La Rodrigues Government Employees Association (RGEA) et la Rodrigues Public Service Workers Union (RPSWU) ont logé une plainte conjointe contre Air Mauritius à l’Equal Opportunities Commission. Ils reprochent à la compagnie aérienne de ne pas proposer aux Rodriguais, sur la direction Rodrigues/Maurice, le tarif promotionnel offert aux Mauriciens dans l’autre sens, ce qui représente pour eux une discrimination sur la base du lieu d’origine. Le président de l’Equal Opportunities Commission (EOC), Brian Glover, a fait le déplacement à Rodrigues à la fin de la semaine dernière pour écouter les représentants des deux syndicats. Il a également épluché les différentes plaintes reçues, dont la plupart relèvent de discrimination alléguée sur la base de l’opinion politique.
La question de la politique tarifaire d’Air Mauritius pour les vols entre les deux îles a été soulevée au plus haut niveau en différentes occasions. La semaine dernière, les deux syndicats du service public à Rodrigues ont décidé de se tourner vers l’EOC pour trouver une solution. Dans leur plainte conjointe, la RGEA et la RPSWU font ressortir qu’Air Mauritius détient le monopole sur Rodrigues et qu’ils n’ont d’autres choix que de se plier aux exigences de la compagnie aérienne pour leur déplacement hors de l’île. Pour Alain Tolbize, président de la RGEA, cela représente « un handicap sur notre liberté de mouvement. » Ce dernier se demande si dans la République de Maurice, il y a ainsi deux catégories de citoyens. « On avance que ce tarif préférentiel a pour but d’encourager les Mauriciens à visiter Rodrigues, mais qu’en est-il pour nous, qui voulons visiter Maurice ou qui devons faire le déplacement pour des soins médicaux ? » dit encore Alain Tolbize.
Le président de la RGEA affirme que des discussions avaient déjà été engagées avec la compagnie et que suite à cela, la marge entre les deux tarifs avait été réduite. « Malheureusement, il existe toujours un décalage. Les passagers Rodriguais comptent comme des passagers internationaux. » Il ajoute que le syndicat a ainsi choisi de se tourner vers l’EOC car « selon notre compréhension, la Commission veille à ce que tous les citoyens aient un traitement égal. Et justement, ce n’est pas le cas concernant le prix du billet d’avion. »
Les syndicats déplorent également que les différentes promotions sur le billet Maurice/Rodrigues/Maurice ne soient pas applicables en sens inverse. De même, les plaignants dénoncent le prix prohibitif imposé au passager rodriguais s’il doit voyager sur Maurice dans un délai de moins de cinq jours.
Par ailleurs, la branche rodriguaise de l’EOC a reçu plusieurs plaintes basées sur l’opinion politique. Ce « ground », en effet, est le plus courant dans l’île, contrairement à Maurice où ce sont la caste et l’origine ethnique qui sont le plus souvent mises en cause dans les cas de discrimination alléguée. La discrimination basée sur l’opinion politique à Rodrigues s’étendrait sur des éléments aussi essentiels que la distribution d’eau. Plusieurs personnes ont allégué que l’égalité des chances ne s’applique pas pour cette denrée rare dans l’île. Les plaignants estiment être lésés en raison de leur opinion politique. L’un d’eux avance même qu’il a été carrément déconnecté sans être averti. Il soutient que sa water unit est en son nom depuis presque 40 ans. Avant de se tourner vers l’EOC, il a fait servir une mise en demeure au Water Ressources Department. En deux occasions, le 30 août et le 9 septembre 2012, il a même référé l’affaire à la police.
Politique partisane
Sur ce même sujet, un ancien Island Chief Executive qui prépare actuellement son MBA voulait faire une étude concernant la gestion de l’eau dans l’île, dans le cadre de sa dissertation. Sa demande auprès des autorités a été refusée. Or, selon les plaignants, dans le passé, de telles requêtes ont été acceptées par les autorités. Il s’estime donc lésé parce qu’on lui a « collé une étiquette politique. » L’EOC a enquêté sur cette affaire, et selon les recoupements d’informations, les données que recherche le plaignant sont jugées confidentielles par l’Administration. D’autant qu’on suspecte le plaignant de vouloir s’en servir à des fins de politique partisane. Or, ce dernier maintient que cette étude est essentielle pour sa thèse.
Concernant l’opinion politique toujours, les 243 personnes recrutées par l’Administration régionale sous l’ancien pouvoir et licenciées récemment se sont aussi tournées vers l’EOC. Elles disent être victimes d’une « vendetta politique ». Leurs plaintes sont soutenues par la présidente de l’aile féminine du Mouvement rodriguais, Lordana Meunier. Outre l’opinion politique, ces 243 personnes estiment qu’elles ont également été lésées sur la base du genre. Car après leur licenciement, 75 autres personnes, tous des hommes, ont été recrutées à leur place.
Par ailleurs, un ancien commissaire a porté plainte pour discrimination, car il n’a pu reprendre son poste d’enseignant à la RCEA après un congé sans solde de 2006 à 2012. Pour lui, l’Assemblée régionale de Rodrigues aurait une responsabilité dans le fait que la RCEA a déclaré son poste vacant.
Sous le même chapitre, un fonctionnaire de carrière a porté plainte à l’EOC car il se dit « harcelé » par l’Administration en place. Dans sa doléance, il explique qu’il serait régulièrement appelé à s’expliquer sur ses faits et gestes, et soutient avoir même été muté à d’autres départements. Selon le plaignant, son cas serait connu de tous les Rodriguais.
Même si la plupart des plaintes enregistrées à Rodrigues sont à l’encontre de l’Administration régionale, le secteur privé n’est pas en reste. L’EOC a reçu de nombreuses plaintes concernant une grande surface de distribution et une banque privée.