Ramener à la vie une espèce disparue. C’est l’exploit réalisé par le Conservatoire Botanique de Brest en France. La Cylindrocline lorencei, dont la population originelle s’est éteinte, pourra bientôt retrouver son habitat d’origine dans les forêts mauriciennes, à partir d’échantillons prélevés il y a une trentaine d’années. D’autres plantes en danger d’extinction ont accompagné la Cylindrocline lorencei depuis le Conservatoire Botanique de Brest, où elles ont été propagées en laboratoire.

L’Hibiscus Fragilis

Éteinte sur le territoire mauricien depuis des années, la Cylindrocline lorencei renaît de ses cendres grâce au Conservatoire botanique de Brest en France. Grâce à des techniques novatrices, des échantillons collectés il y a une trentaine d’années ont pu être utilisés pour créer des plantes de l’espèce, dont 90 ont été acheminées à Maurice au début de décembre. Cela permettra aux acteurs responsables de la préservation de notre biodiversité endémique de rétablir une population de cette espèce qui aurait pu avoir le même sort que le dodo. “C’est un projet de résurrection. Sans lui, on aurait perdu l’espèce à jamais”, confie Vikash Tatayah, Conservation Director à la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) et co-chair du Mascarene Island Plant Specialist Group.

218 plantes transférées.
Outre la Cylindrocline lorencei, des plantes appartenant à six autres espèces endémiques ont fait le voyage de Brest à Maurice : Hibiscus fragilis, Pilea coccotei, Pilea laevicaulis, Psiadia canescens, Dombeya mauritiana et Dombeya acutangula (une espèce endémique de Rodrigues). Au total, ce sont 218 plantules qui sont concernées. Si celles-ci n’ont pas disparu dans la nature, leurs populations demeurent restreintes et très fragiles, et donc en grand danger d’extinction. “Nous avions beaucoup de difficultés à propager ces espèces, les populations de beaucoup d’entre elles étant très minimes. Certaines se chiffraient à une petite cinquantaine; pour d’autres, il ne restait que trois individus”, confie Vimul Nundlaul, Scientific Officer au National Parks and Conservation Service (NPCS).

L’équipe de MWF et S. Buord (à droite) devant un des derniers
Dombeya rodriguesiana à Anse Quitor à Rodrigues

Il s’agit d’un programme surnommé Astiria, en l’honneur de l’Astiria rosea, espèce endémique de Maurice qui a disparu. Il est entrepris par le Conservatoire Botanique de Brest, avec la collaboration des organismes suivants : Critical Ecosystem Partnership Fund (CEPF), Cloran Botanical Foundation, Pierre Fabre, Mauritian Wildlife Foundation, National Parks Conservation Service et Forestry Services. “Nous travaillons sur la problématique de la flore menacée, spécialement des îles océaniques. Nous avons des plantes menacées de Maurice depuis les années 70/80. Des botanistes de chez nous sont venus à Maurice et ont collecté des échantillons. Nous avons des plantes à Brest qui sont éteintes ou en voie d’extinction”, précise Stephan Buord du Conservatoire Botanique de Brest.

Trente espèces concernées.
Ce sont justement ces plantes qui sont le nerf central de ce projet. Les sept espèces acheminées vers Maurice ne constituent que la première phase du programme, qui s’achèvera en 2019. Au total, trente espèces sont concernées. Parmi celles qui doivent revenir chez nous, citons la Jumellea de Rodrigues, qui est fort probablement éteinte dans la nature.

Ce projet comporte plusieurs axes. Outre le fait de ramener des espèces à la vie ou de sauver d’autres de l’extinction, le programme Astiria comprend aussi une base de données des espèces endémiques de Maurice, un outil essentiel dans la lutte pour la préservation de nos espèces. De même, les Brestois fournissent aux acteurs locaux des protocoles qui leur permettront de mieux gérer la propagation des plantes nouvellement arrivées.

Pendant leur court séjour chez nous, les représentants du Conservatoire Botanique de Brest ont collecté des échantillons d’autres espèces qui sont en danger d’extinction, à l’instar de Hyophorbe amaricaulis, dont la seule survivante peut être aperçue au Jardin botanique de Curepipe. “Le seul arbre qui reste a 90 ans. Le problème est que lorsque les fleurs mâles sont fertiles, il n’y a pas de pollen pour que la plante puisse se reproduire. Nous allons essayer de les conserver au frigo et de les cultiver in vitro à Brest”, confie Stephan Buord.