Le groupe Beachcomber, l’un des plus Leading Players de l’industrie hôtelière locale, tire la sonnette d’alarme sur la dérive de l’image de marque de la destination touristique de Maurice. Robert de Spéville, directeur commercial du groupe, intervenant dans le dernier numéro de Beachnews, tout en faisant état de ses appréhensions quant aux risques d’une nouvelle crise économique avec des conséquences sur l’industrie touristique mauricienne, fait un véritable plaidoyer pour une reprise en main de l’image de Maurice sur la carte touristique du monde.
Le parallèle utilisé peut paraître choquant pour plus d’un spécialiste de ce secteur. « L’ouverture de Maurice à des opérateurs d’entrée de gamme couplée à la guerre des prix depuis trois ans a affecté durablement l’image de la destination. Désormais, l’île Maurice est vendue à moins cher que la République Dominicaine », soutient Robert de Spéville. Ce n’est pas le nouveau président de la Mauritius Tourisme Promotion Authority, Robert Desvaux, qui contredira cette assertion car dans un passé pas trop lointain, il faisait état de « l’image brouillée de la destination, du glissement vers le bas de gamme et de la guerre des prix ».
Poursuivant son analyse de la situation, le directeur commercial du groupe Beachcomber note que « le positionnement haut de gamme de l’île Maurice et de son tourisme se sont construits depuis une quarantaine d’années sur des piliers forts que sont la qualité de ses prestations hôtelières, l’excellence de l’accueil, la gentillesse de ses habitants et, bien sûr, des plages de rêve ».
Robert de Spéville soutient que certains de ces piliers connaissent une détérioration. Il ne manque pas de stigmatiser les actions de branding incohérentes et changeantes de la MTPA sur tous les marchés avec pour conséquence un brouillage de l’image de Maurice. « Aujourd’hui, de plus en plus, l’argument prix prime sur la qualité. C’est pourquoi Beachcomber met tout en oeuvre pour défendre son image haut de gamme et sa qualité, ainsi que ses niveaux tarifaires. »
Au chapitre des prévisions pour la prochaine haute saison touristique, le directeur commercial de Beachcomber prône la prudence, compte tenu du phénomène de vente en dernière minute et de l’incertitude économique mondiale. Toutefois, il ne peut s’empêcher d’attirer l’attention sur un problème d’ordre structurel affectant la performance de l’industrie hôtelière depuis plusieurs saisons déjà.
« Le déséquilibre entre l’aérien et l’offre d’hébergement est réel. Le déficit en sièges se chiffre aujourd’hui à 300 000 par an. L’équation est tellement simple qu’elle n’appelle pas de débat. La haute saison qui arrive risque de cristalliser ce déséquilibre. Aussi, en sus d’une réflexion sur l’accès aérien sur le long terme, nous devons trouver des solutions à court et moyen termes pour répondre aux enjeux de l’industrie. Seuls quelques opérateurs travaillant d’ores et déjà avec Maurice peuvent fournir ces sièges », souligne-t-il.
En ce qui concerne la performance du groupe Baechcomber, Robert de Spéville se félicite du fait que « grâce à notre stratégie de maintenir la qualité de nos prestations hôtelières avec une politique tarifaire raisonnable, et grâce au support de nos réseaux de vente, en particulier le travail formidable abattu par Beachcomber Tours, nous avons pu maintenir nos ventes et notre revenu moyen chambre par rapport à l’année qui était déjà une année de crise ».
Brossant un tableau du bilan financier, Marcel Masson, directeur financier, note que pour les premiers neuf mois, le groupe Beachcomber est en progression par rapport à l’exercice précédent, soit +8,5% pour le chiffre d’affaires et +10,5% pour les profits. Mais la perte a été plus conséquente au cours du trimestre d’avril à juin 2011.
« Le financement de nos projets a coûté plus cher que prévu, avec le rachat des parts de notre partenaire dans le projet du Domaine Palm Marrakech au Maroc et nous sommes aussi confrontés à des bénéfices en baisse dus au ralentissement de l’économie globale. Les charges financiers pèsent sur notre trésorerie. Le plan de trésorerie a été revu et ajusté en tenant compte des revenus qui seront générés par l’exploitation de l’hôtel Trou-aux-Biches, la vente des villas à Marrakech et d’autres initiatives étalées sur les deux prochaines années. D’ici 2013, ces gros investissements devraient commencer à porter leurs fruits », prévoit le directeur financier.
De son côté, dans son éditorial intitulé « Gros nuages à l’horizon », Malenn Oodiah, responsable de la communication du groupe, souligne l’importance du langage de vérité dans la conjoncture difficile : « Il nous faut nous mobiliser autour d’une stratégie pour assurer la pérennité de nos entreprises. C’est notre avenir, c’est l’avenir de chacun d’entre nous qui est en jeu. Une stratégie qui comporte quatre axes : une lutte sans merci contre toute forme de gaspillage, une meilleure organisation du travail pour une utilisation optimale des ressources humaines, une meilleure gestion des coûts d’opération et une politique d’amélioration de la productivité à travers un programme de formation. »