PADMA MOULIN-UTCHANAH

Le 25 février a été accueilli comme un jour béni pour les Chagossiens et les Mauriciens. L’annonce de la Cour internationale de Justice a provoqué chez nos compatriotes un enthousiasme collectif, le dénouement pour certains et l’allégresse pour d’autres.

Il faut toutefois rester sur ses gardes et manier avec prudence cette annonce et surtout avoir du recul car il ne s’agit là que d’un avis consultatif, juste une opinion émise par la Cour internationale de Justice. Il n’est en aucun cas, fort malheureusement, exécutoire. Les Britanniques ne sont finalement pas obligés de plier bagage et peuvent tout à fait faire fi de cette recommandation. Maurice et les Chagos ne sont certainement pas une exception. La CIJ ainsi que l’Onu ont émis bon nombre de suggestions sur le processus de décolonisation. L’exemple de la France est probant. L’Onu « demande au gouvernement français de se retirer immédiatement de l’île comorienne de Mayotte, partie intégrante de la République indépendante des Comores, et de respecter sa souveraineté ». Cette résolution n’est pas prise en considération par la France et cette dernière continue d’avoir une autorité administrative sur Mayotte.

Les Chagossiens se réjouissent de pouvoir enfin  s’installer sur leurs terres natales. Il faut cependant prendre en compte les accords que Maurice ferait avec les États-Unis. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, l’a très bien formulé lors de la conférence de presse en date du 25 février : « Nou pa pe demann demantelman baz militer ». De ce fait, si Maurice passe un contrat de location de Diego Garcia avec les Américains, l’Histoire des Chagossiens risque de prendre une mauvaise tournure et voir s’envoler le rêve du retour à la maison.

La base militaire et nucléaire de Diego Garcia est une « île porte-avions ». Par sa position géographique hautement stratégique, les Américains ont un contrôle sur la péninsule arabique, l’Asie, et l’Afrique de l’Est. Il ne faut pas oublier que Diego Garcia a joué un rôle prédominant dans la guerre du Golfe, d’Afghanistan, de la Syrie… Le Moyen-Orient connaît toujours une instabilité, par conséquent, d’un point de vue purement géopolitique, géostratégique et géo-militaire, la base militaire revêt une importance capitale pour les Américains. Il faut également se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, Donald Trump et Kim Jong-un tiraient à boulets rouges et proféraient des menaces de tirs de bombes atomiques.

Il faut donc bien prendre en considération que Diego Garcia est une base militaire et une zone de haute sécurité. Il y a donc un protocole extrêmement rigoureux. Étant une zone de secret-défense, il y a un périmètre de sécurité à respecter. Aucun avion n’a le droit de survoler la zone aérienne surveillée par les Américains. Aucun navire ne doit s’aventurer dans cet espace sécuritaire préétabli. On peut s’interroger sur la disparition du vol MH 370 de la compagnie Malaysian Airlines !!!

Sur combien de kilomètres s’étend la zone protocolaire de non-droit ? L’intégralité de l’archipel se trouve-t-elle dans cette zone hautement protégée ?

Dans l’hypothèse où Maurice signerait un bail de location avec les Américains, il est évident qu’aucune concession ne pourrait être accordée pour que les Chagossiens rentrent chez eux. Les « îlois » auront éventuellement un droit de visite occasionnellement, mais rien de plus. Ils obtiendraient le statut des « Indiens d’Amérique » et seraient ainsi étrangers chez eux.

Référence

https://blogs.mediapart.fr/damien-gautreau/blog/100717/mayotte-est-elle-francaise