En vendant son siège, l’ancien cent-cinquantenaire Merchant Navy Club, il y a quelques années, pour ensuite réinvestir presque la totalité de la recette de la vente, soit environ Rs 38 millions, dans le réaménagement du Port-Louis Seafarers’ Centre, àRoche-Bois, aussi connu comme la Trevissa House, la direction de la Mauritius Sailors Home Society (MSHS) avait-elle l’intention de prendre entièrement le contrôle de cette institution à travers un transfert de titre de propriété? Si tel était son plan, celui-ci est en train de tourner au cauchemar pour la société. L’International Transport Federation Seafarers’ Trust(ITFST), organisme international qui a également engagé gros (près d’un million de $ US) dans l’affaire, oppose catégoriquement son véto à cette prise de contrôle.
De plus, la MSHS se retrouverait encore devant une autre complication majeure parce que vu que le terrain qui abrite le centre convoité a été cédé à bail par le Conseil municipal de Port-Louis dans un but social bien précis –celui d’entretenir un lieu de détente et de logement temporaire pour tout marin de passage au port et non pas pour un hôtel de classe géré comme un business –, le Conseil est très embarrassé car se posera la question alors d’un appel d’offre ouvert au public! Ledit bail expire en septembre prochain et si le Conseil ne le renouvelle pas, la MSHS risque de tout perdre.
C’est véritablement un lourd conflit qui semble s’être installé autour de la propriété et la gestion de ce centre des marins de Roche-Bois deTrevissa House et toute l’affaire menace d’atterrir en Cour de justice.
La mésentente a commencé quand, en février dernier, l’ITFST a reçu une lettre émanant du diocèse de Port-Louis lui demandant l’autorisation de transférer le titre de propriété du centre à la Mauritius Sailor’s Home Societyafin que cette dernière puisse contracter un emprunt conséquent auprès de la Mauritius Commercial Bankpour engager des travaux d’innovation. Le diocèse catholique est impliqué dans l’affaire par le biais de l’Apostolat de la Mer, lequel entretient des liens étroits depuis une vingtaine d’années avec la fédération internationale du transport via un Memorandum of Understanding(MOU).
Selon cet arrangement, l’Apostolat devait assurer la gestion du centre de bien-être pour les marins (locaux et de passage) et contribuer plus d’un million de roupies pour les frais d’entretien du centre. Sauf qu’après le décès de Jean Vacher, qui était le boute-en-train de l’Apostolat, cette organisation a fait savoir qu’elle n’aurait plusles moyens financiers ni les ressources humaines nécessaires pour gérer la Trevissa House à l’avenir. D’où d’autres arrangements que le diocèse a faits avec la direction de la MSHS afin que celle-ci prenne la relève. Or, la MSHS exige maintenant d’obtenirle titre de propriété de la Trevissa House afin de tout mettre sous hypothèque auprès d’une banque pour obtenir un prêt conséquent susceptible de permettre un vaste plan de rénovation.
L’ITFST délègue ses  enquêteurs
Devant la tournure que prenaient les choses et très remonté à l’idée que la Trevissa House soit éventuellement déviée de son objectif initial d’être un centre d’accueil pour les marins, l’ITFST a délégué deux représentants à Maurice en début d’année pour enquêter. Ces derniers, John Macleod et Abdulgani Serang, se sont fait assister par Dani Appave, un ancien expert mauricien dans le domaine maritime. Ladite enquête aurait été très défavorable aux intérêts particuliers de laMSHS. Selon nos informations, il est apparu que ni le Seafarers Welfare Board, instance multipartite où siègent des représentants du gouvernement et des usagers du Port, ni des délégués de la Maritime Transport and Port Employees Unionet de la Professional Seafares’ Unionne sont satisfaits que, sous la gestion de la MSHS, la Trevissa House soit aujourd’hui plus un hotel de haut standing aux côuts inaccessibles pour les marins en transit plutôt qu’un centre d’accueil et de loisirs pour ces derniers. Soit, une déviation totale de l’objectif que tous les stakeholders, surtout la fédération internationale des marins, s’étaient fixé!
