À peine pensions-nous nous être extirpés des eaux troubles post-Berguitta et pluies torrentielles qu’en moins de 48 heures, six Mauriciens ont péri. Dans les eaux des lagons, cette fois ! Six morts en deux jours fériés : la facture est salée.

Une hécatombe. Amère pilule à avaler pour les parents et proches des victimes, car il s’agit dans pratiquement tous les cas, de personnes ayant voulu profiter de ces deux jours de repos successifs pour noyer la chaleur torride et estivale en allant prendre l’air du côté de la plage. Mais leurs petites virées respectives ont viré au cauchemar !

Dans cinq des six cas recensés, nommément ceux de Sanjay Rughoo (49 ans), Goind Sooreea (49 ans), Bruno Botterave (25 ans), Stacy Germain (11 ans) et Kendy Allagapen, (26 ans), le drame s’est joué sur des plages publiques. Nommément à Blue Bay, La Prairie, Trou Aux Biches et Baie du Tombeau. Dans les cas des deux jeunes qui ont trouvé la mort au Goulet, à Baie du Tombeau, ce 1er février, notre édition du Mauricien d’hier rapporte qu’une altercation verbale a ponctué l’incident, menant des parents et proches des victimes à s’en prendre aux représentants des garde-côtes, et à leur faire part d’un cer- tain nombre de reproches. Il semblerait même que les choses ont failli s’envenimer… Chose que l’on peut comprendre dans ces circonstances douloureuses quand il s’agit de quelques minutes, voire, secondes précieuses, puisqu’il est question de vie ou de mort.

D’où ces interrogations, qui suscitent la réflexion : ceux qui se rendent à la plage sont-ils adéquatement protégés quand ils sont dans l’eau, ou même, aux abords des vagues ? Toutes nos plages publiques sont-elles soumises au même protocole de surveillance, ou est-ce que certaines plages bénéficient de davantage de présence des autorités que d’autres, de par le taux de fréquentation de ces plages, justement ? Essen- tiellement, ce sont les garde-côtes qui ont la responsabilité de s’acquitter de ces tâches. Sont-ils bien équipés et formés à diverses éventualités ou ne reçoivent-ils pas de formation continue, en ce sens ?

Dans les colonnes du Mauricien d’hier, toujours, on ap- prend qu’il était justement reproché aux représentants de la National Coast Guard (NCG) présents au Goulet, à Baie du Tombeau, quand Stacy Germain et Kendy Allagapen ont été emportés par les flots, de ne pas disposer d’équipements adé- quats et d’avoir été lents à réagir. Ce département dispose- t-il des ressources humaines et techniques satisfaisantes et appropriées pour répondre aux nombreuses attentes ? Davan- tage en ces jours de forte chaleur, conjugués aux congés ? Car il va de soi que le flot de citoyens fréquentant les plages en ces jours-là est plus élevé qu’en temps normal !

Qui plus est, les houles répertoriées sur nos côtes ces der- nières années et qui ont été décrites par nombre de témoins sur la plage du Goulet, ce jeudi, ne sont pas des faits anecdo- tiques et rares. Ces houles, lames de fond et grosses vagues déstabilisantes, sont de plus en plus présentes sur nos côtes ces dernières années, et il faudra compter avec elles désor- mais. Incidence logique du mauvais temps qui a récemment prévalu, estiment des observateurs de la question. Et donc, phénomène naturel que l’on ne peut anticiper, certes, mais contre lequel on peut définitivement se protéger ! Moyennant entraînement et préparation.

Ce qui amène la réflexion inévitable : à quand la mise sur pieds d’unités spéciales qui œuvreront, tels les sauveteurs de la série Baywatch (certains s’en souviendront surtout pour les atours de Pamela Anderson, mais il n’y avait pas que cela…), dans des circonstances spécifiques, quand il s’agit de venir en aide à des personnes se retrouvant en difficultés dans les eaux ? Puisqu’il semble bien qu’il y a urgence de ce côté. D’autant qu’il y aurait également des squales et autres personnages de Jaws qui rôderaient dans nos eaux, n’en déplaise à ceux qui refusent de les voir ! Attendrons-nous de compter les morts pour prendre les décisions qu’il faut ?

En parlant de tisane après la mort, justement, le buzz créé par un clip montrant des ados sous effet de drogues synthé- tiques vient confirmer ce que les observateurs sociaux ont crié sur tous les toits depuis 2013 : ces produits sont hautement nocifs et peuvent entraîner des dégâts irréversibles chez cer- tains consommateurs. Oui, les agents de police font leur tra- vail de répression. On est d’accord. Et quid de la prévention ?

Qui s’en occupe ? Nombre de travailleurs sociaux s’en ac- quittent par souci de protéger nos jeunes. Mais au niveau du gouvernement, que dalle. Pas de stratégie nationale; désert total depuis des années. Certes, Pravind Jugnauth a annoncé, le 1er janvier dernier, la mise en place d’une structure. Mais entre-temps, c’est la pagaille… Qui profite aux trafiquants !