L’année 2018 a été marquée par plusieurs épisodes qui ont vu l’environnement être mis à mal. Entre un troisième abattage de chauves-souris, l’accaparement des plages qui continue de plus belle, des permis EIA accordés pour la construction d’hôtels et d’autres projets dans ou autour des wetlands et des abattages d’arbres effectués sur le tracé du Metro Express et programmés pour un by-pass à Anse La Raie, Mère Nature n’a pas eu le temps de souffler.

Vikash Tatayah (Mauritian Wildlife Foundation) : “L’abattage de chauve-souris était inutile”

“Nous condamnons encore une fois l’abattage de chauves-souris entrepris en 2018, après 2015 et 2016. C’était inutile. Nous avons eu une bonne année en termes de production fruitière et elle n’est pas due à l’abattage. Toutes les études démontrent que l’abattage du mammifère volant n’augmente pas la production de fruits. Au contraire, la chauve-souris est très importante car elle pollinise les plantes, disperse les graines sur de courtes et longues distances. Elle aide à maintenir la couverture végétale, que nous perdons avec le développement. La chauve-souris est un maillon essentiel des écosystèmes : davantage de forêts, d’oiseaux, de geckos, de pluie, de conservations d’eau et moins d’érosion. L’air est plus pur.

Nous constatons qu’il y a plus de letchis et de mangues qu’il n’en faut. Ce qui prouve que l’abattage n’a pas lieu d’être quand nous ne pouvons même pas récolter les fruits. Il y a une injonction en cour. Nous espérons que grâce à cette initiative, il n’y aura plus d’abattage de chauves-souris dans les années à venir. Cependant, malgré l’injonction, les gens continuent à tuer des chauves-souris dans les arrière-cours. Les gens s’amusent à tuer des chauves-souris, car on leur a donné le mauvais exemple.
Cet abattage a atteint une échelle sans précédent, avec des dizaines de milliers de chauves-souris tuées. N’oublions pas qu’il s’agit d’une espèce protégée et en voie de disparition.”

Sébastien Sauvage (Écosud) : “Que des erreurs”

“Il n’y a eu que des erreurs. Une première erreur, c’est celle de délimiter au mauvais endroit le buffer zone de 30 mètres. Les zones humides (wetlands) sont définies par trois zones : une zone permanente, où il y a de l’eau tout le temps; une zone saisonnière, qui est visible en fonction des grosses pluies; une zone temporaire. Les 30 mètres de buffer zone doivent être considérés à partir de la fin de la zone temporaire. Cela est très rarement respecté.

En ce qui concerne le projet balnéaire de Pointe D’Esny, Jason Leroux, un expert des wetlands, a fait un rapport dans lequel il précise qu’il a découvert que le wetland est beaucoup plus grand que l’on pensait. Ce qui implique que les travaux allaient être entrepris dans le wetland et non autour. Dans ce cas précis, on a demandé aux promoteurs de ne pas construire sur le wetland, de laisser l’espace comme un buffer zone. Le rapport recommande que davantage d’études soient faites pour comprendre le fonctionnement du wetland avant de donner le feu vert au projet. Le rapport précise qu’un des wetlands est un peatland, où la matière organique ne se dégrade pas, comme à Mare aux Songes, où avaient été découverts des squelettes de dodo bien conservés. Il y a un problème d’expertise au niveau du ministère de l’Environnement. Il n’y a aucun expert de wetlands dans ce ministère.

L’autre problème est le Ramsar Committee, qui donne des autorisations pour construire autour des wetlands alors que son rôle devrait être de protéger ces zones humides. Ramsar International propose d’envoyer des experts pour aider le gouvernement à savoir quels impacts auront les projets, mais il n’y a aucun désir de faire appel à cette expertise. Les autorités ne l’ont jamais demandée, ni pour la Cambuse, ni pour Bel Ombre, ni pour Les Salines…

La réduction du nombre de jours pour pouvoir contester une EIA est également une erreur commise par le ministère. Cela laisse trop peu de temps à la société civile.
Autre chose : la UNDP monte un projet de Rs 4 millions pour la protection des sites tels que l’estuaire de Terre Rouge et les wetlands de Pointe D’Esny. Dans le même temps, le ministère de l’Environnement vient de donner un EIA pour un hôtel dans les wetlands des Salines. C’est contradictoire.

Yan Hookoomsing : “On continue de voler nos plages pour donner aux promoteurs”

“On continue de voler nos plages pour donner aux promoteurs. Dernière en date, celle de Bel Ombre, où on donne un EIA dans la South Coast Heritage Zone, qui devrait être exemptée de tourisme en raison de son écosystème riche et fragile. D’ailleurs, c’est nous (AKNL) qui payons des experts pour faire des contre-expertises alors que cela aurait dû être le rôle du ministère concerné. Les autorités font même pire quand le State Law Office vient affirmer que le public n’a pas le droit de venir contester un permis EIA. On se demande si le State Law Office œuvre pour l’intérêt du public ou celui des promoteurs.

Le ministère de l’Environnement a décidé de prendre en considération les guidelines du waste water pour donner le feu vert à une EIA licence concernant le recyclage d’eau pour l’arrosage de la pelouse de l’hôtel, au lieu de considérer les coastal water quality guidelines. Ceux-ci disent qu’il ne faut pas que le taux de nitrate et de phosphate dépasse 0.2 mg par litre, alors que pour le waste water, il est permis cent fois plus de nitrate et qu’il n’y a pas de limite pour le phosphate.

Par ailleurs, après avoir arraché la plage de Pomponette au public, on vient essayer de nous couillonner en proclamant une parcelle de plage toute proche public beach, mais celle-ci est médiocre. On nous donne des parcelles de plage médiocres alors qu’on offre celles avec du sable blanc aux promoteurs.”

Kashmira Banee, ingénieur en environnement : “Les arbres ont un rôle essentiel dans l’attraction des pluies”

“Le gouvernement a abattu des arbres dans plusieurs régions, notamment à Vandermeersch. On prévoit également de couper des arbres pour construire une route à Anse La Raie. Des arbres sont abattus au nom du développement. Dans un contexte où nous vivons une crise écologique, où il ne reste que 25% de forêts et uniquement 2% de forêts endémiques, ces décisions sont discutables. Un arbre ne pousse pas du jour au lendemain. Nous ne pouvons pas couper des arbres sans un plan d’accompagnement. Les arbres sur nos côtes ont un rôle très important. Ils travaillent de concert avec des dunes et des wetlands pour empêcher l’érosion.

Alors que nous nous trouvons de plus en plus sous la menace des effets du changement climatique, nous sommes en train de fragiliser notre résilience au lieu de la renforcer. On ne se rend pas compte que les arbres ont un rôle essentiel dans l’attraction des pluies. Quand on coupe des arbres dans un catchment area, on prive cette région des pluies qu’elle a généralement.”