Les travaux pour éviter le risque d’effondrement du réservoir de La Ferme, à Bambous, divisent les habitants. Ceux résidant à proximité de l’église de Bambous et à quelques mètres de l’église Saint-Sauveur, en particulier les squatteurs, pensent que « les travaux ne représentent aucun risque pour eux ». Quant aux squatteurs qui s’étaient installés non loin de la première ferme photovoltaïque à Eau-Bonne,  ils affirment qu’ils ne bougeront pas.
Le ministère de l’Énergie et des Services publics avait lancé un appel pour qu’un consultant soit engagé afin d’effectuer une étude approfondie sur le réservoir de La Ferme, Bambous. O. B., une retraitée de 72 ans, habite depuis 20 ans dans une maison en tôle à quelques mètres de l’église Saint-Sauveur. « Pa isi ki pou repar rezervwar. Se a Eau-Bonne kot bann “skwater” », lance-t-elle. À Eau-Bonne, nous avons rencontré Manoelle Finon, qui y squatte, depuis un an, un lopin de terre pour construire une maison en tôle pour sa famille. « Bann ofisie gouvernman ti vinn isi lane dernier. Zot ti donn nou enn let ek ti averti nou ki nou bizin kit isi ek ki pou reloz nou enn lot plas », soutient-elle. En attendant, Manoelle n’a pas croisé les bras. Elle a sensibilisé ses voisins et a regroupé environ une centaine d’habitants faisant face à la même situation, et ce afin de décider de la marche à suivre. Manoelle Finon a toutefois précisé que des familles, qui étaient venues habiter à Eau-Bonne, plus d’une dizaine n’auront pas à s’inquiéter car « elles ont déjà eu leur contrat en main » pour être relogées ailleurs. « Pa ankor kone ki kote selman », réplique Jean, qui suit la situation de près. Ce dernier nous a fait remarquer que les maisons des squatteurs, dont les numéros étaient encerclés en rouge par des officiers du ministère du Logement, devaient être détruites. « Sa bann lakaz-la ti pou kraze mardi dernie », explique Manoelle.
Déterminée à aller jusqu’au bout pour préserver son lopin de terre, cette habitante a réuni la semaine dernière les squatteurs pour une réunion. Ils s’étaient rendus chez le Ministre Mentor, sir Anerood  Jugnauth, à Vacoas, qui les a renvoyés à Ébène, au ministère du Logement, pour des éclaircissements. « Nou kone ki nou pe reste de manier ilegal lor terin gouvernma. Me nou ti a kontan nou ousi gagn enn ti kwin pou nou fami », souhaite Manoelle.
Yannick, voisin de Manoelle, fait partie des squatteurs mécontents. « Le ministère du Logement nous demande d’évacuer les lieux en raison des risques d’inondations. C’est totalement faux. Ma famille et mes enfants ont habité ici pendant 5 ans. Pas un seul jour le niveau d’eau du réservoir n’est monté jusqu’à notre maison. Ce sont ceux qui habitent à quelques mètres de l’église qui sont les plus exposés à de gros dangers. Sauf que là-bas, certains sont propriétaires de maisons et que nous, ici, nous sommes des squatteurs. C’est ça la différence. Je trouve dommage que certains en profitent pour créer de la confusion », nous confie Yannick.
Ce sera très dur pour lui, dit-il, de se reloger, car il travaille au Morne et ses enfants fréquentent l’école primaire de la localité. « Rezon ki pe avanse par lorite, ki dir ki zot bizin sa terin-la akoz rezervwar, li pa diboute. Nou konsian ki nou dan lilegalite. Me mo panse ki se enn stratezi pou donn bann kapitalis terin pou mont zot proze. Se touletan dimounn mizer ki ramas problems isi », déplore-t-il.
Steven Joseph abonde dans le même sens et dit croire « dur comme fer » que le gouvernement cédera une partie de ce terrain à un gros promoteur pour un projet quelconque. « On ne nous a pas encore donné la raison pour laquelle nous devons quitter ce lieu. Se enn flou total. Zot pe rod enn pretex. Il est vrai que le niveau d’eau a augmenté lorsqu’il y avait de grosses averses, comme dans tous les coins où il y a une rivière, par exemple. Le réservoir ne représente aucun danger pour nous ici à Eau-Bonne. Nous vivons tranquillement et paisiblement ici. Pourquoi devons-nous partir ? Et pour aller où ? Pas question de bouger d’ici. Le danger est ailleurs. Laissez-nous vivre en paix ! » demande Steven Joseph.
Marie Merlette Clair, elle, a obtenu son contrat en bonne et due forme. Malgré cela, elle dit ne pas être tranquille. Son fils, père d’un enfant de deux mois, qui habite dans la même cour qu’elle, a été averti. Il doit quitter les lieux dès que le consultant aura soumis son rapport. « Mo bien sagrin pou li ek so fami. Mo ti a kontan ki li osi li gagn enn ti bout later ek gouvernma pou li konstrir en lakaz », dit-elle. Du côté du ministère du Logement, une source proche du dossier a confié au Mauricien que la question de déloger les squatteurs à Eau-Bonne mardi dernier n’a pas été évoquée. « Nous étudions la possibilité de les reloger, mais ils doivent quitter cet endroit dès que les travaux démarreront pour sécuriser les barrages », indique-t-on.