux Casernes Centrales et le lendemain, il a dû fournir une caution de Rs 500 000 pour retrouver sa liberté.
L’escroquerie aurait été commise, selon Jean Luc Besson, deux ans plus tôt, soit en 2011. Il avait indiqué au CCID que Serge Lachkar, directeur de la firme KG Pro Ltée, lui aurait pris Rs 7 M de marchandises et qu’il n’a rien payé tout en se faisant passer pour un VIP sur l’échiquier politique de l’île Maurice.
Serge Lachkar a nié lors de son arrestation toutes les allégations formulées contre lui. Il a produit aux enquêteurs des documents et des correspondances à l’effet que Besson lui avait proposé de faire des affaires avec lui à maintes reprises depuis 2009 et ce n’est qu’en 2012 que la compagnie de Besson, JLB Ltd, a effectivement livré à la compagnie de Lachkar, KG Pro Ltd, une partie de la cargaison du bois synthétique, pour laquelle il y a eu un paiement partiel d’un montant de Rs 390 000. Et que contrairement à son engagement, JLB Ltd n’a pas livré toute la marchandise mais exigeait la totalité de la somme convenue. Cependant, en novembre 2013, contradictoirement, JLB Ltd faisant abstraction de l’allégation d’escroquerie, JLB Ltd a logé une réclamation de Rs 4,8 M à la division commerciale de la cour suprême pour « goods sold and delivered ».
Serge Lachkar qui a toujours clamé son innocence a déploré qu’il n’ait pu voyager entre juin 2013 et février 2014 pour subir une intervention chirurgicale à Nice, France, en raison de l’« objection to departure » liée à la charge provisoire. Sa demande pour un variation order pour faire le déplacement a été tout simplement rejetée pour cause d’objection du CCID.
Cependant son avocat, Me Sanjeev Teeluckdharry, a présenté une nouvelle motion, cette fois-ci pour demander la radiation des charges vu que les allégations étaient non fondées et que toute l’affaire était soit de nature purement civile ou commerciale entre deux compagnies. La magistrate Senevrayar-Cunden a conclu dans le même sens et a prononcé un ruling pour rayer les charges retenues contre Serge Lachkar.
Elle estime, entre autres, que la police n’aurait jamais dû arrêter Serge Lachkar en premier lieu. « I am of the view that, in the present case, the police officer has not sufficiently explained the basis for this provisional charge which has been lodged against accused more specifically the fraudulent pretences which form the basis of the charge of the offence of swindling. He vaguely mentioned about a chimerical event and two photographs but failed to elaborate any further. I am alive that at this stage that it is not the duty of this court to go into the merits of the case since we are dealing only with a provisional charge. Nevertheless, to decide whether or not, the provisional charge is substantiated, this court has to be in the presence of facts consistent with guilt and not simply facts which arouse suspicion. I have also borne in mind that there is already a claim for goods sold and delivered at the Supreme Court against accused and that the deal was made with accused’s company and not with accused in his personal name. True it is that there has been a declaration that accused failed to effect payment for goods which have been delivered but in the absence of more details from which criminal intent may be reasonably inferred, I am of the view that the provisional charge is unsubstantiated », a conclu la magistrate.