La division des recherches de Barclays Africa prévoit un taux de croissance de 3,9 % de l’économie mauricienne en 2015, taux qui devrait grimper à 4,3 % en 2016. C’est ce qu’a indiqué hier matin, Jeff Gable, Head of Macro and Fixed Income Research, lors d’une présentation, à l’hôtel Le Labourdonnais, du dernier rapport du groupe bancaire sur l’évolution de l’économie mondiale avec accent sur les performances attendues du continent africain et de Maurice. S’adressant à des chefs d’entreprise et spécialistes de la finance, Jeff Gable dit anticiper une hausse du taux d’intérêt directeur (de 4,65 % à 4,9 %) vers la fin de l’année ainsi que la parité entre le taux de change du dollar et de l’euro, autour de Rs 37,85.
Parlant de l’économie mauricienne, Jeff Gable a fait ressortir d’emblée que la croissance moyenne a reculé ces dernières années, un repli dû en partie aux retombées de la crise économique globale, mais aussi au fait que la hausse des revenus a rendu tout progrès rapide plus difficile. Il a ensuite passé en revue les performances des secteurs clés, notant au passage la bonne tenue des secteurs touristiques alors que la contribution du secteur manufacturier au Produit Intérieur Brut (PIB) a diminué et que l’industrie de la construction a été en contraction. Jeff Gable estime que l’industrie touristique continuera de croître, observant que la diversification dans les arrivées se poursuit. Il est important, a-t-il dit, que l’expérience proposée à la clientèle touristique soit unique, et pour cela il faudrait s’assurer qu’il y ait plus de valeur ajoutée locale.
Jeff Gable a également constaté que l’investissement (en pourcentage du PIB), tant public que privé, a été en baisse depuis quelques années et souhaite que les mégas projets annoncés dans le discours du Budget 2015-2016 puissent donner une nouvelle impulsion à l’investissement. Il faut coûte que coûte augmenter le taux d’investissement qui est actuellement d’environ 20 % du PIB. « There is little room for governement to lead the change », a fait comprendre Jeff Gable et il appartiendra au secteur privé de faire le nécessaire.
Le chef de la division des recherches macroéconomiques à Barclays Africa est d’avis que le déficit budgétaire s’élèverait à 3,6 % du PIB cette année pour descendre à 3,1 % en 2016. Quant à la dette du gouvernement, elle pourrait se situer à 52,2 % du PIB en 2015 avant de diminuer légèrement à 52 % en 2016. « Il faudra une planification budgétaire serrée si le pays veut atteindre la barre de 50 % en 2018 », a-t-il souligné. Pour ce qui est de l’inflation, Jeff Gable pense que le taux en glissement annuel («year-on-year inflation ») se monterait à 2,4 % en 2015, mais prendrait une courbe ascendante en 2016 (4,3 %). « Inflation may rise gradually over the medium term », a-t-il déclaré.
Évoquant ensuite la direction que pourrait prendre le comité de politique monétaire de la Banque de Maurice (BoM) concernant le taux d’intérêt directeur (Key Repo Rate), Jeff Gable a indiqué que sur la base d’une légère remontée de l’inflation vers la fin de l’année et la « normalisation des taux » dans d’autres pays dont les États-Unis, il est fort probable que le comité de politique monétaire de la BoM se prononce en faveur d’une augmentation du taux directeur dès cette année. Jeff Gable n’écarte pas la possibilité que le taux passe de 4,65 % à 4,9 % dans le courant du dernier trimestre et à environ 5,5 % l’année prochaine.
Parité dollar-euro
Parlant de l’évolution du taux de change, il a soutenu que la période de volatilité qu’a connue le marché ces dernières années devrait se poursuivre. La pression à la dépréciation de la roupie devrait se maintenir avec un raffermissement du dollar américain. Jeff Gable prévoit que la parité dollar-euro interviendra dans six mois. Le billet vert pourrait alors s’échanger à Rs 37,65 (en moyenne) contre Rs 36,59 actuellement. L’euro va également se replier contre le dollar et, comme anticipé par les spécialistes, il pourrait se retrouver à un niveau de parité avec le dollar vers la fin de l’année.
Jeff Gable est cependant d’avis que la BoM pourrait, grâce à des réserves conséquentes accumulées au fil des mois, intervenir dans le marché pour prévenir une trop grande volatilité dans le taux de change de la roupie. Il s’est réjoui de l’accroissement des réserves brutes de la Banque centrale, qui représenteraient en 2015 un taux de couverture de 6,6 mois d’importation.
Donnant ses prévisions pour l’Afrique subsaharienne, Jeff Gable a annoncé que le taux de croissance économique se monterait cette année à 3,4 %, soit une baisse de 100 points de base. Certaines grandes économies africaines, le Nigeria par exemple, vont enregistrer des taux de croissance inférieurs du fait de l’impact d’une croissance beaucoup plus modeste dans les pays développés aussi bien que dans les pays émergents, des conséquences de la baisse des prix des produits pétroliers et des matières premières. L’Afrique, qui veut attirer plus d’investissements étrangers directs, fait aussi face à une exposition accrue au « global financing cycle ». Les capitaux dirigés vers l’Afrique ont augmenté substantiellement (d’USD 7 milliards en 2008 à USD 35 milliards en 2014). Ces capitaux sont sujets aux fluctuations dans les taux d’intérêt. La performance de l’économie africaine est aussi sujette à l’évolution des prix du pétrole et des matières premières. Il faut aussi prendre en compte d’autres facteurs : épidémies, problème de sécurité interne, etc.
Bref, Jeff Gable ne s’attend pas à une reprise véritable de l’économie mondiale cette année, bien aux qu’aux États-Unis (2,7 % de croissance), dans la zone euro (1,5 %) et au Japon (1 %), un léger rétablissement est annoncé. Ailleurs, dans les pays émergents d’Asie (6,4 %), l’Amérique latine (0,4 %) et le Moyen Orient/Afrique du Nord (3,3 %), les taux de croissance de l’ordre de 6,4 % vont diminuer légèrement.