Les Amis de Zippy, programme destiné aux enfants de “lower primary” et axé sur le bien-être social et émotionnel, a été introduit sur une base pilote dans huit écoles du gouvernement. Ce développement intervient neuf ans après son entrée dans les écoles catholiques. « Quand il y a un programme qui donne des résultats, il doit être accessible à tous », a déclaré la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, au lancement du programme à l’école Ramsoondar de Solférino ce matin.
Le Mauritius Institute of Education (MIE) et l’Institut Cardinal Jean Margéot ont travaillé en collaboration sur ce projet pilote. La ministre a tenu à rappeler que les Amis de Zippy est un programme adopté dans 31 pays. « Il s’agit d’instruire aux enfants comment gérer leurs émotions. Par exemple, la perte de quelqu’un dans la famille peut bouleverser un enfant et le démotiver à l’école. Avec Zippy, il va apprendre à gérer cette tristesse. Quand un enfant est en colère, il va apprendre à canaliser cette colère. Il n’y a rien de mauvais dans la colère, mais il faut savoir la gérer. Idem lorsqu’on est joyeux. Je prends toujours l’exemple de l’explosion de joie après la proclamation des lauréats. Il n’est pas nécessaire d’aller écrire toutes sortes de mots sur le mur du collège voisin pour exprimer sa joie. Avec ce genre de programme, les enfants grandiront sainement et on préviendra la violence. » Revenant sur le drame de Camp-de-Masque-Pavé, la ministre de l’Éducation ajoute qu’il s’agit là d’un cas démontrant que les jeunes ne savent pas gérer leurs émotions. D’où l’importance d’un programme comme Les Amis de Zippy, dès le plus jeune âge.
Le programme sera évalué après la période pilote et il sera alors déterminé s’il sera appliqué à l’ensemble des écoles primaires du gouvernement. Leela Devi Dookun-Luchoomun précise que Les Amis de Zippy n’est qu’un élément du programme axé sur le développement social et émotionnel. D’autres projets seront introduits au fur et à mesure de la mise en place de la réforme. Elle ajoute que le programme aidera aussi les enseignants, qui apprendront à mieux gérer leurs classes. Huit instituteurs ont été formés par l’ICJM pour le projet pilote. « Ce sont les enseignants qui façonnent la société de demain », précise la ministre.
Élaborant sur ce programme, Émilie Duval, responsable du département de psychologie de l’ICJM, s’est dite « émue », car cela fait longtemps qu’elle attendait que « Zippy soit accessible à tous les enfants. » Les écoles catholiques ont adopté ce programme depuis neuf ans déjà. Les Amis de Zippy est aussi présent à Rodrigues et à La Réunion.
Le programme comporte six modules : les sentiments, la communication, les relations sociales, les conflits, les changements/les pertes et l’adaptation. Le parcours s’échelonne sur l’année scolaire. « Il y a eu neuf recherches scientifiques qui ont démontré les bénéfices du programme à la fois pour les enfants, les profs et les parents », indique Émilie Duval.
Également présent au lancement de ce projet pilote, le vice-Premier ministre et ministre du Logement, Showkutally Soodhun, a salué l’initiative du ministère de l’Éducation et de l’ICJM. « Il y a beaucoup de violences chez les jeunes actuellement et un tel programme aidera à mieux gérer les situations », a-t-il dit.
Le Vicaire général, Jean Maurice Labour, lui, a rappelé la longue collaboration entre l’Église catholique et le ministère de l’Éducation. Il dit également apprécier la démarche de la ministre Leela Devi Dookun-Luchoomun de considérer les compétences déjà existantes dans le cadre de la réforme de l’éducation. L’assistant maître d’école de l’école J.T. Ramsoondar, Sunil Jhugroo, s’est dit heureux d’accueillir ce programme. Il est convaincu que les enfants seront mieux armés en vue de gérer leurs émotions.
Rappelons que c’est Ibrahim Sheik-Yousouf, ancien président de Befrienders, qui avait découvert le programme Les Amis de Zippy, en Angleterre, il y a une dizaine d’années. Concerné par les cas de suicide chez les jeunes, il avait approché le Bureau de l’Éducation catholique (BEC) pour adapter ce programme dans nos écoles. Le ministère de l’Éducation, à l’époque, n’était pas intéressé par le programme. Rappelons également que le BEC détient une licence de Partnership for Children (UK) pour implémenter ce programme à Maurice.