La dernière édition de « Letter to Stakeholders – Unlocking our potential in these uncertain times », rendue publique, hier après-midi, a été l’occasion pour le gouverneur de la Banque de Maurice de revenir à la charge sur la conduite de la politique monétaire. Littéralement hanté par les échecs successifs essuyés par l’Establishment de la Banque centrale, il a fait un véritable plaidoyer pour un renversement de la situation en vue de permettre à cette dernière institution d’élaborer en toute indépendance la politique monétaire. Il est également revenu à la charge au chapitre des excédents de la politique monétaire en jetant la responsabilité sur le Trésor Public avec la prolifération des Special Funds. La Banque de Maurice rappelle qu’en 2013 « domestic and corporate credit have reached unprecedented heights » pour passer la barre des Rs 300 milliards, représentant 83% du Produit intérieur brut avec des répercussions sur le niveau de l’endettement sur le plan domestique.
Le point fort de cette communication officielle de 34 pages émanant du Governor’s Desk demeure l’objectif de « Hoping for a common ground on the monetary policy front ». D’emblée, Manou Bheenick revient sur « the entrenched divergence of opinion among Monetary Policy Committee members which surfaced during the year, pitting Bank executives against external members ». Il regrette le fait que contrairement à la situation dans les économies en développement, la majorité au sein de cette instance est en faveur des membres externes à la banque.
Réclamant une révision de la loi au sujet de la composition du Monetary Policy Committee, le gouverneur de la Banque centrale souligne que « the voting pattern in the MPC inevitably weighs on the overall credibility of the monetary policy decision-making process ». Il est d’avis que l’heure est venue « to give the Bank operational independence in the formulation and implementation of monetary policy as is the case not just in most developing countries ». Il devait également citer l’exemple de la US Federal reserve, la Banque centrale européenne, de la Reserve Bank d’Afrique du Sud ou encore de la Banque du Japon.
Toujours au chapitre de la politique monétaire, Manou Bheenick, se présentant comme un partisan d’une « adult approach to understanding monetary and fiscal policy », accuse la presse et des commentateurs économiques de « blow some issues ouf of proportion, to fan dissension, and to spread misunderstanding ». Toutefois, dans le paragraphe suivant, la controverse du niveau du Repo Rate, qui oppose la Banque de Maurice au ministère des Finances revient à la surface quand il fait allusion à la nécessité d’un « rethinking of our economic strategy ».
La Banque centrale est en faveur d’un rééquilibrage de l’économie réduisant le poids de la consommation et privilégiant les investissements et les exportations. « In my opinion, negative real interest rates relative to saving deposit rates offered by banks, typically 25 – 115 basis points below the KRR have contributed to a significant decline in the savings rate, given a boost to consumption leading to a sharp deterioration in the current account deficit, and fuelled speculation in search of higher yield beyond the safety of bank deposits », réaffirme Manou Bheenick en évoquant l’urgence d’une normalisation des taux d’intérêts bancaires.
« While monetary policy through an appropriate level of Key Repo Rate (KRR), could contribute to a more balanced economy, it should be accompanied by appropriate fiscal policies and supported by bold structural policies to raise productivity across public and private sector enterprises », note Manou Bheenick avant d’enchaîner avec l’autre dossier brûlant de l’heure, les excédents de liquidités. Il fait état du phénomène de “rising balance sheet stress” avec les operations pour stériliser ces excédents de liquidités dans le circuit monétaire. « With the large volume of BoM paper outstanding at end-December 2013, the sterilisation cost is expected to reach Rs 700 million in the coming year », confirme-t-il.
En guise de transition aux causes des excédents de liquidités, la Banque de Maurice égratigne le ministère des Finances au sujet de la résistance de ce dernier d’opérer une « full-fledged Debt Management Unit » à la Bank of Mauritius Tower, Toutefois, la virulence de l’argumentation développée au sujet des excédents de liquidités peut difficilement être occultée dans ce document portant l’empreinte de Manou Bheenick.
Les Special Funds opérés par le ministère des Finances sont pointés du doigt, prenant à contre-pied des décisions politiques adoptées dans le cadre des différents budgets. « Large and growing balances in Special Funds such as the National Resilience Fund, the Build Mauritius Fund and the Road Decongestion Fund, all financed by budget measures and transfers, are creating difficulties for the Bank to achieve its objective of monetary and financial stability », souligne-t-il.
Le Trésor Public place ces fonds auprès des banques commerciales, alimentant du même coup le niveau des excédents de liquidités. « To add insult to injury, the Bank’s actions and authority were further undermined by the Treasury effectively acting as a lender of last resort via the deployment of these funds to cash-strapped commercial banks, which would otherwise have taken the normal route of seeking accommodation from the Bank and enabled the Repo Rate Corridor to gain traction », écrit Manou Bhenick, qui fait comprendre que “it is unhealthy for the single largest player (le ministère des Finances) on the financial market to frustrate the Bank by its actions”.
La Banque de Maurice, qui s’appesantit sur l’importance d’un Single Treasury Account en son sein, annonce l’introduction du Cash Reserve Ratio différencié et plus élevé pour les dépôts venant de ces Special Funds en sus des balances des transactions.
Un autre phénomène inquiétant ayant surgi ces derniers temps concerne la croissance démesurée des crédits bancaires avec Maurice surpassant le taux enregistré au cours de ces dix dernières années dans les pays d’Afrique subsaharienne et des États insulaires. A la fin de décembre dernier, le montant des crédits bancaires a atteint le niveau historique de plus de Rs 300 milliards.
« While we have not reached the notorious credit growth peaks of Spain and Ireland, we are almost replicating the credit growth pattern of Singapore, without, however the decisive steps which Singapore initiated to curb the excessive leverage and cool property demand market », avance Manou Bheenick, qui rappelle que « this sustained increase in credit has gone hand-in-hand with rising indebtedness, in the household as well as the corporate sector, and increasing concentration of credit risk. »
Malgré tout, le gouverneur de la Banque de Maurice se félicite du bilan de l’année dernière car « the year 2013 saw the scoring many firsts, reaching new highs and establishing new records » avec des réserves de plus de Rs 100 milliards en mai de l’année dernière, de la couverture des importations représentant plus de six mois d’importations, des Bank of Mauritius Securities dépassant les Rs 20 milliards et plus de Rs 30 milliards en circulation. Manou Bheenick reconnaît que « successfully tackling the challenges does not rest on my shoulders alone, but depends crucially on the support of public policy-makers, Banks staff, and private stakeholders ».