La décision de mettre sur pied la Trevissa House avait été prise à la suite d’un séminaire tenu à Maurice, en octobre 2000, sous l’égide de l’International Confederation of Seafarer’s Welfare(ICSW), dans le cadre d’un programme d’aide aux gens de la mer de la région océan Indien et de l’Est Afrique. La construction du centre avait débuté en 2002 sous la responsabilité d’une association enregistrée au nom deCollective Seafarers Welfare(CSW). L’ITFST était intervenue pour injecter un don d’un million de dollars (?Rs 30 M) pour financer la construction ainsi que les opérations de démarrage.
Par la suite, l’Apostolat de la Mer du diocèse catholique s’était vu confier la gestion sur une base limitée jusqu’en 2009. Par manque de moyens, ayant lâché prise, le centre tomba en état d’abandon et cela facilita l’entrée en jeu de la MSHS. Celle-ci a doté la Trevissa House de chambres rénovées, d’un restaurant, d’un bar, d’un gymnase, d’une piscine etde salles de conférences. C’est ainsi que c’est devenu, selon les enquêteurs, un centre de haut standard opérant en permanence.
En fait, les enquêteurs de l’ITFST ont eu des discussions avec la direction de la MSHS, soit avec son président, Xavier d’Unienville et son General Manager, Kavi Ramcharan. Les échanges ont été apparemment houleux puisque ces deux responsables auraient quitté la table en exprimant leur désaccord complet devant l’évolution des événements. Cependant, même au sein de la MSHS, des membres auraient exprimé la crainte que devant l’endettement de la société (soit Rs 1,5 M auprès d’une banque en plus de Rs 60 000 de liabilities), celle-ci soit mise en faillite si le transfert du titre de propriété de la Trevissa House était maintenant refusé. Or, c’est justement ce à quoi ni le Seafarers Welfare Fund Boardni l’ITFST ne comptent nullement agréer.
Crainte de risque de saisie par la banque
De son côté, le Conseil municipal de Port-Louis, qui a aussi son mot à dire, aurait fait comprendre aux enquêteurs par l’entremise du Lord-maire adjoint, Phalraj Servansingh que la demande de la MSHS de transfert de propriété est difficilement acceptable. Le Conseil municipal ne peut effectivement concevoir que la Trevissa House s’éloigne de sa vocation sociale première et devienne un business d’hôtel de classe. Autrement, selon la loi, cela nécessiterait obligatoirement un appel d’offres parce qu’il s’agira de disposer d’un bien foncier appartenant à une collectivité locale. Ce qui a mené Phalraj Servansing à dire aux enquêteurs que le conseil maintiendrait le statu quo, à moins que l’ITFST et le diocèse ne conseillent autrement.
En guise de conclusion de son enquête, la fédération internationale de transport aurait déjà recommandé qu’il n’y ait aucun transfert de titre. Selon les enquêteurs de la fédération, la Trevissa House courrait alors bien vite le risque d’être saisie par la banque au cas où ses activités ne seraient plus rentables et que la MSHS soit forcée de mettre la clé sous le paillasson.
Les enquêteurs n’auraient pas du tout été convaincus par un plan de relance du centre proposé par une firme comptable pourtant de renom international. La meilleure solution possible, selon eux, serait que la MSHS revoie complètement son mode de gestion en y impliquant tous les stakeholders(gouvernement, diocèse, Sailors Welfare Boardet représentants syndicaux), qu’elle balance convenablement son budget et ramène le centre de Roche-Bois à sa vocation initiale qui devrait être celle du bien-être des marins.
De toute façon, auraient laissé entendre les enquêteurs, si en étant privée du titre de propriété, la MSHS décidait de se retirer, il est encore envisageable qu’une autre organisation regroupant d’autres stakeholderspuisse être constituée pour continuer la mission de la Trevissa House. Devant ce qui s’annonce comme un deadlock, il est très probable que la direction de la MSHS réfère l’affaire à la Cour suprême. À suivre, donc!