Les 14 familles de Résidence Barkly concernées par l’ordre de démolition en vue du projet Metro Express ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant toute la journée d’hier, elles ont tenté par tous les moyens de dissuader les policiers de démolir les structures de leur maison. Mais en vain. « Zot inn tret nou plis ki zanimo », se désole Vipin Moher, un des propriétaires concernés par cette évacuation.
Dans un premier, ces familes avaient cru pouvoir repousser l’échéance avec une demande d’injonction en Cour suprême. la juge Rita Teeluck avaient convoqué les parties en Cour lundi. Mais c’était mal connaître l’intention des autorités. A la mi-journée, des membres de la Special Mobile Force et de la Special Supportint Unit, encadrant des fonctionnaires du l’Infrastructure publique, étaient revenus pour exécuter l’ordre de démolition.
« La veille (jeudi), des officiers du ministère sont venus devant ma porte en compagnie d’environ 30 policiers. Ils disaient qu’ils allaient tout écraser le lendemain. Quand on leur a parlé pour un délai, ils nous ont dit que ce n’était pas leur problème », s’insurge Jonathan Gafoor, qui habite à Résidence Barkly depuis plus de trois décennies. Vendredi matin, les officiers du ministère leur ont demandé de se mettre à l’abri car ils doivent démolir leur clôture et leur porte d’entrée. Les habitants indiquent alors aux officiers qu’ils attendent une décision de la Cour. Mais « ils persistaient à dire que ce n’est pas leur problème », relate Jonathan Gafoor.
Toutefois, les policiers devaient revenir plus nombreux sur place d en début d’après-midi et ont fait comprendre aux habitants qu’ils n’ont reçu aucune correspondance leur demandant de stopper les opérations. Malgré une timide résistance des individus sur place, les familles concernées par la démolition se sont résignées à leur sort. Une partie de la structure de leur maison a été mise à terre.
Alors que les soldats de la SMF détruisent la devanture de sa maison, Madun Mohur, la soixantaine, ne peut retenir ses larmes. « J’ai économisé sou par sou en travaillant dans le public pour construire ma maison. Tout ce que j’ai ramassé, je l’ai mis dans cette maison. Mo leker fer mal azordi. Mo pa kone kot mo pou ale », pleure-t-il. Même si une partie de sa maison a pu être sauvée, les toilettes et la salle de bains n’existent plus. « J’avais un grand respect pour SAJ, mais plus maintenant. Il avait mené campagne contre le métro en 2014, et aujourd’hui, c’est leur premier grand projet », affirme Madun Mohur. « Sa gouvernman-la pe fer dominer ek ti dimounn. Se ti dimounn ki rest lor crownland (stateland). »
Même son de cloche du côté de son voisin et proche Vipin Moher, dont le fils doit prendre part aux examens du Higher School Certificate (HSC) cette année. « Ma famille est affectée par la démolition d’une partie de notre maison. J’habite ici depuis presque 45 ans et c’est un drame humain qui se passe aujourd’hui. J’ai pris un emprunt pour construire ma maison et on en détruit une partie. En plus, je ne sais pas quand et quelle compensation je vais avoir. On ne nous a rien communiqué à ce sujet », indique-t-il. Idem pour Chandini Horil, à qui les officiers ont demandé de déblayer une partie de sa cour. « Kot mo pou sorti dan mo lakaz aster ? Kouma mo ouver mo laport, mo rant dan metro », ironise-t-elle.
A la tombée de la nuit, cette partie de cité Barkly offrait un spectacle de désolation avec des détritus gisant pêle-même surt le sol après le passeg des équipements de destruction des autorités. Les députés de l’opposition de Beau-Bassin/Petite-Rivière (No 20), notamment Rajesh Bhagwan, Franco Qurin et Guito Leopigneur, ont tenu à faire preuve de solidarité avec l’action sans coeur et sans concession du gouvernement Jugnauth.