A ce point d’une autobiographie musicale aux allures de mosaïque, l’auteur-compositeur mauricien Belingo Faro, a organisé les 2 et 3 août, deux concerts exceptionnels qui demandent dans le futur à être réalisés comme il se doit avec un financement adéquat. Ces concerts ont le potentiel d’un grand spectacle qu’on pourrait monter dans un grand espace culturel comme le souligne le jeune pianiste Olivier David.
Figure tout à la fois emblématique et atypique qui a fait souffler un vent nouveau sur la musique locale, Belingo Faro s’est vite démarqué des canons du séga pour explorer d’autres territoires. En créant la trilogie marquée par Naissance en 2012, il a montré au public de nouvelles manières de concevoir une musique qui lui correspond. Aujourd’hui, les musiciens qui l’ont accompagné sur scène se sentent tout particulièrement en phase avec sa façon de mêler développement au style jazzy, à l’improvisation, au classique, à la chanson française, la musique expérimentale, électronique. Des rythmes que l’on connaît avec des perspectives marquées par la déconstruction-reconstruction des combinaisons rythmiques. Bref, un besoin vital de vivre avec son temps et son pays.
Sur la scène du Conservatoire François Mitterrand, harnaché de toute
une batterie de claviers électroniques, d’un ensemble à cordes, de percussions, de guitares, djembé, le musicien-compositeur Belingo Faro s’envole et s’engage dans une véritable révolution personnelle et esthétique. Il multiplie les rencontres tous azimuts (de Philippe Thomas (trompette), Samuel Laval (sax), Yorshini Thondoo (violon), Krishen Chetty (basse) à Rajni Lallah et Olivier David (pianistes). Il a élaboré des compositions en cinq temps, cinq temps et demi, travaillé des tempos irréguliers, dans un souci constant de l’élargissement sonore. Passer de la chanson, de l’improvisation, d’oeuvres conceptuelles et des projets plus expérimentaux, ne jamais renoncer à vivre sa musique au présent dans une totale indépendance stylistique : Belingo a fait une traversée remarquable — l’un des meilleurs concerts de la saison marquée par un engagement intense des musiciens. Ces derniers témoignent de leur participation au projet. Yorshini Thondoo, violoniste, nous dit que Belingo avait émis le souhait d’avoir un ensemble à cordes pour son concert. Elle ajoute que ce dernier a voulu, à travers ses chansons, chanter son passage/parcours musical. Pour Yorshini, c’est un musicien hors du commun, très précis (chaque musicien avait sa partie à jouer) qui a amené une autre dimension à la musique locale. Jason Lily, chanteur (baryton) et percussionniste aime la complexité des rythmes, la couleur de la voix, le feeling dans la musique du maestro. De son côté, Yohan Leste, percussionniste, parle de l’album d’un musicien qui a tout fait lui-même. Il dit que Belingo a réussi à mettre sur écoute ce qu’il a écrit. Il aime la couleur, la mélodie, l’énergie développées par Faro. Yohan, leader du groupe Bois Marron, parle de ce dernier comme un musicien multi-instrumentiste, un modèle pour les jeunes musiciens en quête d’ouverture musicale. Olivier David, pianiste, évoque une musique mauricienne qui englobe tout ce que l’on entend dans le pays. « Il faut vraiment comprendre que c’est une musique exceptionnelle et que c’est un premier lancement qui a le potentiel d’un grand spectacle avec plus de financement. »
De fait, Belingo Faro joue des accords et des sons rendus possibles par un sens de tempo très fort. Des sons parfois inédits. Un vocabulaire harmonique et mélodique qui résonne mais tous n’ont, hélas, pas suivi. Belingo Faro nous dit qu’il a abordé les synthétiseurs pour la multitude de sons possibles. L’une des choses qui traverse son parcours est le recours aux nouvelles technologies. La Traversée est une sorte d’autoportrait avec toutes les histoires du musicien, ses influences (Ernest Wiehé), ses passions. A l’arrivée, on entend le parcours d’un individu et la déclinaison d’un style.
C’est écrit dans le texte de présentation de l’album : La Traversée de Belingo Faro (qui a assuré la direction musicale dans sa totalité) marque l’évolution rythmique du séga. Ce deuxième album, entamé avec une trilogie commencée en 2012 (Naissance), tisse un fil rouge entre les ségas des origines, le blues, les parfums de la black music, avec des envolées lumineuses vers la musique classique (Invasions aquatiques, Le Bal des profondeurs) et de la chanson française. Belingo Faro puise effectivement à diverses sources que séparent des années d’ébullition créative. Le musicien fait étalage de sa nouvelle sonorité et de son phrasé délié. Il rend un hommage inventif à Ernest Wiehé qui a remarqué sa pluridisciplinité à 17 ans et le recrute comme bassiste au sein du Ernest Wiehé Jazz Quartet aux côtés de Jocelyn Pitchen et Jimbo Colard.
Dans son nouveau projet musical, Belingo Faro entreprend un dévoilement authentique de son discours instrumental dans une série magistrale de disques en collectif. Son souci de fidélité révèle non seulement son amour, mais sa profonde intelligence de la composition.