Bambous-Virieux se remet à peine de ses émotions. Le calme est revenu après les événements des deux derniers jours où 16 pêcheurs ont été arrêtés après avoir enlevé des filets contenant des bars, un poisson prédateur, à la Ferme marine de Mahébourg. Dans le village, cette affaire est diversement commentée. Certains s’insurgent contre ce qu’ils appellent une « politique de deux poids, deux mesures », alors que d’autres pensent que les pêcheurs ont été mal avisés de commettre un tel acte. Ce qui est sûr, c’est que les pêcheurs de Bambous-Virieux ne sont pas au bout de leurs peines, après sept ans de lutte contre la Ferme marine de Mahébourg.
« Ki pou al kwi tanto ? », « Mo krwar pou bizin al fouy tek tek bor la mer pou fer bouyon ». Cette conversation entre deux femmes de pêcheurs de Bambous-Virieux témoigne de toute la détresse que vivent ces familles en ce moment. Hier, les 16 pêcheurs sur lesquels pèsent des charges de conspiracy et larceny ont passé une demi-journée en cour. La veille, ils avaient passé une journée en cellule avant d’aller en cour et être libérés sur parole à 17 h 30. Ce qui veut dire concrètement pour eux qu’il n’y a pas eu de revenu dans la famille. Et pas d’argent veut dire pas de nourriture, car la plupart du temps, ils travaillent le matin pour manger le soir.
Assis sur un banc de la plage publique de Bambous-Virieux, Patrick Michaël Souci, président de l’association Soleil Levant, qui regroupe les pêcheurs concernés, est lui aussi tourmenté. Mais il n’a rien perdu de sa verve et est plus que jamais déterminé à réclamer justice. « Nous avons agi dans un accès de colère », admet-il, tout en rappelant que son association dénonce la présence de la Ferme marine de Mahébourg dans sa zone de pêche car cela nuit à ses activités. Il précise également que les pêcheurs ne demandent pas de compensation, contrairement à la rumeur qui circule à cet effet.
Patrick Michaël Souci se dit tout de même satisfait que la population ait pris connaissance de l’existence du bar dans nos lagons. « Je laisse maintenant le soin aux autorités de venir nous dire si ce poisson est effectivement dangereux pour notre écosystème. D’après ce que j’ai pu apprendre, le bar est un prédateur. Il est dangereux pour nos poissons indigènes. Il est vrai que l’élevage se fait entre les filets, mais a-t-on la garantie qu’aucun ne puisse s’en échapper ? »