La recherche agricole se porte bien à Maurice ; elle continue de soutenir les petits producteurs. C’est le constat du ministre de l’Agro-industrie Satish Faugoo et de ses techniciens qui ont visité récemment la station agricole de Belle-Vue Albion où trois experts chinois aident leurs confrères mauriciens dans les techniques de l’insémination artificielle du porc et éventuellement de la chèvre, la production de canetons et de poussins et des semences de certains légumes.
Cette station et ses activités font l’objet de divers commentaires depuis la publication du rapport du directeur de l’Audit il y a quelques semaines. Certains, dont l’Audit lui-même, recommandent sa fermeture en se basant sur sa performance économique. Il est même question de privatiser ce service. Mais, le ministre Satish Faugoo pense autrement : « Si nous la fermons, cela aura des conséquences sociales directes sur les petits éleveurs et producteurs. » Il estime aussi que si l’on privatise ce service, le coût augmentera et que de ce fait, beaucoup de producteurs délaisseront la production agricole. « La démarche du gouvernement est de soutenir la production agricole en aidant les petits producteurs et éleveurs. Cet aspect est beaucoup plus important que l’aspect économique », estime le ministre.
Les retombées des recherches ont été très positives, à en croire les chiffres officiels : le nombre de têtes de porc qui avait chuté de 17 000 à 4 000, il y a trois ans, en raison de l’épidémie de fièvre porcine, a repris pour atteindre les 25 000. Le lait frais est passé de 2 % de la production locale en 2008 à 11 % actuellement et celle de la viande de 5 % à 10 %. « C’est une très grande réussite », estime M. Faugoo. Quant aux semences de légumes, les variétés locales seraient plus résistantes.
S’agissant de l’insémination artificielle porcine, Jean-Pierre Hee Tong Wah, Divisional Scientific Officer, laisse entendre que les Chinois ont apporté une nouvelle technique qui n’existait pas à Maurice. « Nous travaillons avec deux verrats importés de La Réunion et d’Afrique du sud, de qui nous collectons les semences qui sont travaillées en laboratoire avant d’être inséminées chez la femelle dans les fermes des éleveurs. Nous formons aussi les éleveurs à cette technique qui peut être utilisée également chez la chèvre », dit-il. Le Chief Agricultural Officer Raj Punchoo ajoute qu’il y a un manque aigu de chèvres à Maurice. « L’insémination artificielle devrait nous aider à faire face à la grande demande pour la viande de chèvre », souligne-t-il. Du côté des canards, des espèces locales ont été trouvées et mises en reproduction avec l’aide des experts chinois dans ce centre agricole. Celle-ci est effectuée dans l’incubateur du ministère à Réduit à partir des oeufs pondus par les cannes. Entre 300 et 500 canetons d’un jour sont actuellement produits par semaine et mis en vente au public. Les éleveurs seront encouragés, à l’avenir, à se lancer dans la reproduction de canetons.
Cette collaboration sino-mauricienne date de plus de trente ans. Chaque année, une équipe avec des compétences dans certaines disciplines y vient pour aider les Mauriciens. Cette année, c’est l’équipe de l’élevage qui y travaille. La station agricole de Belle-Vue Albion elle-même a été créée dans les années 70. Un accord avec les Chinois en 1981/82 a aidé à faire de la recherche sur le riz. On y avait récolté du riz mais on n’a pu poursuivre les recherches parce que, selon Raj Punchoo, à cette époque, l’on n’en cultivait pas sur les terres sèches.