Rebondissements de taille à la mi-journée dans l’enquête du Central CID dans l’affaire de Swearing False Affidavit lors de l’opération Dhobi de Klas. Nad Sivaramen, directeur des publications du groupe La Sentinelle, qui était sous le coup d’une arrestation depuis lundi soir, a été “Unarrested”, selon les termes utilisés par l’assistant commissaire de police Devanand Reekoye, du CCID. Ce revirement, alors que jusque dans la matinée, la police évoquait une inculpation provisoire contre Nad Sivaramen, est intervenu à la mi-journée. Désormais, il est libre de ses mouvements mais devra se tenir à la disposition des limiers du CCID.
Commentant ce yo-yo policier, Me Hervé Duval (Jr), dont les services ont été retenus par Nad Sivaramen, tente de comprendre les nouvelles procédures de la police et s’interroge sur les méthodes d’enquête. « Nad Sivaramen a été autorisé à rentrer chez lui sur ordre de l’ACP Devanand Reekoye. Techniquement, il a été ‘un-arrested’. Je  dois fouiller dans mes livres de droit pour voir ce que cela veut dire exactement. Le but de tout cet exercice était d’avoir les outils de travail d’un journaliste pour pouvoir avoir accès à ses sources. C’est tout à chacun de savoir ce qu’on veut dans une démocratie. Mon client est libre d’aller où il veut, quand il veut. Mais, il s’est engagé à rester à la disposition de la police, si la police a besoin de lui », a-t-il fait comprendre.
« On est confus de ce qui s’est passé. Je ne savais pas qu’on avait un privilège quand on rentre chez soi. Je croyais qu’il y a une suite logique quand vous avez été arrêté. Je suis content de savoir qu’il y a des policiers qui réalisent que quand les choses vont trop loin, ils prennent les mesures qui s’imposent. La question se pose: qui a trouvé nécessaire d’aller faire des fouilles à 4 heures du matin chez des journalistes, et de se baser sur les dires d’un ‘self-confessed swindler’ pour essayer d’avoir accès aux outils de travail des journalistes? Cette tentative qui a échoué va être abandonnée ou c’est une pause-café, et on va passer à une autre étape bientôt? M. Reekoye a donné un bon exemple que j’espère d’autres vont suivre. Mais, l’affaire n’est pas finie, même s’il n’y a aucune accusation provisoire contre Nad Sivaramen. On l’avait questionné basé sur une allégation qu’il avait comploté avec qui, on ne sait pas encore, pour faire du tort à M. Yerrigadoo », a poursuivi Me Hervé Duval (Jr).
De son côté Me Ashley Hurhangee a été convoqué formellement par le Central CID pour consigner sa version des faits. Initialement, l’homme de loi avait objecté à cette démarche des limiers du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police Devanand Reekoye. Finalement, il s’est ravisé en prenant contact avec les Casernes centrales pour confirmer qu’il sera à leur disposition dans la journée, après ses engagements professionnels en cour ce matin. Pour sa part, l’avouée Nanda Hurhangee, a déjà été entendue par la police au sujet de l’enquête pour le délit de Swearing False Affidavit. Son dossier pourrait être soumis à la Mauritius Law Society en vue de déterminer s’il n’y a pas eu d’écart aux procédures d’éthique établies. Me Hurhangee avait pris ses distances de Husein Abdool Rahim dès qu’il a été convaincu qu’il avait été « maliciously misled » dans le cas de Sextorsion. L’homme de loi n’aura malgré tout d’autre choix que de se rendre au QG du Central CID pour répondre à des questions au sujet de la genèse de l’affidavit sur les allégations de blanchiment de fonds sur BET365.
Dans les milieux proches des enquêteurs, l’on indique que la version de l’homme de loi pourrait s’avérer déterminante afin de confirmer l’orientation de l’enquête sur un éventuel délit de Conspiracy. Ce matin, ces mêmes sources laissaient entendre que toute décision au sujet des charges provisoires à être logées dans cette affaire devrait s’articuler autour des détails révélés par l’homme de loi. Il n’est pas à écarter que d’autres protagonistes ayant eu contact avec l’homme de loi lors de la préparation de l’affidavit, le dimanche 10 septembre, soient entendus par la police.
De son côté, l’avouée Nanda Hurhangee, qui a rédigé l’affidavit juré par le dénommé Abdool Rahim, a déjà été interrogée Under Warning par le Central CID. Tout semble indiquer que sa participation en tant qu’avouée dans la rédaction dudit affidavit devrait faire l’objet d’un rapport spécifique à être soumis aux autorités compétentes en vue de saisir la Mauritius Law Society. Le but est d’obtenir des éclaircissements au sujet des procédures établies et de déterminer s’il y a eu quelconque infraction.
