Réjouissons-nous que Berguitta n’ait pas été la catastrophe naturelle annoncée. Les prévisions initiales faites par les services météorologiques les plus avancés dans le monde, basés aux Etats-Unis et en Europe, nous avaient en effet donné la chair de poule, tant et si bien que nous appréhendions le pire. Bien que les voies de Dieu soient insondables, le commun des Mauriciens croit que Maurice bénéficie d’une protection divine parce que nous sommes une population pieuse. Allez savoir ! En fin de compte, Berguitta aura été une répétition grandeur nature pour nous préparer à faire face aux véritables catastrophes qui peuvent nous menacer à l’avenir. Elle nous aura permis de mesurer nos forces et nos faiblesses. Ainsi, nos forces résident dans notre capacité de nous organiser et de mobiliser les énergies afin d’affronter les situations difficiles. Le National Disaster Committee, chargé de créer les conditions nécessaires pour que les Mauriciens traversent les moments difficiles en toute sécurité, a en effet été à la hauteur de la situation. L’émission de l’alerte de classe 3 mercredi à 5h du matin, a été judicieuse. Elle a évité à l’ensemble de la population de sortir, de circuler et de se rendre sur leur lieu de travail, ce qui a permis aux autorités de se concentrer sur d’autres priorités, comme les préparatifs nécessaires pour des interventions plus urgentes et sérieuses.

Dans le passé, on a été témoin des problèmes, du stress et des bousculades créés par l’émission tardive de l’alerte de classe 3. Cela mettait une pression considérable sur les transports publics et les employés, qui se précipitaient pour rentrer chez eux. Il nous est arrivé de voir autrefois des situations où des voyageurs étaient restés bloqués à des arrêts d’autobus, nécessitant l’intervention de la police. De même, la décision de lever l’alerte de classe 3, en fin de journée jeudi, et non pas le matin, a permis une transition plus souple vers un retour à la normale vendredi matin.

Mais Berguitta a également mis en lumière les faiblesses systémiques, les mauvaises habitudes et l’indiscipline des Mauriciens en général. Les nombreuses inondations enregistrées à travers l’île ne sont en effet pas uniquement le fait de la nature. Elles ont aussi pour causes l’inconscience et l’insouciance humaines. Le problème des drains revient ainsi sur le tapis à chaque inondation. Depuis le temps qu’on en parle, est-ce qu’un budget adéquat a été consacré en vue de mener à bien la création d’un réseau de drains ?

Aujoud’hui, de plus en plus de champs de cannes sont bétonnés à travers la création de Smart Cities, de morcellements ou de maisons résidentielles, le tout en ignorant que, dans le passé, ces champs disposaient d’un système de canalisation qui empêchait qu’ils soient inondés. De nos jours, dans de nombreuses régions que les autorités peuvent identifier, à la moindre averse, les cours et les maisons sont inondées et les rues se transforment en rivière. Quant aux rivières, justement, elles sont souvent bétonnées ou bouchées par toutes sortes d’objets, provoquant là encore des inondations dans le voisinage. Il faut dire que les autorités régionales livrent malheureusement les permis de bâtir sans tenir compte de la topographie des lieux et sans aucune étude sérieuses préalables. Quant aux régions à risque, comme Bangladesh, à Tranquebar, il est temps qu’elles soient déclarées zones sinistrées. De même que les constructions y soient interdites et que ceux qui y habitent soient transférés ailleurs. Cela implique, bien entendu, qu’une solution soit trouvée une fois pour toutes pour les squatters et que les politiciens cessent d’encourager cette situation.
Quant aux réfugiés, il est impensable que 1 000 sinistrés, et quelquefois plus – hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux –, soient entassés dans des centres sociaux, avec tous les problèmes et les conséquences que cela représente. N’est-il pas temps de rechercher l’aide étrangère prévue dans le cadre du changement climatique pour créer des espaces destinés à accueillir des sinistrés de manière plus humaine ? Ces centres pourraient d’ailleurs disposer des facilités pour la préparation de repas au lieu de seulement y distribuer des biscuits. Nuançons toutefois en rappelant que les sinistrés ne sont pas tous des anges et que certains abusent de la situation pour leurs gains personnels. Aussi, un suivi systématique de ceux qui reviennent tous les ans s’impose afin de les aider à résoudre leur problème de logement et éviter de fait les abus.

Au niveau de la santé, pourquoi ne pas doter nos centres hospitaliers d’ambulances blindées, comme les véhicules de police, lesquelles pourraient être utilisées pour des évacuations d’urgence ? Alors que nous sommes de plus en plus affectés par le réchauffement climatique, il importe qu’à la lumière de l’expérience de Berguitta nous puissions nous engager dans une réflexion profonde et nationale afin d’améliorer les mesures à prendre en cas de catastrophes naturelles.