L’escouade de la Cyber Crime Unit du Central CID détient une arme majeure contre des membres de l’ancien gouvernement, en l’occurrence l’ex-Premier ministre, Navin Ramgoolam, et l’ex-vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo, déjà en liberté sous caution dans l’enquête sur le contrat-jackpot de Rs 10 milliards de Betamax. Cet Exhibit, déjà versé au dossier à charge, est sous la forme d’un Cabinet Memorandum falsifié et truqué au niveau du Prime Minister’s Office pour l’approbation du contrat par le conseil des ministres du vendredi 27 novembre 2009. Un troisième ancien ministre, Rajesh Jeetah, dans le collimateur du Central CID depuis l’ouverture de cette enquête criminelle, est annoncé aux Casernes centrales d’ici la fin de la semaine en vue d’une séance d’interrogatoire Under Caution. De son côté, le Chief Executive Officer du groupe Bhunjun, Veekram Bhunjun, âgé de 47 ans, échappe in extremis à une nuit en cellule policière suite à un Ruling de la Bail and Remand Cour prononcé à 18 heures 05, hier, fixant sa caution à Rs 200 000 et une reconnaissance de dettes à Rs 2 millions. De plus, il devra se rapporter au poste de police de Sodnac chaque samedi alors qu’il a dû revenir en Cour de Port-Louis ce matin pour s’acquitter des conditions de sa remise en liberté provisoire.
Le Cabinet Memorandum, présenté à la réunion du conseil des ministres du vendredi 27 novembre 2009 pour obtenir l’assentiment du gouvernement en vue de l’allocation du contrat de fret pétrolier à la société Betamax du groupe Bhunjun, avait été falsifié et truqué. Des changements avaient été apportés à ce document confidentiel au niveau du Prime Minister’s Office au préalable pour favoriser le groupe Bhunjun au détriment de cinq autres soumissionnaires potentiels. C’est ce que révèlent les Minutes Sheets du dossier officiel du contrat de Rs 10 milliards.
Les recoupements effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que les objections formelles du State Law Office en date du 29 avril 2009, objectant au By-Passing de l’exercice d’appel d’offres sous la Public Procurement Act, avaient été escamotées au moment crucial de la décision d’allouer ce contrat. Ainsi, le Cabinet Memorandum sur le fret pétrolier de la STC a été modifié à la dernière minute au niveau du Prime Minister’s Office pour faire accroire que les objections formulées ont été prises en compte.
En effet, le Cabinet Memorandum, qui a été distribué aux membres du gouvernement pour la réunion du conseil des ministres du vendredi 27 novembre 2009, soutient que « the views of the State Law Office have been taken on board ». Cette phrase a été ajoutée à la dernière minute dans le document officiel pour modifier la version initiale soumise conjointement par le ministère du Commerce et la State Trading Corporation. Dans cette dernière, mention était faite que « the view of the SLO is annexed ». Or, officiellement, il n’y avait jamais eu d’Annexure au Memorandum officiel en vue de favoriser le groupe Bhunjun au détriment de cinq autres soumissionnaires, dont Ah Chuen ABC Motors, le groupe Currimjee, Abdullah and Sons, Maersk Mauritius et Indian Ocean Maritime Ltd.
La Permanent Secretary, connue comme la « Marraine du Prime Minister’s Office » du temps de Navin Ramgoolam, aurait déjà été entendue par le Central CID au sujet de ces altérations capitales. Pour arriver à cette ancienne intouchable du Treasury Building jusqu’en décembre 2014, les limiers de la Cyber Crime Unit ont eu recours à des tests graphologiques en vue de déterminer l’auteur des amendements à un Cabinet Memorandum.
À hier, deux écoles de pensée s’affrontaient quant au sort qui pourrait être réservé à cette Permanent Secretary. La première est que vu qu’elle aurait agi sur la base des directives « coming from the highest quarters of government », elle devrait bénéficier du même traitement que le Senior Chief Executive, Kundasamy Pather. D’autres avancent qu’il ne faut être nullement étonné qu’elle soit convoquée formellement avant la clôture de cette enquête dans le cadre de l’opération Lakaz Lerwa Lion au plus tard à la fin de ce mois. Mais ces mêmes sources sont unanimes à souligner que cette Documentary Evidence est d’importance capitale en vue de prouver le complot en faveur du groupe Bhunjun pour le contrat-jackpot de Rs 10 milliards à compter de 2009.
