Le gouverneur de la Banque de Maurice a mis en garde contre toutes les mesures irréfléchies en ces temps où l’incertitude pèse quant à l’état de santé de l’économie mondiale et la direction que prendra l’institution avec la crise actuelle dans la zone euro. Manou Bheenick intervenait vendredi soir au restaurant Opium à Bagatelle lors d’une réception de la Barclays Bank en l’honneur de ses clients sino-mauriciens pour marquer la fête du Printemps. « On doit se tenir prêt à toute éventualité », dira d’ailleurs Ravin Dajee, Managing Director de Barclays Maurice qui soutiendra les opérateurs économiques en particulier les PME.
« L’économie mondiale est en train de voguer aveuglément en territoire incertain », a observé Manou Bheenick. En ces moments d’incertitude, a recommandé le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), la meilleure chose à faire est de veiller à ce que l’économie mauricienne demeure en bon état. « Ce n’est certainement pas le moment de prendre des mesures de folie et des décisions hâtives. L’important est de consolider nos acquis. »
Tout en laissant entrevoir son inquiétude quant au retard dans la résolution du problème de la dette souveraine de la Grèce et à l’ampleur de la crise dans la zone euro, Manou Bheenick a laissé entendre que la Chine n’a pas les moyens pour sauver l’Europe. Face à un environnement économique mondial aussi difficile, le gouverneur est d’avis que la sagesse doit primer au plan décisionnel à Maurice. « I hope we do not make life difficult for ourselves », a souligné Manou Bheenick.
Le gouverneur de la BoM a fait ressortir au début de son allocution que Maurice a pu déjouer les pronostics en réalisant un taux de croissance supérieur à 4 % en 2011. Aucun secteur n’a véritablement subi les effets de la crise l’année dernière. « Il n’y a pas eu de dysfonctionnement dans notre système politique et économique. Il y a eu un dialogue enrichissant entre les différents secteurs concernés », a-t-il dit en substance.
Pour le gouverneur, la communauté bancaire a bien servi l’économie du pays et il serait approprié qu’elle partage un peu de ses profits avec ses clients.
Manou Bheenick a félicité la Barclays pour s’être distinguée ces dernières années comme meilleure banque en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Il s’est aussi réjoui des initiatives prises par la branche locale de cette banque dans le domaine de la santé à travers son programme de responsabilité sociale (CSR).
Pour Ravin Dajee, l’obtention du titre de Bank of The Year, décerné par la revue The Banker, est une grande réalisation pour Barclays Maurice. Cette distinction, a poursuivi le Managing Director, a été acquise sur la base d’une approche de gestion prudente des risques et sur un modèle d’entreprise solide et sur un engagement ferme à toujours mieux servir la clientèle.
Parlant ensuite de la crise globale, Ravin Dajee a indiqué que la Barclays Bank et les autres banques commerciales, en concertation avec la BoM, étudient les solutions possibles pouvant mitiger les effets de cette crise sur l’économie mauricienne. Ravin Dajee est d’avis qu’avec cette crise les banques vont faire l’objet d’une plus grande surveillance de la part des régulateurs. Les coûts des opérations bancaires risquent de prendre l’ascenseur dans certains centres financiers.
« Heureusement que dans le secteur bancaire à Maurice on n’a pas eu des actifs toxiques comme à l’étranger. Les banques à Maurice, comme l’a souligné le gouverneur de la BoM dans sa récente “Letter to Stakeholders”, ont démontré une grande résilience, étant bien capitalisées », a fait ressortir le Managing Director de Barclays Maurice. Ravin Dajee craint cependant une aggravation de la situation dans la zone euro en 2013. Il faudra, selon lui, s’attendre à des mesures impopulaires. « On doit se tenir prêt à toute éventualité », a-t-il prévenu.
Évoquant les opérations de la Barclays au plan local, M. Dajee a souligné qu’elle est disposée à apporter son concours au développement du secteur des petites et moyennes entreprises, annonçant au passage qu’un plan d’assistance est déjà en préparation. L’établissement appuiera ainsi des projets viables. « Nous ferons preuve de responsabilité dans nos actions », a-t-il déclaré.
Tout en réfutant les critiques selont lesquelles le secteur bancaire agit comme un cartel, Ravin Dajee a fait savoir que la Barclays pense revoir les frais et commissions qu’elle impose sur certaines opérations.
Il a aussi exhorté les opérateurs économiques à se tourner davantage vers le marché africain. « Africa is the place to be », a-t-il soutenu en rappelant que ce continent a enregistré une croissance soutenue de 8 % ces dernières années. La Barclays est prête à accompagner les opérateurs économiques locaux en Afrique où elle dispose d’un réseau de branches étendu et d’une participation majoritaire dans le groupe sud-africain ABSA. « Nous voulons tirer profit de l’expertise de l’ABSA pour étendre nos opérations en Afrique », a-t-il ajouté.