Ça y est ! Elle a son Comedy Club. Miselaine Duval et sa troupe franchissent une nouvelle étape et présentent le Komiko Comedy Art Club au Bagatelle Mall. Un lieu où le théâtre comique côtoiera d’autres formes d’art. Nous avons interrogé la directrice de Komiko sur cette nouvelle aventure et sur le parcours des vingt-trois dernières années.

Que représente l’ouverture prochaine du Komiko Comedy Art Club ?

Le Komiko Comedy Art Club est une nouvelle aventure. Cela fait vingt-trois ans que nous existons et que nous continuons d’évoluer. C’est un lieu où seront présentés des one-man-show, des stand-up. Il y aura de nouveaux talents, des scènes ouvertes. Nous invitons ceux qui ont du talent à venir nous voir : notre scène leur sera offerte gratuitement. Toutes les formes d’art sont les bienvenues. C’est également un lieu où nous formerons de nouveaux talents. Il y aura des échanges, des ateliers de salsa, de théâtre et plein d’autres. Ainsi que des camps artistiques pendant les vacances scolaires, où plusieurs professeurs viendront guider les jeunes.
Pour ceux qui sont déjà dans le métier, le Comedy Club sera un outil de travail. Bien entendu, nous proposerons des pièces de théâtre, de jeudi à dimanche, comme nous l’avons fait au Kafet@. Il y aura de la nourriture, un bar. Notre objectif est de proposer un endroit où le public peut venir se déstresser. Le Comedy Club vient confirmer le travail de Komiko à Maurice depuis 1995.

Le Kafet@ Komiko était-il devenu trop étroit pour vos ambitions ?

Pena sere, pena gran, pena nanye. À Komiko, nous travaillons avec le cœur. Le Comedy Club est un outil de travail. Ce n’est pas une salle qui peut accueillir 400 ou 500 personnes; il n’y a que 200 places. La différence sera dans la façon d’opérer. C’est un Comedy Club, différent d’un café-théâtre. C’est une autre manière de travailler. C’est un endroit qui nous permettra d’adopter plusieurs formules. C’est une salle multifonctions, qui sera modulable. On peut imaginer plusieurs choses : des soirées filles, des soirées à thèmes, disposer des tables devant ou dehors pour des événements spéciaux. Nous aurons une plus grande marge de manœuvre qu’au Kafet@.

En 2017, vous avez réalisé votre premier long-métrage, Panik, qui a été projeté au cinéma pendant environ deux mois. Qu’est-ce qui vous a incité à vous essayer au grand écran ?
C’était un rêve que nous avions depuis très longtemps. Je pense qu’il est légitime pour tout acteur, tout comédien, de se voir un jour sur grand écran. Notre pays n’est pas encore au niveau des grandes puissances cinématographiques. Nous avons attendu longtemps avant de nous lancer et avons décidé de sauter le pas en 2017. C’est quelque chose que nous avons porté en nous depuis très longtemps. On ne s’est pas réveillé un matin et se dire qu’on doit faire un film. Comme notre territoire est très petit, notre capacité financière à mettre en avant un tel projet n’est pas vraiment grande. Nous avons réalisé la première comédie dramatique mauricienne au cinéma, nous en sommes très fiers. Cela a été une expérience à la fois difficile et enrichissante.

Êtes-vous satisfaite de l’accueil du public ?

Oui, nous sommes très satisfaits. C’est très encourageant : environ 4,000 à 5,000 personnes ont vu le film. Cela permet de réaliser que nous sommes en train de faire quelque chose de bien et que nous pouvons continuer. L’incendie dans le centre commercial a cependant diminué le nombre de séances, mais ce sont des choses indépendantes de notre volonté. En tout cas, ceux qui ont vu le film sont revenus vers nous pour nous dire qu’ils étaient contents.

Cela vous encourage-t-il à réaliser un autre film ?

