L’économie mauricienne continue d’opérer en dessous de son potentiel, reflétant ainsi une sous-utilisation des ressources. C’est ce que relèvent les procès-verbaux de la 37e réunion du comité de politique monétaire de la Banque de Maurice tenue à la mi-juillet 2015. Rendu public jeudi, le rapport du MPC souligne également que le secteur bancaire à Maurice demeure financièrement solide.
Le constat des techniciens de la banque centrale concernant la performance de l’économie mauricienne rejoint ceux d’autres institutions et organisations locales à l’instar de la Mauritius Commercial Bank (MCB) et de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI). Cette performance est en dessous du potentiel de l’économie nationale. Une évaluation de l’état de situation de l’économie réelle au premier trimestre 2015 fait voir qu’il y a un écart entre les résultats obtenus et la capacité de ce que l’économie peut produire. Ce « negative output gap » découle des retombées défavorables au niveau des demandes intérieures et extérieures cela alors que les conditions monétaires étaient accommodantes avec un taux d’intérêt maintenu à 4,65 %. La BoM fait état de son inquiétude pour l’avenir : « Unless structural reforms unleash productivity gains, lower saving and investment rates could pose a risk to growth going forward. » Un argument également repris par d’autres économistes.
Sur une base saisonnière ajustée, la croissance de l’économie domestique a été de 0,7 % au premier trimestre 2015, taux légèrement supérieur à celle du trimestre précédent. La consommation, principal moteur de croissance de la production réelle, a augmenté de 2,5 % comparativement au premier trimestre 2014 alors que les dépenses d’investissement n’ont connu qu’une croissance de 0,2 % après contraction pendant toute l’année 2014. Les pressions dues à la montée des coûts ont pu être contenues jusqu’ici, indique la BoM mais la situation nécessite un suivi constant. « Domestically, input cost pressures have been abating since early 2015. This is visible in the drop in producer price inflation (both Agriculture and Manufacturing), which went into negative territory in March 2015. The impact of the depreciation of the Rupee exchange rate on inflation has been contained so far by low global commodity prices. Both the wage rate index and unit labour costs have expanded in excess of productivity gains », écrit la BoM. Celle-ci considère qu’une progression des salaires qui soit supérieure aux gains de productivité risque de créer des problèmes à l’avenir surtout au niveau de l’inflation.
Pour l’année civile 2015, les prévisions de la banque centrale sont que le taux d’inflation sera d’environ 1,5 % pour grimper à 3 % en 2016 sujette à certaines conditions. En progression annuelle (CPI de décembre 2015 comparé à celui de décembre 2014), le taux d’inflation s’élèverait à environ 2 % à fin 2015 et à 4,4 % à fin 2016. Les techniciens de la BoM sont d’avis que cette hausse du taux d’inflation sera principalement attribuable à la réduction de l’écart entre la production réelle et le potentiel de production de l’économie mauricienne ainsi qu’à la politique monétaire accommodante. Quant aux facteurs exogènes, il semblerait qu’ils n’exerceraient pas de fortes pressions sur les prix à Maurice. La BoM estime à 3,7 % le taux de croissance de l’économie mauricienne cette année et anticipe un taux de 4,6 % pour 2016. Outre la politique monétaire et la reprise projetée des activités économiques dans nos principaux marchés, la banque centrale considère que la croissance économique au plan local « also appears significantly dependent on the successful implementation of public investment plans ».
Par ailleurs, les autorités bancaires font ressortir que les banques commerciales demeurent financièrement solides, étant capables d’opérer avec un taux d’adéquation du capital supérieure à 10 %, le minimum exigé. Ce taux est passé de 1,6 % en décembre 2014 à 17,1 % en mars 2015, indiquant un « adequate buffer and sufficient resilience to deal with crisis situations. » Même si la qualité des actifs des banques commerciales est d’un niveau fort appréciable, une détérioration marginale a été notée au niveau des créances douteuses. Leur part dans les crédits totaux est passée de 4,3 % en décembre 2014 à 4,4 % en mars 2015.
Après avoir maintenu à l’unanimité le taux directeur à 4,65 %, les membres du MPC ont convenu que leur prochaine réunion se tiendra le 9 novembre 2015.