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L’acteur américain Bill Cosby a été condamné mardi à une peine de trois à dix ans d’emprisonnement pour agression sexuelle par un juge de Pennsylvanie, qui a ordonné son placement immédiat en détention.

Au prononcé de la peine, qui devra être exécutée à l’isolement, le comédien de 81 ans, reconnu coupable par un jury en avril, n’a pas réagi.

Bill Cosby pourra formuler une demande de libération conditionnelle après au moins trois ans de détention, requête qui sera examinée par une commission spéciale.

Si elle est rejetée, sa requête pourra être renouvelée mais l’acteur sera susceptible, si toutes ses demandes sont rejetées, de passer dix ans en prison au total.

La victime, Andrea Constand, agressée sexuellement en 2004 au domicile de l’acteur, a refusé de s’exprimer après l’audience, mais était aux côtés du procureur Kevin Steele lors d’une conférence de presse.

Dès le prononcé, le principal avocat du créateur et héros du « Cosby Show » a indiqué qu’il allait faire appel et demandé que son client soit laissé en liberté sous caution dans l’attente de l’examen de cet appel.

Une demande rejetée par le magistrat. Immédiatement après, Bill Cosby est sorti menotté de la salle d’audience, en bras de chemise et portant ses célèbres bretelles.

« Nul n’est au-dessus des lois », avait dit le juge lors de la lecture de son jugement. « Personne ne devrait être traité différemment. »

« M. Cosby va très bien », a assuré son porte-parole, Andrew Wyatt. Il « tient bien le coup », et « sait que Dieu veille sur lui. Il sait que ce sont des mensonges. »

Andrew Wyatt a indiqué que la défense allait former de nouveau recours pour contester des points de la procédure.

Avant le prononcé de la peine, la défense avait déposé un recours pour demander que Bill Cosby puisse effectuer sa peine assigné à résidence, auquel le ministère public avait répondu en assurant que le condamné n’était pas éligible à cette forme d’aménagement de la sentence.

Cette peine de 3 à 10 ans est sensiblement inférieure aux 30 années de réclusion criminelle qu’encourait initialement Bill Cosby.

Les trois chefs d’accusation ayant été réunis en un seul, l’octogénaire ne risquait, au maximum, plus que 10 ans de prison.

– Un tournant pour le #MeToo ? –

Même si l’acteur va sans doute faire appel, c’est une étape de plus dans la descente aux enfers qu’il connaît depuis 2014.

« Je voulais 30 ans », a déclaré, à la sortie du tribunal, Chelan Lasha, qui affirme avoir été agressée sexuellement par Bill Cosby et avait témoigné lors du procès. « Mais je suis très heureuse de savoir que M. Cosby va passer du temps en prison, qu’on peut l’atteindre, comme il nous a atteintes. »

Respecté, adulé même par certains, primé, bardé de diplômes honorifiques, riche, il y a encore trois ans, Bill Cosby demeurait l’une des figures morales les plus importantes de la communauté noire aux Etats-Unis.

Depuis, plus de soixante femmes sont sorties de leur silence pour raconter leur agression sexuelle présumée commise par le « père de l’Amérique », entré dans les foyers du monde entier en 1984 sous le nom de Cliff Huxtable, patriarche du « Cosby Show ».

Les faits allégués étaient anciens et un seul dossier, passé lui-même à un cheveu de la prescription, a fait l’objet de poursuites pénales, celui d’Andrea Constand.

« Durant des décennies », Bill Cosby « s’est caché derrière un personnage, le Dr Cliff Huxtable », a déclaré le procureur du comté de Montogmery, Kevin Steele, lors d’une conférence de presse.

« C’était de la fiction », « mais beaucoup de gens croyaient que c’était ce qu’il était vraiment. »

« Bill Cosby a finalement été démasqué et nous avons vu le véritable homme alors qu’il était emmené en prison. »

Cette peine est un premier jalon d’importance pour les mouvements #MeToo et Time’s Up, même si Bill Cosby a été inculpé en décembre 2015, deux ans avant l’éclatement de l’affaire Weinstein.

Il faudra cependant attendre l’issue du procès d’Harvey Weinstein, dont la date n’est pas encore connue, pour savoir si le vent a vraiment commencé à tourner sur le terrain judiciaire.

A ce jour, mis à part Harvey Weinstein, aucun des hommes de pouvoir mis en cause depuis un an n’a fait l’objet de poursuites judiciaires.

Selon le réseau national des victimes de viols, d’agression sexuelle et d’inceste (RAINN), à peine plus de 2% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation.

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