Bejisa, le troisième cyclone de la saison 2012-2013, tout aussi intense et dangereux que furent ses prédécesseurs Amara et Bruce, a frappé notre île soeur de La Réunion, jeudi dernier, faisant une morte, deux blessés graves, quinze blessés légers et laissant plus de 171 000 foyers sans électricité. Outre la pluie et des houles sur les côtes mauriciennes, le cyclone a provoqué des mini-tornades  dans le nord de Maurice notamment à Grand Gaube  et à Poudre d’or.
Le cyclone, formé entre l’île seychelloise Farquhar et notre île lointaine d’Agaléga a suivi une trajectoire légèrement en forme d’un S partant du nord au sud de l’océan Indien pour passer à 50 kilomètres de la côte sud-ouest de La Réunion. De petit diamètre, mais, néanmoins avec un oeil trois fois la taille de l’île-soeur, Bejisa a généré des vents dépassant 150 kilomètres / heure. Les dégâts matériels ont été très importants et et des habitations ont souffert.
A Maurice, la population a été tenue en haleine dès le lendemain du réveillon de la St. Sylvestre. L’avis de tempête de classe 2 a été maintenu du 1er à l’après-midi du 2 janvier. Si Bejisa a finalement épargné Maurice de ses vents violents, par contre ses nuages associés auraient provoqué beaucoup de pluies et, probablement, déclenché une mini-tornade dans la région de Poudre-d’Or, dans le Nord-Est de l’île. Ce dernier phénomène fait encore l’objet d’une investigation de la part des météorologues de la station nationale de Vacoas. Ceux-ci affirment n’avoir recueilli jusqu’ici que peu informations à ce stade et qu’il leur faut d’autres vérifications pour confirmer. Mais des dégâts ont bel et bien été causés à des maisons et des arbres de la localité. Certains habitants de Grand Gaube et Poudre-d’Or soutiennent avoir été pris dans un nuage « aussi large qu’un terrain de football » et qu’ils ont ressenti la sensation d’être « aspirés ».
Un précédent enregistré à Flacq vers les années mi-80
Selon Suresh Boodhoo, jusqu’à tout récemment directeur général de la station de Vacoas et auteur d’un rapport technique intitulé « Tornadoes & Watersprouts in Mauritius » publié en 1998, pour qu’on soit certain que Poudre-d’Or a été réellement affecté par une tornade, même mini-tornade, il faut que les arbres et les objets (pylônes électriques, grues et autres) situés sur le passage de la tornade aient été tordus un peu comme les fils électriques torsadés. Cependant, le météorologue déclare qu’il ne serait « nullement étonné que des mini-tornades (pas comparables en intensité avec ce genre de monstres qui sèment morts et désolations aux Etats-Unis) se produisent à Maurice ».  Effectivement, vers le milieu des années 80, un phénomène semblable s’était formé justement à Poudre-d’Or et s’était déplacé rapidement vers Flacq en passant dans les environs de Quartier-Militaire. Il avait tracé un couloir sur son passage à travers des champs de cannes et avait même endommagé quelques maisonnettes en tôle.
« Lors de mon enquête effectuée pour soutenir mon rapport technique, j’avais recueilli des témoignages de nombre de pêcheurs qui disaient qu’ils aperçevaient souvent des tornades en mer. Dans ce cas, ce sont des trombes d’eau aussi appelées tornades marines », déclare Suresh Boodhoo. La coïncidence veut que, une semaine avant d’être frappé par Bejisa, La Réunion avait observé ce type de tornades marines dans sa région de St-Leu.
Phénomène impossible à prévoir
Toujours selon Suresh Boodhoo, « c’est un fait connu qu’à l’approche de certains cyclones très violents des espèces de tourbillons sévissent dans de gros nuages du type cumulo-nimbus. Mais ces nuages sont exceptionnellement puissants, de nombreuses fois beaucoup plus que les cumulo-nimbus habituellement fréquents en été ». On ne peut rien contre les tornades sauf que de se protéger rapidement dans un bunker.
Suresh Boodhoo fait remarquer que même aux Etats-Unis, malgré la multiplicité des radars, personne n’a pu encore anticiper la formation d’une tornade. Ce n’est qu’une fois qu’elle aura pris forme que l’alerte peut être lancée et, à moins de se terrer dans un abri, on court le risque d’être aspiré et d’être fouetté sur de longues distances et d’être, assurément, tués. Pour Suresh Boodhoo, on peut déduire que, malgré la sensation de certains habitants de Poudre-d’Or d’avoir été « aspirés », ce n’est pas véritablement une mini-tornade qui s’est produite jeudi dernier, autrement, ils auraient carrément été emportés sur une distance conséquente.
Pour l’ancien directeur général de la météo, il faudra quand même à la population d’être très vigilante car, outre les cyclones, les inondations provoquées par les pluies torrentielles et ces mini-tornades avec ou sans cyclones, il faut également se méfier de la foudre. Et l’été ne fait que commencer à produire chez nous ses phénomènes extrêmes…