En tout cas, le cinquième suspect de la Betamax Saga, le CEO du groupe Bhunjun, a évité in extremis une nuit en cellule au Moka Detention Centre, hier. Et ce, à la faveur d’un Ruling de la magistrate Devianee Bissoondoyal siégeant à la Bail and Remand Court. Après avoir exceptionnellement entendu la Bail Motion, présentée par Me Rishi Pursem, Senior Counsel, assisté de Me Yahia Nazroo, la magistrate de la Bail and Remand Court devait dans un premier temps fixer le prononcé du Ruling pour ce matin, soit tacitement que le suspect Veekram Jugdish Bhunjun, devait être reconduit en cellule policière pour la nuit d’hier à ce matin.
Sur ce, Me Pursem devait faire un plaidoyer en Cour pour que son client soit remis en liberté sur parole pour la nuit. Cette pratique ne figurant pas dans les moeurs et coutumes du judiciaire, la magistrate devait concéder de revoir sa position et émettre son Ruling vers 18 h 05. Vikram Bhunjun a eu à fournir une caution de Rs 200 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 2 millions. Il devrait également se présenter au poste de police le plus proche de sa localité tous les samedis entre 6 h et 18 h. Il a complété les formalités.
Sur les quatre accusations retenues contre le Chief Executive Officer du groupe Bhunjun, seule une, à savoir celle ayant trait au complot avec Navin Ramgoolam et Anil Bachoo, « to successfully obtain a major contract for the transportation of petroleum products from Mangalore, India, to Mauritius, to the detriment of Ah Chuen ABC Motors, le groupe Currimjee, Abdullah and Sons, Maersk Mauritius et Indian Ocean Maritime Ltd », a été logée devant le tribunal de Port-Louis. Les trois autres charges, à savoir les délits d’Influencing Public Officials, de Bribery for Procuring Contracts, avec l’enveloppe de 9 700 dollars américains et les coupures de Rs 2 000, le nom de Veekram Bhunjun étant inscrit, saisie dans le coffre de Navin Ramgoolam et de Breach of Procurement, sont toujours en suspens – le dénommé Veekram Jugdish Bhunjun retournant dans les locaux du Central CID à la mi-journée pour la suite de son interrogatoire Under Caution.
Lors de l’audition de la Bail Motion, le représentant de la police avait objecté à la demande de remise en liberté sous caution, évoquant les risques d’ingérence avec des témoins ou le détournement des preuves. Le sergent Ruchaia de la Cyber Crime Unit du Central CID, a soutenu que, selon les dépositions des témoins dans cette affaire, il a été prouvé que le CEO de Betamax a usé de son influence pour obtenir ledit contrat.
Le témoin de la police s’est appesanti sur le fait qu’il a été prouvé que par son influence, Veekram Bhunjun a reçu des faveurs de certains ministres jusqu’au point où des dispositions de la loi (Finance Act) ont été amendées pour qu’il obtienne le contrat. Il a ajouté que jusqu’à l’heure plus d’une trentaine de témoins ont été entendus.
Répondant à une question de Me Pursem, qui voulait savoir si Veekram Bhunjun a déjà interféré avec un témoin, le sergent de police a répondu que ce dernier  avait menacé Ranjitsing Soomarooah, l’ex-directeur général de la State Trading Corporation (STC), notamment « taler mo fer Ramgoolam fou toi ene beze et fer toi lev pake ale ». Cela se serait passé en 2009. Il devait concéder toutefois que depuis le début de l’enquête en janvier 2015, personne n’est venu se plaindre d’ingérence de la part de Veekram Bhunjun.
Veekram Bhunjun a nié catégoriquement les accusations dont il fait l’objet, ajoutant qu’il n’a rien à cacher car il n’a rien fait de mal. Il a soutenu qu’il serait prêt à soumettre son passeport à la police et à appliquer les conditions que la cour lui imposera.
À ce matin, le Central CID procède à l’interrogatoire d’un dénommé Dinesh Callika Persand, témoin pour le groupe Bhunjun lors de la signature du contrat avec la STC le vendredi 27 novembre 2009 comme exigé par le Premier ministre d’alors. Il a retenu les services de Me Pursem. Aucune indication n’était disponible à la mi-journée quant à la décision des enquêteurs contre cet individu interrogé Under Warning.
Annoncé pour aujourd’hui au Central CID pour interrogatoire, Rajesh Jeetah pourrait s’y rendre vers la fin de la semaine, le temps que les hommes de l’assistant commissaire de police, l’ACP Heman Jangi complètent ces deux interrogatoires susmentionnés.