L’association Food for Thoughts va bientôt distribuer sept tonnes et demie de livres qu’elle a reçus par bateau en octobre dernier, dans différentes associations et institutions afin qu’ils puissent être manipulés, lus et dévorés par les nombreuses personnes qui ne peuvent s’en acheter. Déjà chers pour des foyers à revenus moyens, ces objets de culture et d’instruction, indispensables pour progresser dans la vie, deviennent carrément inaccessibles pour les familles les plus démunies. Le Français Michel Mellet s’est proposé de collecter les livres dans sa région en Lorraine tandis qu’ici Valérie et Bryan Gujjalu ont recherché et trouvé des fonds pour financer leur acheminement jusqu’à Maurice.
L’arrivée des 7,5 tonnes de livres en tous genres dans le garage de Valérie et Bryan Gujjalu peu après le 20 octobre est venue conclure la première étape de la mission qu’ils se sont fixée en créant en 2011 l’association Food for Thoughts. Cela n’aurait pu se produire sans l’énergie et la ténacité d’un précieux ami en France, Michel Mellet, qu’ils ont connu à travers le mouvement scout. Ce correspondant, également membre de Food for Thoughts a, en effet, réussi à déclencher et maintenir autour de lui un bel élan de solidarité pour cette cause. Le premier don qu’il a reçu remonte à 2009 quand la bibliothèque de sa propre ville, Nilvange en Lorraine, lui a cédé quelque 2 000 livres, tous destinés aux lecteurs mauriciens.
Régulièrement, les bibliothèques mettent leurs stocks de livres à jour pour actualiser le choix qu’ils offrent à leurs adhérents et jettent de ce fait des cartons entiers d’ouvrages, qui pourraient encore intéresser des lecteurs, et qui seraient mis au pilon s’ils n’étaient pas récupérés par des associations telles que Food for Thoughts. Sachant très bien qu’à Maurice les livres demeurent très chers par rapport aux revenus moyens, Michel Mellet n’a pas eu de mal à convaincre, jusqu’à une bibliothèque d’usine (Usinor), les Resto du coeur, et aussi une vingtaine de personnes qui ont relayé ses efforts en faisant des collectes dans les familles de leur propre entourage. L’opération s’est étendue au-delà de son département avec un habitant de Montélimar qui a envoyé 50 kg de livres avec le chèque pour en financer le transport ! Au final, notre homme a dû refuser 3 m3 pour lesquels on n’avait pas assez de fonds pour le transport. Après avoir stocké cette cargaison dans son sous-sol, il l’a accompagnée jusqu’au port belge d’Anvers d’où elle est partie en septembre 2012.
Réception, tri et… charte !
Très attendus, ces livres sont arrivés à Maurice peu après le 20 octobre, prenant place temporairement dans le garage du couple Gujjalu. Les membres de l’association, tous volontaires bénévoles, ont ensuite passé une bonne partie de leur temps libre de fin d’année à ouvrir tous ces cartons, puis trier et classer ces innombrables livres par tranches d’âge et par genre. « N’allez pas croire que ce ne sont que des vieux livres abîmés, nous explique Valérie Gujjalu, ils sont d’occasion mais comme neufs ! » À cette échelle, impossible de dire combien de titres contient ce stock, mais notre interlocutrice nous assure qu’ils y ont trouvé de quoi satisfaire les désirs de lecture les plus variés.
Les enfants de 3 à 12 ans trouveront des ouvrages d’appui scolaire en grammaire, mathématiques et géographie, des encyclopédies générales et spécialisées, ainsi que tout ce qui s’écrit pour la jeunesse en matière de fiction : poésie, contes, bandes dessinées et séries enfantines telles que les Martine, Disney classiques, Bibliothèques Rose et Verte, etc. Même principe pour les jeunes lecteurs de 13 à 18 ans qui trouveront des livres parascolaires dans de nombreux domaines (maths, grammaire, technologies, géographie, sciences naturelles, métiers, découvertes, etc.), ainsi que les encyclopédies générales les plus prisées et des romans en tous genres, des livres illustrés, BD et recueils de poésie. Les adultes n’ont bien sûr pas été oubliés même s’il n’est plus question pour eux de livres d’appui scolaire…
Distribuer des livres ne suffit pas en soi surtout lorsqu’on s’adresse aux jeunes lecteurs. Il importe de s’assurer qu’ils soient lus et cela nécessite différentes formes d’accompagnement. C’est pour cette raison que les responsables de Food for thoughts ont écrit une charte sur laquelle les organisations bénéficiaires de livres prennent différents engagements. « Nous voulons être sûrs, nous confie Valérie Gujjalu, que ces ouvrages vont être lus, utilisés et mis à profit, il faut encourager et accompagner les lecteurs surtout ceux qui débutent, avec par exemple des fiches de lecture, des discussions et rencontres. Car il s’agit avant tout de développer le goût de la lecture de manière soutenue. C’est l’objet de notre charte. »
L’élaboration de la charte et le choix des organisations destinataires sont en cours d’achèvement avant de passer à la prochaine étape qui consistera à faire vivre ces livres dans le coeur et l’imagination de leurs lecteurs. Mais déjà, on pense chez Food for Thoughts à trouver de nouveaux fonds pour financer le fret d’une autre livraison. « Nous considérons cela comme une première cargaison, conclut Valérie Gujjalu. Nous espérons bien continuer et Michel Mellet n’attend que ça pour reprendre la collecte en France… »