Pour le troisième jour consécutif, les journalistes de L’express ont dû se rapporter au Central CID, même si leurs interrogatoires auraient déjà été complétés. Très probablement, dans la journée, suite à l’interrogatoire de Me Hurhangee, la direction générale du Central CID confirmera la marche à suivre après avis de l’Office of the Director of Public Prosecutions. Entre-temps, les méthodes d’enquête de la police, frisant le harcèlement pour les principaux concernés, sont décriées.
Les Casernes centrales ont effectué un état des lieux de l’enquête, hier après-midi, par la voix du Police Press Officer, l’inspecteur Shiva Coothen. « Lanket inn kontinie sa mardi-la. Ena bann élément d’information ki nou bizin reverifie, et, de ce fait, bann prepoze pou bizin revini merkredi pou kontign lanket. Pour l’heure, nou pa kapav donn plis detay », a-t-il déclaré. Et d’ajouter:« Kan nou dir enn dimounn res à la disposition de la police, nou pe restrind so mouvman. Enn “statement under warning” li koul de sours ki zot an eta d’arrestation. Toutefois, zot benefisie sertin privilez pou kapav rant kot zot ».  
Empreintes digitales
Auparavant, hier, Husein Abdool Rahim a été confronté aux trois journalistes. Il a confirmé qu’ils l’ont aidé à r édiger un faux affidavit pour « faire tomber » l’ancien Attorney General, Ravi Yerrigadoo. Le trio n’a pas bronché en faisant valoir leur droit au silence. L’interrogatoire du directeur des publications du groupe La Sentinelle a déjà pris fin, en principe, et Nad Sivaramen a dû se soumettre aux procédures, dont la prise de ses empreintes digitales pour les besoins d’enquête.
À un moment, hier, le Central CID comptait loger une accusation provisoire de Conspiracy contre le directeur des publications devant le tribunal de Pamplemousses. Mais des évènements ont poussé les hommes de l’ACP Reekoye à revoir leur copie. Ces derniers ont voulu une contre-vérification de certains documents en leur possession pouvant incriminer les journalistes. Ceux-ci concernent les échanges téléphoniques entre le whistleblower et les journalistes concernés.
En plus, le CCID a exprimé le souhait d’avoir accès aux comptes bancaires des journalistes pour déterminer qui a payé le logement et l’hébergement de Husein Abdool Rahim à Port Chambly. Après avis légal, les limiers ont finalement opté pour compléter les différents interrogatoires pour ensuite décider de la marche à suivre.
Finalement, l’énigme Husein Abdool Rahim, dont le délai dans l’arrestation suscitait des interrogations, demeure encore entière. Une aile au sein du CCID maintient que ce suspect doit être inculpé en premier avant de décider du sort du trio. La hiérarchie aux Casernes centrales a sollicité des précisions auprès du bureau du Directeur des poursuites publiques sur certains aspects de l’enquête.       
De son côté, Me Hervé Duval Jr, qui défend les intérêts de Nad Sivaramen, était dans le flou.
« Res under warning»
« Toutes les procédures administratives ont été complétées. La police nous a demandé de revenir demain matin (ce mercredi) pour une décision finale. J’avoue qu’on ne comprend pas trop cette tournure des choses, mais on attend demain (ce matin) pour savoir de quoi il en ressort. Mon client est toujours “under arrest”, mais relâché sur parole », affirme l’avocat. Même le directeur des publications de La Sentinelle « ne sait pas trop pourquoi on revient ».
La situation est encore plus confuse pour les deux autres journalistes, car Axcel Chenney a confirmé à sa sortie du CCID qu’il « n’a pas été arrêté, mais nou res under warning ». Avant d’ajouter: « le combat pour la vérité continue. Bann eleman ki pe met divan nou, c’est très intéressant. L’enquête de l’express sur l’affaire Bet365 n’est pas finie ». Idem pour Yasin Denmamode, dont son avocat, Me Ramburn,   a déclaré : « lapolis pa’nn dir mwa ki li (Yasin Denmamode) en arrestation. Il est autorisé à partir. Zot dir mwa li bizin vini dime gramatin (ce mercredi). C’est tout ».   
De son côté, l’Independent Commission Against Corruption est en mode « wait and see », car les enquêteurs sont toujours en présence de l’affidavit que leur avait remis Husein Abdool Rahim. Ce dernier n’a pas retiré sa plainte contre Sylvio Sundanum et Ravi Yerrigadoo en ce qui concerne un montage financier pour blanchir de l’argent. Ainsi, les hommes de Navin Bheekarry attendent la conclusion de l’enquête du CCID pour ensuite décider s’il y a lieu de convoquer les différents protagonistes dans cette affaire.