Le Premier ministre serait de plus en plus isolé et profiterait des réunions hebdomadaires du Conseil des ministres pour essayer d’imposer son autorité alors que c’est au Sun Trust, que contrôle Pravind Jugnauth, que se décident postures et stratégies et où dominent ceux qui veulent précipiter son accession au poste de Premier ministre. Pour ceux qui ont fait le compte, la grosse majorité des ministres et députés du MSM, à l’exception notoire de Roshi Bhadain et de Showkutally Soodhun, prendrait fait et cause pour Pravind Jugnauth, tout en déplorant une certaine manière de faire du chef du gouvernement et dans le cas Dayal et celui de Vishnu Lutchmeenaraidoo. D’où la mise en garde de sir Anerood Jugnauth jeudi à l’effet que “personn pa pou bouz mwa !” à la sortie des célébrations du Varusha Pirappu le jeudi 14 avril.
Et si, dans le rapport de forces qui se dégage nettement en faveur de Pravind Jugnauth, Paul Bérenger avait obtenu des renseignements fiables indiquant que le Premier ministre s’est vu, en fait, empêcher de demander, comme il l’a fait dans le cas de Raj Dayal, à Vishnu Lutchmeenaraidoo de se retirer ? Parce qu’il y a eu, selon ce qui se raconte au Sun Trust, une opposition frontale à toute décision en ce sens venant de son propre clan familial, à commencer par un veto formel du rejeton ?
Le leader de l’opposition n’a-t-il pas très officiellement demandé au Premier ministre, mardi à l’Assemblé nationale, si “last week, he had decided to ask the former Minister of Finance and Economic Development to step down, but was prevented from doing that” ? Et que c’est pour cela que malgré la “double barrel enquiry”, Yihai et Euroloan, sur le ministre, ce dernier est toujours en poste. Si c’est vrai que SAJ a immédiatement répliqué que “I neither asked nor did prevent”, dans les coulisses, les choses se déroulent d’une manière tout à fait différente.
On raconte ainsi que c’est la décision du Premier ministre de revenir sur sa décision de demander à son ministre des Affaires étrangères, suite à l’affidavit juré par ce dernier et qu’il a dû démentir par voie de communiqué, qui aurait provoqué le courroux de Showkutally Soodhun qui, découragé que son collègue ait entraîné SAJ dans l’affaire Euroloan, avait, prétextant un malaise, décidé de renvoyer ses bodyguards et de rentrer chez lui.
C’est ainsi que lors de sa première sortie publique suivant cet incident, le jeudi 7 avril à la municipalité de Vacoas-Phoenix, il a profité pour lancer quelques messages tels que « gouvernman pou kit mwa mé zamé mo pou kit li », avant de prendre la peine d’ajouter « tan ki sir Anerood Jugnauth pou Premier ministre ». Comme pour réaffirmer son soutien indéfectible à SAJ, il avait même ajouté être prêt à « travay esclav pou SAJ lanwit ek lizour, mem si li bat mwa, li zour mwa, li maltret mwa ».
En fait, le différend père/fils s’est creusé depuis que SAJ a, dans son interview aux radios le 18 décembre 2015, indiqué avoir découragé Pravind Jugnauth à s’engager en politique, ce qui a été interprété comme un désaveu de son action en tant que leader du MSM. Et, depuis, les positions se font de plus en plus discordantes. Lorsque le Premier ministre demande et obtient que Raj Dyal steps down, Pravind Jugnauth, lui, déclare, sans aucune gêne, qu’il lui a parlé et qu’il est “solidaire” de son collègue.
Au Château Labourdonnais le 30 mars, où le fan club de SAJ célèbre es 86 ans, si le PM déclara sans ambages qu’il “ne compte plus sur Vishnu Lutchmeenaraidoo” et qu’il se permet même de rappeler qu’il avait été, dans le passé, affublé du sobriquet peu reluisant de “rasoir”, Pravind Jugnauth, lui, choisit d’envoyer des messages que certains ont estimés destinés surtout à Roshi Bhadain en parlant de “kamikazes”. Et le lendemain, à l’occasion d’une activité dans sa circonscription, prenant à contrepied son père, le leader du MSM affirme “soutenir” Vishnu Lutchmeenaraidoo et avance aussi que “nous continuerons à compter sur lui”.
Et si lui est à Mapou, c’est Roshi Bhadain, le fils qu’il aurait aimé avoir, selon ceux qui peuvent témoigner de la parfaite alchimie qui existe entre le vieux routier et le jeune ministre, qui répondra présent à une autre fête d’anniversaire organisée le 1er avril à l’hôtel Le Méridien par Bissoon Mungroo, les photos de cette proximité publique ayant fait le tour des rédactions.
Lorsqu’il fut invité à réintégrer le MSM en vue de peser sur les décisions du Sun Trust, Vishnu Lutchmeenaraidoo n’avait pas encore établi que le rapport de forces penchait en direction de celui qui contrôle l’appareil du parti.
C’est lorsque cela est devenu indiscutable qu’il est sorti de son silence et que, dans une interview à l’express, il a déclaré que la condamnation de Pravind Jugnauth avait “déstabilisé le gouvernement”, ce qui, en mode décodé, veut dire que “d’autres ont pris sa place” et qu’il avait aussi insisté sur le fait que le leader du MSM est appelé à devenir Premier ministre.
C’est donc fort du soutien de Pravind Jugnauth et de l’appareil du parti que Vishnu Lutchmeenaraidoo a commencé à attaquer frontalement celui à qui il attribue ses malheurs et qu’il a été jusqu’à jurer un affidavit, rejeté certes, visant à empêcher l’ICAC de le convoquer. La tentative de l’écarter comme ministre avortée, ce qu’il considère comme une importante manche de gagnée, Vishnu Lutchmeenaraidoo a lancé une nouvelle salve en direction de Roshi Bhadain jeudi dans les locaux mêmes de l’ICAC, n’hésitant pas à reprendre sa formule de “KGB”, ajoutant que son collègue ministre “finn pil lor mwa” alors qu’il était souffrant et que le dessein de son détracteur désigné est de le “tuer politiquement”.
Conscient désormais de ne pas faire partie de ceux qui ont voix au chapitre au Sun Trust, le ministre des Services financiers a temporisé vendredi à l’issue du conseil des ministres tout en envoyant une pique en direction du ministre des Affaires étrangères qui a dû faire mal : “Mo péna okenn problem, mo pa finn pran loan mwa.”
C’est cette même situation qui fait que Raj Dayal, mesuré dans un premier temps après que le Premier ministre l’eut sommé de se retirer, a, lui aussi, commencé à donner de la voix. C’est bien Roshi Bhadain et son cousin par alliance Kaushik Goburdhun, le directeur de l’ICAC, qui sont visés lorsqu’il s’interroge dansun hebdomadaire de la semaine dernière sur la décision de la commission de le laisser partir, avant de le rappeler pour l’arrêter “s’il n’y a pas eu un coup de fil entre deux personnes qui ont des liens de parenté et qui partagent des passions obscures et machiavéliques”.
Ce petit jeu de qui est dans quel clan va durer quelque temps mais pas trop longtemps puisque le jugement en appel de Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint est annoncé pour la semaine prochaine. S’il perd, cette situation malsaine perdurera et s’il gagne, il pourra exercer son influence et son autorité et aspirer à occuper le primeministership dans un délai pas trop long, pour le plus grand bonheur de son fan club composé des Lutchmeenaraidoo, Dayal, Sawmynaden, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui sont pressés de voir Roshi Bhadain mis au pas