Nous devons souvent aux experts et aux biotechnologies de pointe de Kew Gardens une bonne part de notre biodiversité et de la connaissance qui en a été développée. Or comme l’ont annoncé dernièrement la BBC et le Guardian, plus de 120 postes pourraient être supprimés dans ce sanctuaire international de l’écologie et de la recherche. Un déficit de £ 5 millions a été annoncé pour la prochaine année financière, défi qu’en 250 ans d’existence, cette institution n’a jamais connu. Malgré l’augmentation des revenus propres et des contributions privées, l’accroissement du nombre de visiteurs et l’inscription au patrimoine mondial, le gouvernement britannique continue de couper sa dotation budgétaire. Une pétition en ligne a réuni 10 000 signatures.
Les scientifiques mauriciens, malgaches et rodriguais et plus généralement ceux qui se préoccupent de biodiversité dans les Mascareignes peuvent probablement craindre que les travaux de recherche réalisés en partenariats avec Kew soient différés, traités différemment voire remis en question dans les années à venir. Les prochains volumes sur la Flore des Mascareignes consacrés aux orchidées, aux joncs (Sypéraceae) et aux graminées que l’on appelle maintenant poaceae pourraient rester inachevés… et la diffusion de ces connaissances se limiter à ceux qui les ont actualisées.
Ce travail patient, systématique et exhaustif d’actualisation des recherches et de documentation n’avait pas été fait depuis 1877. Aussi cette tâche herculéenne concerne-t-elle des milliers d’espèces souvent rares, environ de 200 familles de plantes au total, un volume étant consacré à chacune d’entre elle. Ces travaux sont possibles grâce au partenariat de longue date entre le Mauritius Herbarium (MSIRI), Kew Gardens et le Museum d’histoire naturelle de Paris.
Kew Gardens a lancé en 2000 son projet planétaire de Millenium seed bank, pour pouvoir quoi qu’il arrive dans les siècles à venir, faire pousser les espèces qui auraient disparu de leur site naturel. Maurice n’a pas été oubliée et le salaire de deux Mauriciens chargés de collecter les graines à travers tout le territoire pendant deux ans a été financé par des fonds apportés par Kew. L’écologue de l’Université de Maurice Vincent Florens se souvient d’ailleurs que notre petite île avait été citée en exemple par un ministre britannique car les graines de plus de la moitié des espèces mauriciennes avaient ainsi déjà pu être collectées, pour être stockées dans les chambres froides de cette banque du vivant. Malheureusement, contrairement à ce qui était prévu, les services mauriciens n’ont pas pris la relève pour continuer cette cueillette et il semblerait que les échantillons entreposés ici n’aient pas bénéficié des conditions de conservation indispensables à leur préservation…