Conversation avec (Atol) Bertrand Dupuche, artiste peintre d’origine mauricienne installé au pays des aborigènes et des kangourous. Il aborde le don créateur dans cet entretien que Scope propose pour démarrer sur une note zen. Des pensées aux couleurs de l’espoir d’un monde meilleur. Installé à Brisbane, Bertrand Dupuche explique une approche méditative de l’acte de peindre.

Pourquoi peignez-vous, Bertrand Dupuche ?
Je pense que nous naissons tous avec la faculté de réaliser quelque chose dans laquelle nous excellons. Ce moyen d’expression, quel qu’il soit pour chacun d’entre nous, nous l’utilisons sans aucun effort de notre part. Cette capacité de nous exprimer émane de notre “moi” intérieur, avec une facilité, une joie, dans une paix, un silence baignant et une sérénité. C’est un processus dynamique.

Un examen approfondi indique que ce don créateur est régi par une intelligence qui s’exprime de façon naturelle. Si nous suivons ce principe, sans en restreindre l’inspiration, il en résulte des réalisations extraordinaires. Mon moyen d’expression, c’est la peinture. Et j’adore me plonger dans cette mouvance naturelle qui me permet d’évoluer dans la vaste dimension de mon cœur. Comme si je pouvais voir avec mon cœur.

C’est ainsi que je vis d’intenses moments de silence, indépendamment des pensées qui me viennent à l’esprit. Je me connecte à des entités subtiles; un médium dans lequel mon cerveau n’intervient pas pour m’indiquer les étapes menant à la création d’une œuvre picturale. Je sens venir l’œuvre. Et je me mets en condition. Dès que mon attention est distraite, je me mets à danser. Ce qui me permet de me reconnecter à mon corps, de revivre ! Après quoi, je peux revenir à ma peinture.

L’art de peindre m’a permis de revenir plus pleinement à la vie, d’un cœur léger, sans jamais me prendre au sérieux. Et cela me permet de m’amuser. Parfois, je disparais dans ma peinture. Je suis si absorbé par l’action de peindre qu’il m’arrive d’oublier que le temps existe. Ce n’est pas du bourrage de crâne mais plutôt l’expression de cette intelligence innée que nous possédons tous et que nous apprenons inconsciemment à gérer, à contrôler ou à bloquer. Ce qui ne veut pas dire que mon cerveau n’essaie pas d’intervenir, mais la formation que j’ai eue me permet de revenir à mon centre d’intérêt.

La peinture me permet de me familiariser avec le mystérieux espace intérieur. Toute ma curiosité est en éveil, tout en m’amusant avec les couleurs vibrantes, créant ainsi des peintures uniques que je livre à l’appréciation de ceux qui m’entourent. Cela nous rappelle que notre “moi” intérieur est source de paix, de beauté, et que nous sommes tous créateurs.

Comment définir l’artiste que vous êtes ?
Il existe un certain nombre de personnalités extraordinaires qui ont contribué à ma conception de la peinture, à ma façon de peindre. Je suis reconnaissant envers Shakuntala Hawoldar de m’avoir permis de me familiariser avec la philosophie d’Osho. Sa vision de la créativité est d’une profondeur unique, sans égale. Ma propre expérience de la créativité m’indique que si je veux que cette intelligence innée puisse fonctionner librement et sans contrainte ou ingérence de ma part, je dois d’abord me connaître moi-même et non penser à ce que je crois être ou devrait être. Afin d’approfondir cette connaissance de moi-même, je suis allé en Inde à plusieurs reprises. J’y ai suivi des thérapies intenses.

Comme bon nombre d’entre nous, l’intensité de mon énergie n’a pas toujours été accueillie, acceptée et appréciée. Ce qui causait beaucoup de tension dans mon esprit et mon corps. Cette situation était un obstacle à mon intelligence créatrice.

J’ai suivi des cours en exercices respiratoires, corporels, en travaux essentiels dans la découverte de soi, du sur-moi, en thérapie à travers l’art, et bien d’autres modalités psychothérapeutiques. J’ai également expérimenté différentes techniques de méditation. Cette approche méditative de la peinture est d’une grande aide dans le processus créatif.

