On aurait pu croire que Pravind Jugnauth se serait investi à s’inscrire dans l’Avenir. Ne serait-ce que pour nourrir ses ambitions politiques affichées. Mais rien de plus que ce qu’avait entamé son grand frère en 2001 suivi de la dogmatisation de l’investissement étranger sous l’ère Sithanen, et loyalement reproduit par tous ses successeurs depuis 2006.
S’appuyant en premier lieu sur le développement foncier pour doper une économie à bout de souffle, cette lignée de grands argentiers, qui avait fait ses débuts avec les villas de luxe, a ensuite exploré toutes les avenues possibles et imaginables sous le vecteur du Développement-foncier-pour-multimillionnaires-étrangers.
L’actuel titulaire n’a eu qu’à boucler la boucle en éliminant les dernières restrictions quant à l’acquisition des produits fonciers. Et pour faciliter le tout, l’étape ultime pour l’obtention d’un permis de construction – un des derniers pouvoirs publics encore sous administration démocratique régionale – est simplement éliminée.
Sa deuxième démarche ? Pas plus innovante que la précédente ; si ce n’est que la dérégularisation du « doing business » prend des proportions outrancières sous Pravind Jugnauth. Le savant mélange entre silence et licence n’est pas qu’un jeu de mots de mauvais goût. Le Silent Agreement Principle et la Regulatory Sandbox Licence sont avant tout de la « facilitation of doing ALL SORTS OF business ».
Et avec l’ouverture quasi-totale de notre secteur offshore, la journée portes ouvertes du Foreign Direct Investment (FDI) est annoncée pour les prochaines huit années; avec promesse de côtoyer les plus grandes familles de ce monde qui ne seront pas sans rappeler les Ewing de Dallas mais qui nous viendront plus vraisemblablement de l’autre côté du Pacifique. Toutes les fortunes personnelles sont également conviées à la fête et certains pourront même s’offrir des mini-domaines de 1,25 arpent. Les autres, riches expatriés nouveaux et anciens, pourront toujours se rabattre sur les luxueux quartiers résidentiels qui leur seront exclusivement réservés.
Certes, Pravind Jugnauth repositionne Maurice dans le classement « Ease of Doing Business » et se positionne lui-même dans le classement du meilleur ministre des Finances de l’Afrique, mais l’intérêt du plus grand nombre est loin d’être sauvegardé.
Certains auraient même pu se laisser aller à penser que l’échouage du MV Benita aurait refroidi les ardeurs du plus jeune des prétendants au poste de Premier ministre. Le Petroleum Hub est toujours placé à bon étage, avec en prime sa raffinerie flottante ! Sous l’item budgétaire « Changement climatique » qui sert davantage à justifier les « grants » de l’Union européenne qu’autre chose, ce n’est pas tant le manque d’idées mais plutôt le ton fataliste sur lequel ont été énoncées les quelques mesurettes qui devrait sérieusement nous inquiéter.
Le petit coup de pouce à l’industrie de la construction de logements, avec des mesures en soldes jusqu’aux prochaines législatives, n’y changera pas grand-chose.
Faut-il saluer les timides mesures en faveur des Petites et moyennes entreprises (PME) ? La baisse du prix du gaz ne mérite, elle, même pas de mention budgétaire. Un communiqué de la STC aurait suffi.
La hausse de certaines prestations sociales est largement méritée. Elle a été accordée, il faut peut-être le souligner, tout comme le fait qu’elle est aussi un investissement public dans la consommation.
Aucun sursaut face aux nouveaux défis. Aucune leçon des crises successives auxquelles fait face notre monde en ce troisième millénaire. Ce budget, comme tous les autres, nous mène inlassablement dans une même direction. Vers ce même « presipis » qui avait, semble-t-il, poussé SAJ à démissionner de la Présidence.