photo archive

Certaines actions ont été prises. Sauf que l’art et la culture, trop souvent entre les mains de non-professionnels, peinent à sortir la tête de l’eau. Zanzak Arjoon, président de l’Association des auteurs-compositeurs morisien et membre du conseil d’administration de la MASA, et le danseur et chorégraphe Jean-Renat Anamah nous partagent leur bilan de 2018 sur le plan culturel. Un secteur qui, selon eux, mérite plus de considération demande à être consolidé.

Zanzak Arjoon : “Concevoir l’industrie culturelle comme un pilier de l’économie”

“L’industrie artistique et culturelle est en marche. Mais dans un stade assez fragmentaire. Il y a de multiples activités ici et là à travers l’île. Nous les artistes, nous attendons d’avoir un Arts Council qui agirait non pas comme un organe d’obstruction, mais au contraire pour l’épanouissement de l’art et de la culture. Ce Council doit avant tout être une courroie de facilité pour les entrepreneurs artistiques et culturels. Nous avons déjà un National Arts Fund, ainsi que le projet de loi sur le statut des artistes. Il faudrait les réunir sous un Arts Council, composé de professionnels expérimentés des arts et de la culture, en tenant compte de son côté pluridisciplinaire. Li pou permet enn bon avanse.

Comme pour les PME, que l’État considère comme une industrie, il faut qu’il en soit de même pour l’industrie culturelle et artistique. II faut concevoir cette industrie comme un pilier de l’économie et faire en sorte que Maurice devienne un cultural & art hub. Outre l’Artist Bill, nous avons aussi l’Amendment Copyright Act 2014, une loi qui apporte suffisamment de soutien aux artistes. La prochaine étape est de réellement la mettre en vigueur.

La culture doit être une priorité, surtout que le foisonnement et l’ébullition de talents émergents montrent le potentiel de l’industrie culturelle. Je salue aussi l’intérêt et les initiatives du secteur privé, qui encourage et soutient les artistes.”

Jean-Renat Anamah : “La culture politisée et prisonnière de décideurs non formés”

“Depuis trop longtemps maintenant et aujourd’hui encore, on se trompe sur la culture. Les décideurs jouent continuellement le jeu politique en politisant la culture locale pour mettre l’accent sur le culte. C’est dans cette cacophonie que le religieux est porté comme culture et bénéficie généreusement du budget alloué à l’art et à la culture. Les fêtes religieuses sont célébrées par ledit ministère, qui considère cela comme culturel. L’art et la culture sont pénalisés en matière budgétaire. On fausse la donne dans une société multiethnique, qui brillerait et s’épanouirait mieux dans son métissage s’il était mieux considéré.

Vient aussi ce stagnant schéma culturel. Depuis des lustres, nous avons ces éternels spectacles culturels pour faire bien politiquement. Ce n’est que de la poudre aux yeux, utilisant ces fausses rencontres – dépassées, non crédibles, plus du tout au goût du jour – pour faire croire à l’union des ethnies et des cultures sur scène. À chacun des événements célébrés au niveau national, on veut rebalancer les composite shows. Cela reflète un manque d’ouverture, d’audace, de créativité par des gens non compétents dans le secteur culturel. Ces comités de décideurs sont souvent tenus par des fonctionnaires non formés et sans bagages culturels acquis.

À côté, nous avons vu de belles réalisations du privé qui, dans sa quête de renouveau et de totale liberté, va s’aventurer hors des sentiers battus et met en place des prémices de créations, tout en gardant le cachet local. Ces succès témoignent d’une vitalité créative, contrairement aux “vieilles écoles”, qui se trompent de vraie fibre culturelle. Elles devraient en prendre exemple.

Espérons que 2019 puisse être ce renouveau de la texture culturelle.