La Letter of Development Policy signée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval prend à contre-pied ceux qui récusent le scénario d’un taux de croissance de 1,7 % en 2012 formulé par la Banque mondiale dans le Program Document pour le Public Sector Loan Performance Development Loan de 20 millions de dollars. D’aucuns affirment que ce Worst-Case Scenario fait partie d’un exercice équivalent à un Due Diligence de Maurice en tenant en ligne de compte les tendances économiques en Europe. Ce document de 75 pages en date du 27 février 2012 et accessible depuis récemment sur le Website de la Banque mondiale comprend cette Letter of Development Policy de six pages faisant état des principaux risques à l’économie dans la conjoncture.
Au septième paragraphe de cette Letter of Development Policy, le Grand Argentier concède des risques potentiels d’une nouvelle révision à la baisse du taux de croissance économique en 2012 après celle intervenue récemment avec la publication des National Accounts par Statistics Mauritius. « If the risks of delays in Foreign Direct Investments (FDIs) flows and project implementation are factored in and under a growth scenario same as 2008 for the tourism industry is factored in, growth is most likely to drop below 3 %. These possibilities could not be overlooked given the recent experience from the 2008/09 crisis », écrit Xavier-Luc Duval dans cette correspondance adressée au conseil d’administration de la Banque mondiale.
D’autre part, dans ce même document, la Banque mondiale n’écarte pas ce que certains qualifient de scénario catastrophe pour Maurice dans le sillage d’une « slower growth in partner countries in 2012 ». « Under this alternative scenario, real GDP growth in Mauritius is projected to fall by 2 percentage points to 1,7 percent in 2012 and 2,7 percent in 2013 and will rebound only in 2015. Export growth is projected to be significantly lower ».
Privatisation
Toujours dans la Letter of Development Policy, l’analyse des perspectives de croissance économique faite par le VPM et ministre des Finances n’est pas en contradiction avec les prémisses définies par la Banque mondiale dans son scénario de croissance à 1,7 %. Elle incorpore un facteur à hauts risques, les incertitudes autour de l’évolution du cours mondial du pétrole, pour justifier les mises en garde.
« Based on the current economic outlook presented by the World Bank in its recent report and after assessment made following consultations with private local operators the outlook for 2012 under the baseline scenario (growth of 3,7 %) has significantly changed ; the years ahead apper less promising in terms of growth, job creation, expansion of exports of goods and services and FDI flows for instance », reconnaît Xavier-Luc Duval au cinquième paragraphe de la Letter of Development Policy en soulignant que « the weakening is mostly due to lower growth expected in the export markets ».
Le ministre des Finances identifie également les autres facteurs influant négativement sur le taux de croissance. « Private sector investment is most likely to remain morose while total investment rate is likely to drop below 24 %. In terms of FDI flows the risk is significant over loss of potential flows in pipeline. Job creation will remain low and much below pre-crisis levels », soutient-il en plaidant en faveur d’une « coordination of fiscal and monetary policies to support growth and to limit job losses ».
Dans cette perspective, le VPM et ministre des Finances met l’accent sur l’importance du programme de réformes déjà initiées. « With signs of possible major economic downturn ahead which is likely to put all economies into prolonged periods of depressed growth and lead to job crises and falling income the challenge remains on the implementation of ongoing reforms and its pace. The importance of keeping the momentum of the ongoing reform program is critical to ensure confidence among both local and foreign investors », s’appesantit-il.
Xavier-Luc Duval confirme les principales composantes de la réforme dont le recours à la privatisation, y compris des avoirs de la State Investment Corporation. « These include privatisation of some State owned enterprises in the entertainment sector, creation of a National Resilience Fund to support SME Development, enterprise and market development and innovation, investment facilitation through rationalization of permits and setting up of Public/Private Sector Business Facilitation Task Force, merging of cess funded institutions, investment in capacity building, improving social protection through provision of decent housing units to needy families and empowerment », souligne-t-il dans la Letter of Development Policy.
Les répercussions d’une croissance inférieure à 3 % et davantage proche de 1,7 % se feront sentir au niveau de l’endettement public, avec le ratio de la dette par rapport au PIB se rapprochant de la barre des 60 % contre 54,2 % à la fin de l’année dernière.
Ciblage
La mise en garde de la Banque mondiale s’adresse également au secteur financier compte tenu des risques que représentent les secteurs de la construction et du tourisme. « However, two areas may constitute a risk in the medium term. First, the gradual concentration of lending in construction and tourism (almost 40 percent of total loans in 2010) makes local banks vulnerable to a deterioration of prospects in those sectors. Second, the significant increase in foreign currency deposits and loans, which now represent around 60 percent of total deposits and loans, will require continued close monitoring by the Central Bank (Bank of Mauritius, BoM). The financial system is vulnerable to a sudden withdrawal of foreign denominated deposits and to volatile exchange rates, even though the BoM has remained committed to intervening in the market to smooth exchange rate volatility », écrit la Banque mondiale.
D’autre part, la réforme du programme de protection sociale est une des principales composantes pour les décaissements de fonds par la BM sous ce prêt. Au chapitre de l’Operation Implementation, le document de la Banque mondiale relève que « Mauritius has a low rate of poverty, whether measured in relative or absolute terms ». Mais force est de constater que les données statistiques utilisées remontent à 2006/07, avec 8,7 % de la population, soit 106 000 Mauriciens, se retrouvant dans la catégorie de Relative Poverty. « Approximately 1 % of the population or 12 000 people live on less that US 1 per day », ajoute le document.
La Banque mondiale revient sur la nécessité d’adopter une formule de ciblage pour l’octroi de l’assistance sociale. « The government has modeled the impact of introducing a reform program that would target resources directly to the poor using a proxy means test to determine eligibility. The results of the model indicated that benefits currently given to at least 20 000 people who are well above the poverty would be redirected to people who are genuinely poor. However, despite this improvement, given the existing coverage of Social Aid, 55 000 out of the approximately 106 000 poor people in Mauritius would still not receive any benefits », trouve la Banque mondiale à ce chapitre.