Indépendamment des tractations sur le plan politique en vue d’une alliance électorale entre le Parti travailliste et le MMM, avec des incertitudes quant à une visibilité accrue sur le plan économique, la publication en fi n de semaine du Financial Stability Report de la Banque de Maurice vient remettre les pendules à l’heure par rapport aux préoccupations économiques. Les secteurs à risques ne sont pas des moindres, en l’occurrence l’accumulation de l’endettement des ménages et des entreprises, pesant à eux seuls quelque Rs 105 milliards, soit presque Rs 10 milliards de plus que l’année dernière. Le rapport s’appesantit sur le fait que « the rise in household debt and balance sheet vulnerabilities of some large corporates could have direct effects on the soundness of banks through a rise in Non Performing Loans ». Sur le plan sectoriel, l’industrie du bâtiment continue à affi cher des signes inquiétants avec un ratio de Non-Performing Loans se dégradant à 8,2% à la fi n de mars, nettement supérieur à la moyenne nationale.
Dans la conjoncture, tout en se voulant rassurante sur la résilience du système bancaire, la Banque centrale attire l’attention sur les dangers potentiels que représentent « excess liquidity in the banking system, decline in quality asset, and rising indebtedness of some large corporates ». Le Financial Stability Report souligne la nécessité d’une plus grande vigilance et d’un monitoring systématique de la situation pour éviter toute déstabilisation du système bancaire. D’entrée de jeu, la Banque de Maurice lance un premier avertissement à l’effet que « there are signs that the low interest rate environment might have increased demand for higher risk investments in fi nancial markets. Moreover, debt and property prices increased rapidly in several economies and there are associated concerns about borrowers’ ability to repay when interest rates rise. » L’une des priorités s’articule autour des mesures à prendre en vue d’une normalisation anticipée des taux d’intérêts, voire un ajustement à la hausse, dans des économies avancées et des implications pour la stabilité fi nancière à Maurice.
Surveillance étroite des créances douteuses
À la fi n de mars, les crédits bancaires ont enregistré une nette décélération, soit de 9,2% pour la précédente année à 1%. « This slowdown reflected a deceleration in credit extended by banks to the private sector in Mauritius and a contraction in cross-border credit, possibly due to uncertainties surrounding the Double Taxation Avoidance Agreement (DTAA) with India », note le document. Cette baisse dans la croissance des crédits bancaires n’est pas pour rassurer la Banque centrale en raison du poids conséquent des prêts et des avances en tant que « Credit Risk ». À la fi n de juillet, les crédits bancaires alloués au secteur privé a établi une nouvelle marque avec une enveloppe de Rs 301,5 milliards, soit Rs 13 milliards de plus qu’il y a un an. « The major share of private sector credit was channelled to corporates. Households borrowed 28,3 per cent of banks’ credit to the private sector”. Les chiffres rendus publics en fi n de semaine sur le site web de la Banque de Maurice répartissent les crédits alloués comme suit :
construction : Rs 77,1 milliards, soit Rs 5 milliards de plus qu’en juillet de l’année dernière, avec Rs 67,6 milliards de prêts et Rs 5,7 milliards de découverts bancaires ;
tourisme : Rs 47,5 milliards, représentant une hausse de Rs 2 milliards comparativement à un an de cela, dont Rs 23,9 milliards de prêts et Rs 4,7 milliards de découverts bancaires ;
ménages (consommation) : Rs 30 milliards pour la première fois, soit Rs 3 milliards de plus qu’en juillet de l’année dernière, dont Rs 23,2 milliards de loans et Rs 4,6 milliards de découverts ;
services financiers : Rs 22,7 milliards, soit une baisse de Rs 5 milliards en douze mois et ;
commerce : Rs 29,9 milliards, sot un peu moins de Rs 2 milliards de plus que l’année dernière. L’agriculture et la manufacture se partagent quasi équitablement des crédits bancaires de l’ordre de Rs 36 milliards, alors que le transport se contente d’une enveloppe de Rs 5 milliards et les TIC de Rs 1,2 milliard. Analysant l’évolution des crédits bancaires, le Financial Stability Report relève les premiers impacts des Macroprudential Measures annoncées par la Banque de Maurice en octobre de l’année dernière. « From a sectoral perspective, the concerns that had been raised regarding the signifi cant accumulation of credit to the construction sector remained though there was a decrease in credit growth and construction credit to GDP gap », avance le document. Dans ce contexte, la Banque centrale mise sur une surveillance étroite de l’évolution des créances douteuses car « the ratio of NPL to private sector credit stayed above 5 per cent over the year while the ratio of NPL to cross-border credit increased to 2.5 per cent, from 1.9 per cent a year ago. The continued rise in NPL over the past quarters is a matter of concern. The Bank remains vigilant about rising NPL in the banking sector ». Les secteurs à risques demeurent les segments du logement, de la construction commerciale et des morcellements dans la fi lière de la construction, du tourisme et de la consommation des ménages. Le nouveau tour de vis imposé par la Banque de Maurice avec les Macro- Prudential Measures à partir de juillet exigera une Additional Portfolio Provision des banques commerciales. Les créances douteuses dans la construction continuent à se dégrader pour atteindre 8,2% à la fi n de mars contre une moyenne nationale de 5%. Les graves problèmes rencontrés par les promoteurs du projet immobilier Le Merritt à St-Jean assombrissent les perspectives déjà diffi ciles. Ce projet a été placé sous administration judiciaire, alors que les repreneurs ne se pressent nullement au portillon.