Et vous peignez en dansant ?
Je danse beaucoup tout en peignant. Je suis ainsi en contact direct avec mon corps. De cette façon, j’expérimente différents moyens d’aborder la peinture. J’ai tendance à peindre très tôt le matin. Quelquefois, je me réveille à 3h30 ou 4h. Ce qui est une expérience pleine de béatitude. À l’heure où la plupart des gens dorment encore, je peins en écoutant ma musique favorite.

Vos thèmes de prédilection ?
Je suis inspiré à peindre parce que cela m’aide à me rappeler ma vraie nature, cet espace immense de silence, de curiosité. Cette joie, cet amour incommensurable à l’intérieur de mon “moi”. J’aime être dans la nature, être entouré d’arbres. Je ne copie pas la nature; je peins l’énergie qui s’en dégage et je réagis à ce que je vois.

Avez-vous vécu une expérience particulière ?
En 2009, j’ai eu le privilège de suivre des cours à Puna, en Inde, avec Meera Hashimoto, thérapeute de l’art, peintre et mystique. Elle a mis au point cette technique de peinture sur une période d’au moins une trentaine d’années. Nos journées débutaient à 6h du matin. On se réunissait dans une des “pyramides” pour la session de peinture matinale, puis on se regroupait à une des extrémités d’un espace ovale, recouvert de marbre, aussi vaste qu’un terrain de football. C’était une expérience unique que de voir autant de peintres pratiquant leur art avec le sentiment d’appartenance, de connaissance de soi, de respect et d’amour mutuel. Il y avait aussi ce qui est convenu d’appeler une danse méditative… Cette expérience a laissé une empreinte indélébile à mon âme.

Émotion grandeur nature
Les peintures de Bertrand Dupuche ont le pouvoir d’absorber ceux qui cherchent à se perdre dans d’inextricables détails. Ceux qui cherchent à trop vouloir se pencher par-dessus et ainsi observer et tenter de comprendre les moindres coutures pour essayer de comprendre. Déceler ce que l’artiste a voulu dire ou extérioriser, et le justifier à la lumière du grand jour. Les toiles de celui qui prend le surnom d’Atol semblent de prime abord traversées de positivité; un état d’être dans ce monde contemporain.
C’est en effet une intériorité que l’artiste révèle en grand format. Une émotion au contact du monde végétal, mais pas seulement. Atol Dupuche s’inscrit dans un courant actuel, et inconsciemment interroge l’état de notre planète bleue. Il invite à prendre conscience de notre boule bleue.

Plus qu’une réponse aux enjeux écologiques, est réitérée une nécessité de se “reconnecter” aux pensées. Nous sommes dans un ressenti qui tend vers la terre et cette nature délaissée, qui nous habite aussi bien que nous l’habitons. C’est aussi un parcours spirituel dans lequel marche l’artiste, en quête de béatitude et sans doute d’absolu. Cette quête a mené le peintre auprès de gourous en Inde, et vers des expériences nouvelles à vivre dans le silence méditatif. Une sorte de plénitude fuyant la fureur du monde moderne.
Atol Bertrand Dupuche expose ses travaux depuis le début des années 90. Il est né à Maurice en 1972 et se trouve être le fils d’une voix connue des auditeurs jadis fidèles aux ondes de la station nationale de radiotélévision. Il traverse l’océan pour mettre pied à terre à Sydney en 1996 pour des études de design. C’est sur les bancs des écoles que débuta la passion pour la peinture. Ce n’était certes pas cette “peinture méditative” que transcrit aujourd’hui le plasticien, mais des réalisations assez scolaires et convenues, sans réelle liberté.

L’artiste affectionne les couches superposées et les couches qui, en transparence, se superposent. Des sortes de souvenirs lointains mis en superposition comme pour figurer l’expansion de notre univers dans un infini qui dépasse notre entendement.
Atol Dupuche est aujourd’hui thérapeute de l’art, diplômé du College of Complementary Medecine. Il est aussi titulaire d’un Diploma in Transpersonal Art Therapy, entre autres disciplines thérapeutiques. Il a exposé une première fois à Maurice lors d’un solo en 1995 et expose régulièrement en Australie.

Ses travaux sont visibles en ligne sur les adresses suivantes : https://www.facebook.com/atoldupucheart/ et https://bluethumb.com.au/atol-bertrand-dupuche