Dans Trésor Rakam Ti-Rouz, la version mauricienne du Trésor de Rackham le Rouge, le Kapitenn Mirenn découvre que son ancêtre aventurier, le chevalier de Murenne, était au moins aussi généreux que lui en matière d’invectives…
Un séjour sur une île déserte permet en effet à la petite équipe de Tintin d’entendre une bande de perroquets énoncer à foison des expressions colorées qu’ils se sont transmis de génération en génération depuis la mort de l’ancêtre. À fay zokris, gopia Troukanaka, veyer séké, tingam belboy, vié margoz, patol pouri ou kourpa san lézo s’ajoutent donc balié fatak, masinn poutou, baydoum san séo, figir boultang ou long bigay, etc !
Le Trésor de Rackham le Rouge fait suite au Secret de la Licorne que Shenaz Patel a traduit il y a deux ans, également à la demande de l’éditeur réunionnais Epsilon. Le dessin et la taille des bulles restent rigoureusement identiques à celles de l’album original, le dixième qu’Hergé a publié en 1944. Toutefois les inscriptions d’une colonne Morris dans laquelle Kapitenn Mirenn se cogne au début, ont été « mauricianisées »… avec quelques chanteurs d’opérette et poètes bien de chez nous.
Le Trésor de Rackham le Rouge voit l’entrée en scène du Professeur Tournesol. Il met l’accent sur les inventions et la personnalité de ce savant distrait et dur d’oreille, tandis que Le Secret de la Licorne se penchait sur le monde de la flibusterie et des corsaires. Pour dessiner cet attachant personnage, Hergé s’était inspiré de la physionomie de l’inventeur suisse Auguste Piccard, qui vivait à Bruxelles et avait pour habitude… d’expérimenter lui-même ses inventions. Il est possible de découvrir sa photographie, assez ressemblante, dans un numéro spécial très instructif d’Historia et Le Point sur les sources d’inspirations et références historiques d’Hergé.
Dans Le Trésor de Rackham le Rouge, le Professeur Tournesol ne semble pas avoir testé ses appareils avant de les présenter à ses nouveaux clients… Ce savant qui croit au spiritisme se balade avec son pendule tant au milieu de l’océan qu’au château de Moulinsart. En kreol mauricien, il devient le profeser Rokanbol, Ridol Rokanbol. Ce château a été inspiré par le château de Cheverny, situé dans les pays de la Loire en France. Il en a cependant écarté les ailes droite et gauche pour se conformer à l’univers de la BD et au format des cases.
Lorsque Shenaz Patel a effectué le travail de traduction, la Grafi Larmoni n’avait pas encore été officialisée par l’Akademi kreol morisien. Aussi préférait-elle limiter l’utilisation du w (toi plutôt que twa), et maintenir des accents lorsqu’ils correspondent à un changement de prononciation. « Il va sans dire qu’en cas de réédition ultérieure, nous utiliserions cette fois l’orthographe officielle, même si je regrette que les accents par exemple n’y soient pas utilisés », précise-t-elle.