Absolument, même si le film n’avait pas marché, nous serions allés de l’avant. Comme n’importe quel projet, un film est un challenge. Nous apprenons de nos erreurs. Je conseille à tous ceux qui entreprennent ce genre d’initiative de ne pas baisser les bras si la première réalisation est un échec. Il est évident que lorsque les gens apprécient, cela donne une motivation supplémentaire. Nous reviendrons avec un film qui sera 100% comédie, ou alors une comédie romantique ou pourquoi pas une autre comédie dramatique.

En 2010, vous avez décidé de vous professionnaliser et de vivre de votre art. Huit ans plus tard, quel constat faites-vous ?

En 2010, nous avons ouvert le Kafet@ dans une ancienne salle de cinéma. Chaque matin est un risque. Quand on a un but dans la vie, on continue malgré les difficultés. C’est ce métier qui me fait vivre, j’aime ce que je fais. Je continue parce que le public me rend cet amour. J’ai envie d’aller encore plus loin. Je ne m’arrête pas aux barrières. On ne doit pas baisser les bras si on ne reçoit pas d’aide : tu dois t’aider toi-même, et le reste suivra. Le Comedy Club représente quelque part un aboutissement, une nouvelle étape de notre évolution.

Le constat est positif. Pendant huit ans, nous avons eu rendez-vous toutes les semaines avec les Mauriciens, en leur présentant des pièces de théâtre. Nous avons tenu le flambeau jusqu’à aujourd’hui. Le constat est positif, mais on n’est pas devenu multimilliardaire. Le public nous a suivis. Les gens nous parlent : quand ils aiment, ils le disent; quand ils n’aiment pas, ils le disent aussi. Cela nous a permis de corriger nos erreurs et de progresser pour répondre aux attentes du public. En somme, le public est content que Komiko existe afin qu’il puisse se détendre et se défouler en riant.

Vous écrivez et présentez une demi-douzaine de spectacles par an. Comment faites-vous pour tenir ce rythme ?

C’est mon métier et ma passion. Je travaille sans arrêt. Je suis scénariste de formation, j’adore lire, écrire. Je suis comédienne, je dirige une troupe. Je pense que l’univers et dieu m’ont donné des dons. Je les utilise et je suis entourée d’une bonne équipe. Ensemble, nous faisons ce que nous devons faire.

Après 23 ans sur la scène comique, vous faites toujours autant rire les Mauriciens. Quel est le secret de cette longévité ?

Il n’y a pas de recette miracle. Notre expérience sur le terrain nous indique ce qu’il faut que l’on corrige, ce qu’il faut améliorer. On apprend et on suit également des formations; on est toujours en train d’apprendre. J’ai eu beaucoup de bons professeurs : Anne Roumanoff, Pascal Légitimus, entre autres, qui m’ont montré comment écrire des pièces. J’ai rencontré plusieurs humoristes français. Quand tu es sous la houlette d’Anne Roumanoff, ta façon de voir les choses change. Quand tu as fini de jouer et que tu prends le train pour rentrer à 23h, elle te fait revoir ton spectacle pour le lendemain. Il n’y a pas de miracle.

En 2010, vous ouvrez le Kafet@; en 2017, vous réalisez votre premier film; en 2018, c’est l’ouverture du Comedy Club. Où vous arrêterez-vous ?

Tant que j’ai un plan de route et tant que dieu me donne le courage, je continuerai. Je suis en perpétuelle recherche de nouvelles idées. J’essaye toujours de peaufiner le travail. Nous revoyons nos techniques régulièrement, nous corrigeons nos erreurs. Ma passion n’a pas de limite. Tant qu’il y a du rire, il y a de l’espoir. Je suis investie d’une mission et je l’accomplis.

Je voudrais profiter de l’occasion pour remercier le public d’être à nos côtés. Je tiens à remercier les comédiens qui m’ont accompagnée. Je salue tous les humoristes de Maurice. Je pense que Komiko a aidé quelques-uns à croire en eux et à se lancer. Je dis un énorme merci à mon équipe, qui a toujours répondu présent à tous les challenges.