Cinq ans après le lancement de son projet Protect our coast, le groupe Rogers a organisé une visite guidée à Bel Ombre afin de montrer le travail de conservation qui y est entrepris et les efforts faits pour atténuer la destruction des écosystèmes des alentours. Les mesures prises pour préserver ce riche lagon et atténuer l’érosion des plages qui touche cette région ont été soulignées, ainsi que le travail de recyclage qui a été initié. L’éducation et la vulgarisation de l’importance de conserver ces écosystèmes font également partie de ce concept de développement intégré. 

Une visite en bateau à fond de verre permet de découvrir la richesse du lagon de Bel Ombre. Malgré un soleil timide et une pluie intermittente, nous avons pu constater la beauté naturelle de ce lagon et sa riche biodiversité. Les plaisanciers nous font découvrir ce qu’ils appellent “le jardin de corail”, un espace où l’on peut admirer plusieurs variétés de coraux : corail cerveau, corail plateau, corail branchu, corail massif… On se délecte de ces structures complexes et fragiles qui sont essentielles à de nombreuses espèces de poissons, crustacés, mollusques et céphalopodes. 

Coraux et herbiers.

De nombreuses espèces de poissons jouent à cache-cache entre les branches des coraux et les caves qu’ils forment. Un abri pour échapper à leurs prédateurs et aux aléas de la météo. Des “dominos”, avec leurs rayures blanches et noires, des rougets reconnaissables à leurs deux barbillons, des labres et leur couleur verte proéminente, des poisons chirurgiens et leurs lames tranchantes situées à la base de la queue, sont autant d’espèces visibles. Selon le recensement de l’ONG Reef Conservation, plate-forme incontournable du projet, le lagon de Bel Ombre abrite 70 espèces de poissons.

Plus loin, on aperçoit une tortue marine étalée sur le fond sablonneux, profitant des herbiers des alentours pour se nourrir et de la bonne qualité de l’eau. Le lagon de Bel Ombre est en effet très riche en herbiers. Comparables à des prairies sous-marines, ils ont plusieurs fonctions, notamment celle d’offrir un habitat à des milliers d’espèces marines. Ils protègent les lagons de la sédimentation en captant des milliers de tonnes de dioxyde de carbone par an et atténuent les effets de l’érosion. Des tortues de mer, des bambaras, des crustacés et de nombreuses espèces de poissons se trouvent dans les herbiers.

Ce lagon mérite amplement tout le travail de réhabilitation dont il a fait l’objet à travers le projet Protect our coast. Plusieurs mesures ont ainsi été prises, à commencer par la mise en place de récifs artificiels et un suivi régulier des écosystèmes. “Il faut comprendre l’écosystème, comprendre quel poisson ou crustacé a besoin de quel type de corail. C’est un lagon bien préservé et le but est de le garder ainsi et d’éviter sa dégradation”, souligne Audrey D’Hotman de Villiers-Desjardins, CSR & Sustainability Manager chez Rogers.

Atténuer l’érosion.

L’autre aspect important du projet est la protection de la côte et l’atténuation de l’érosion, qui a coûté environ Rs 50 millions. Outre les deux hôtels du groupe Rogers que sont Heritage Telfair et Heritage Awali, les hôtels Tamassa et Outrigger ont souhaité faire partie du projet. Ce qui a donné lieu au premier EIA demandé par quatre hôtels différents. “Nous avons installé des brise-lames, des roches basaltiques dans le lagon pour atténuer les effets de l’érosion. Nous avons aussi installé des modules de récifs artificiels qui ont été fabriqués à Maurice. Ce projet a été fait en étroite collaboration avec les autorités publiques. Il y a un suivi trimestriel qui accouche d’un Environment Monitoring Report. Des mesures sont prises par rapport à l’évolution du profil de la plage. Des études sur la qualité de l’eau sont également entreprises régulièrement, ainsi qu’un constat sur l’écosystème”, précise Jaganadhen Chellapen, Chief Project Development Officer de Veranda Leisure & Hospitality.

François Rogers, président de Reef Conservation, souligne la volonté de ces hôteliers de protéger l’environnement qui les entoure. “Il importe de constater l’engagement de ces quatre hôteliers, qui viennent essayer de contenir le phénomène d’érosion. Il est important de conserver cet endroit, avec ses 70 espèces de poissons et ses 20 hectares d’herbiers qui ralentissent l’érosion.” C’est un lagon lent où la vitesse est limitée à 5 nœuds, sauf sur la ligne de ski nautique. François Rogers confie que cette activité ne sera plus pratiquée dans un futur proche. “Les hôteliers ont pris l’engagement d’arrêter le ski nautique petit à petit.”

Recyclage du verre

À quelques kilomètres des hôtels, un important travail de recyclage a été enclenché depuis sept ans. Le Plankton, nom donné à ce set-up, recycle inlassablement des bouteilles en verre provenant des hôtels de la région et des membres du public. Une fois récupérées, les bouteilles sont laissées à tremper dans l’eau pendant quelques jours avant d’être lavées. Les bouchons et les étiquettes sont enlevés, les bouteilles sont laissées à sécher, avant de prendre place dans une machine qui les écrase en menus morceaux. Le verre ainsi écrasé est alors placé dans une machine qui sert de tamis. 

Laila Colas, responsable de la coopérative, souligne que six types de verre sont récoltés. “Certains se prêtent à la décoration des allées et des jardins, d’autres peuvent remplacer le macadam dans la construction, d’autres types servent à filtrer de l’eau, d’autres encore remplacent le marbre ou le granite, alors que la poudre de verre est utilisée dans le sun blasting, la peinture et peut remplacer le rock sand dans la construction. Certains types de verres écrasés sont utilisés dans des thérapies. Marcher dessus à pieds nus accélère la circulation de sang et fait office de massage, avec de nombreux bienfaits pour la santé.” 

Ce set-up a été initié par Bel Ombre Foundation avant d’être cédé à ses employés, qui ont alors formé une coopérative. Des démarches sont entreprises pour encourager les entreprises locales à se tourner vers leurs produits au lieu de se tourner vers l’exportation.

Conscientisation

Pour conscientiser les clients des hôtels, un Lagoon Directory est placé dans chaque chambre. Celui-ci contient de nombreuses photos et une mine d’informations sur les écosystèmes mauriciens, qu’ils soient marins, côtiers, forestiers ou marécageux. Un accent particulier est mis sur les écosystèmes des environs. De même, une pochette waterproof contenant des bonnes et mauvaises pratiques a été remise aux pêcheurs et plaisanciers afin d’aider à rendre leurs activités soutenables. Ces deux initiatives ont été réalisées par Reef Conservation. Cette ONG a également permis aux personnes de la région de bénéficier de l’apport éducatif de son Bis Lamer, à bord duquel on apprend beaucoup sur le fonctionnement et la protection de l’environnement marin.