Au Bénin, la jacinthe d’eau est le cauchemar des pêcheurs, qui peinent à se frayer un passage dans les rivières. Mais cette plante aquatique n’a pas que des inconvénients : une fois séchée, elle est notamment transformée en biofertilisants et en aliments pour animaux.
Une pirogue file à vive allure, puis doit ralentir brusquement avant de s’arrêter. À perte de vue, des jacinthes d’eau bloquent le passage. Scène fréquente sur le lac Nokoué, dans le sud du Bénin. Ce plan d’eau de 339 hectares, alimenté au nord par la Sô, une rivière qui communique au sud avec l’océan Atlantique, est envahi depuis une vingtaine d’années par cette plante aquatique.
Originaire d’Amérique du Sud, la jacinthe d’eau a été introduite en Afrique de l’Est à la fin du XIXe siècle et s’est répandue sur tout le continent. Sur le lac Nokoué, sa prolifération perturbe la pêche, la circulation des marchandises et des personnes et favorise le paludisme. “La jacinthe d’eau est paradoxale”, explique Fohla Mouftaou, pédiatre belgo-béninois et co-créateur de l’entreprise Green Keeper Africa. “En quantité suffisante, elle filtre l’eau et c’est un puits de carbone. Mais en (trop) grande quantité, elle entre en putréfaction et libère des gaz à effet de serre. En ayant une action qui permet de rétablir l’équilibre, on garde seulement ses bienfaits”, poursuit-il.
Rétablir l’équilibre et exploiter la jacinthe de façon économiquement viable et solidaire, c’est le défi qu’il a lancé il y a deux ans avec deux associés : Green Keeper Africa (GKA) a installé une bioraffinerie sur une presqu’île non loin du village lacustre de Sô-Ava. La commune du même nom englobe plusieurs villages sur pilotis où vivent 100,000 personnes, surtout des pêcheurs.