Le Morne, Île aux Bernaches, Cannelle – des noms qui rappellent Maurice dans ses reliefs, ses saveurs. On serait bien loin du béton. Mais l’intuition ferait mentir. Dans le sillage de l’intégration de Premix au groupe One Lafarge Mauritius, s’ensuit un déploiement de gammes de béton qui s’éloignent des sentiers battus. Zoom sur ces surfaces, qui font presque oublier le terne, savant dosage de science et d’esthétique.
Paie-t-on suffisamment attention aux détails ? Oui, Maurice est de plus en plus bétonnée. La nature cède du terrain. C’est une évidence que le développement sait imposer ses coûts et ses exigences. Le béton grisâtre, monotone ne semble pas être un substitut de goût.
Mais à y regarder de plus près, par exemple du côté du centre commercial de Cascavelle, le revêtement tranche sensiblement avec le style urbain caractéristique du « koul beton ». La surface plutôt sablée rappelle la mer, le tropical… Le granulat accorde son petit cachet rustique, de quoi proposer un outil industriel à la mesure de l’esthétique : un complément de paysagiste.
Artevia – pour art et vie – est un béton décoratif proposé par Premix Concrete (Pre-Mixed Concrete Ltd), récemment agglomérée à One Lafarge Mauritius. Et de signer par cela, l’entrée de Maurice dans une nouvelle ère de proposition de construction. Qui s’accorde. Qui s’adapte. Qui n’agresse pas les sens. Qui se fait résolument « nature », « local ». Pascal Finé, General Manager, se confie au Mauricien.
« Nos premiers retours sont très positifs. Il faut dire que le seul concurrent indirect de ce type de produit, ce sont les petits pavés (NDLR : ils sont d’ailleurs très communs. D’usage, on en fait des mosaïques au sol) mais ils ne sont disponibles qu’en trois coloris, explique-t-il. Artevia propose, pour sa part, une gamme élargie ».
En effet, on s’en rendra bien compte en consultant le catalogue Pre-Mix, qu’il s’agit d’une collection déployée en gammes diverses : Relief pour un « bel effet de matière », Roche pour « l’aspect de pierre taillée », Color pour « un béton teinté » de type « girofle », « poivré », « manioc » ou encore Poli, de quoi « offrir du lisse, proche du marbre, qui apporte douceur et élégance ». De quoi commenter qu’il s’agit d’un produit offrant une réelle plus-value : le choix de délaisser l’alternative « petits pavés » pour privilégier le « naturel » ou encore, d’éviter le coûteux marbre et d’opter pour un poli qui fait moins mal au budget. Pascal Finé précise par ailleurs : « C’est un béton adapté à l’hôtellerie, nous sommes persuadés de son potentiel ».
Mais transformer un produit à réputation « facile à travailler », plutôt « bon marché » n’est pas mince affaire. Et il ne s’agit pas que d’importer un concept, et de le reproduire. La science doit y mettre son grain, et il faut en outre une très bonne compréhension de ce que le granulat local peut produire, artistiquement parlant. Artevia est un travail de composition entre expertise étrangère et matière première mauricienne, un outil industriel, souvent mésestimé, qui conjugue art et précision.
Car, pour arriver à ce résultat, il faut être « très précis dans les dosages ». Pascal Finé, en face de la nouvelle usine en opération depuis août à Bambous, se montre technique : « 1 mètre cube pour 2 500 kilos… pour Artevia on doit opérer dans une fourchette de un ou deux kilos par mètre carré », ce qui laisse peu de marge d’erreur.
Par ailleurs, le béton, au-delà de tout ce qui est purement lié à la construction, représente un défi logistique important. Pas moins de six centrales bétonneuses sont déployées dans l’île afin d’assurer une livraison dans les 90 minutes. « On ne peut pas se fier à la fluidité du trafic. Il faut jouer la proximité », indique Pascal Finé.
Nouveaux horizons
Depuis le 1er janvier dernier, un changement d’actionnariat place Pre-Mix sous l’ombrelle de One Lafarge Mauritius. Lafarge, leader cimentier mondial, possède ainsi 51 % des parts de Pre-Mix contre 49 % à United Basalt Products Ltd. Cette intégration verticale unifie l’expertise ciment à celle du béton tant à l’échelle des ressources humaines, de la qualité que de la sécurité, afin « d’assurer une offre globale destinée à l’ensemble du bâtiment ». Et d’assurer, ainsi, un renouvellement technologique pour le moins intéressant pour Maurice.
Parmi les gammes déjà disponibles : Hydromedia, depuis trois mois, présenté comme « un béton très adapté à la problématique mauricienne, étant complètement perméable à l’eau. En effet, Maurice est de plus en plus bétonnéee, ce qui amenuise l’apport aux nappes phréatiques. Hydromedia laisse passer l’eau et limite considérablement les pertes ».
Depuis peu, Chronolia, béton « très technique, destiné aux pros de la construction », permet un gain de temps considérable. Sans entrer dans les technicités, Chronolia sèche plus vite, offrant ainsi la possibilité de multiplier les sites de construction et « d’aller jusqu’à six fois plus vite ».
« On souhaite l’arrivée prochaine d’Agilia, béton auto-nivelant, vers mi-2013 ». De quoi laisser présager une offre de plus en plus variée, abondante, sur un marché de la construction qui suit une évolution remarquée.