La Banque de Maurice (BoM) réaffirme dans un rapport publié hier, le Monetary Policy and Financial Stability Report (une consolidation de l’Inflation Report et du Financial Stability Report), que « le système financier mauricien est solide et stable ». La Banque centrale observe que l’endettement des entreprises en pourcentage du Produit intérieur brut (PIB) du pays a légèrement baissé en 2015 alors que celui des ménages en pourcentage des revenus disponibles est resté plus ou moins inchangé l’année dernière. Cependant, la BoM préconise aux banques commerciales de faire des provisions accrues afin de prévenir d’éventuelles pertes sur les crédits.
Passant d’abord en revue la performance de l’économie mauricienne, la BoM observe que la croissance en 2015 a été en dessous des attentes, ceci avec pour toile de fond un niveau d’investissement plutôt faible et des pressions inflationnistes plus faibles. Le taux de croissance économique réelle a été corrigé à la baisse, soit à 3,1 % par Statistics Mauritius, reflétant une décélération dans le secteur manufacturier ainsi qu’une contraction soutenue du secteur de la construction. Mais, conformément à l’évolution de la structure économique du pays, la croissance 2015 a été soutenue par le secteur des services. Pour cette année, le taux de croissance de l’économie nationale a été estimé à 3,9 % et les risques d’une croissance plus faible sont principalement associés aux délais dans l’implémentation des projets d’infrastructure du secteur public et dans l’élimination des goulots d’étranglement dans la mise en chantier des projets du secteur public. La BoM est également d’avis que la stratégie de désendettement des entreprises peut retarder l’exécution de certains investissements privés.
Sur le front de l’inflation, les autorités bancaires notent un net recul en 2015, une situation qui reflète la tendance globale alors que les conditions domestiques, pour ce qui est de la demande, ont été plus faibles. Le taux d’inflation headline (moyenne du CPI sur 12 mois comparée à celle des 12 mois précédents) s’élevait à 0,9 % en mars dernier, soit le taux le plus bas depuis juin 1988. Se basant sur les résultats de l’Inflation Expectations Survey Entreprise en février dernier, la Banque centrale est d’avis que « the outlook for domestic in ation for the forthcoming different time horizons is assessed to remain skewed to the downside, indicating contained expectations ». La BoM anticipe pour 2016 un taux d’inflation autour de 2 %. Le déficit de la balance des comptes courants a été de 4,7 % du PIB en 2015 alors que les réserves en devises du pays représentaient environ huit mois d’importation de biens et services. Pour ce qui est de la politique monétaire, la BoM indique qu’elle est restée « accomodative » dans un environnement marqué par une croissance réelle limitée de la production. « The economy has been operating below its potential, with growth prospects hindered by the presence of structural bottlenecks as well as diverging productivity and wage trends », souligne la Banque centrale.
Sur la question de l’endettement des ménages, la BoM observe que sa part dans les revenus disponibles n’a presque pas changé en 2015. « Même si le ratio de la dette des ménages par rapport aux revenus disponibles est resté plus ou moins inchangé, cela grâce en partie à l’application de mesures prudentielles, l’évolution des prêts non performants des ménages est suivie de près », indique la BoM. Évoquant ensuite l’endettement des entreprises, la BoM constate qu’en pourcentage du PIB du pays, le niveau de cet endettement a légèrement diminué, et ce dans un environnement marqué par des mesures de restructuration financière et de désendettement par plusieurs grosses sociétés.
Le rapport de la BoM indique également que le secteur bancaire demeure « profitable » et que, dans la majorité des banques commerciales, le niveau de capitaux était conséquent à fin décembre 2015, soit à un niveau supérieur au taux recommandé de 10 %. Le ratio d’adéquation du capital était à un « comfortable level » de 17, 9 % fin 2015.
Toutefois, la BoM observe que le ratio des prêts non performants par rapport aux prêts totaux a maintenu sa tendance à la hausse, atteignant 7, 9 % en décembre 2015. Pour les autorités bancaires, cela reflète « a deterioration of asset quality mainly in credit extended outside Mauritius », d’où la recommandation faite aux banques pour qu’elles se dotent de ressources financières adéquates pour faire face à des pertes potentielles sur les crédits avancés à leurs clients. La BoM constate dans la même foulée que le secteur bancaire local reste exposé aux risques liés à la concentration des crédits à certains secteurs, incluant les risques de faillite de gros emprunteurs ou groupes liés à ces derniers.
Néanmoins, la BoM se félicite de la résilience du secteur bancaire et du système financier mauricien en 2015 en dépit des retombées de la chute du groupe BAI. Elle met, cependant, en garde contre les risques d’une concentration de portefeuilles de crédits, d’actifs et de développement dans le secteur du Global Business. La BoM souligne que la vigilance sera toujours de mise. Des initiatives seront prises pour accroître la résilience du système financier, dont la mise en place d’un Deposit Insurance Scheme pour protéger les déposants de même que la création d’une Asset Management Company afin que les prêts non performants n’affectent pas la stabilité de notre système financier. Par ailleurs, le cadre régulateur sera renforcé à travers la révision et la rationalisation des directives.