Et si on s’inspirait davantage de la nature, cette merveilleuse “entreprise” ? Tel est en tout cas le fondement d’un relativement nouveau concept philosophique appelé “biomimétisme”. Quant à ses applications, elles sont déjà perçues comme étant innombrables.
Imiter les rapaces pour créer des avions plus économes ou les éponges calcaires pour produire du béton allégé et compostable… La recherche de modes de vie plus “soutenables” nécessite de s’inspirer toujours plus de la nature, “la plus belle entreprise ayant jamais existé”, plaide le biologiste Gilles Boeuf.
Le biomimétisme, le nom donné à l’imitation de la nature, “n’est ni une technologie, ni une discipline scientifique. C’est une philosophie qui consiste à se dire que la plus belle entreprise ayant jamais existé, c’est le vivant”, explique le président du Muséum national d’histoire naturelle. Gilles Boeuf, l’un des meilleurs spécialistes français de la biodiversité, est à la tête du conseil scientifique du Ceebios, le premier site français de recherche et de développement économique consacré au biomimétisme, attendu à partir de fin 2014 à Senlis, au nord de Paris.
“Le vivant a 3,85 milliards d’années et il a résolu énormément de questions liées à son existence et à sa survie. La nature est excellente parce qu’elle réagit toujours en optimisant, au coût énergétique le plus bas”, souligne le chercheur. Un exemple ? Ces microalgues marines, les diatomées, qui secrètent du verre à seulement 20°C quand l’homme “ne sait le faire qu’à 1,000 degrés” !
“Dans cette philosophie, il faut beaucoup d’humilité et ne pas être arrogant en disant qu’on va tout créer”, relève le professeur au Collège de France. S’inspirer de la nature n’est pas nouveau : Léonard de Vinci le faisait déjà pour certaines de ses inventions et le pionnier de l’aviation Clément Ader a aussi imité les chauve-souris.
Dans la seconde partie du 20e siècle, on parle alors de “bionique”, une science “qu’on imagine à l’époque très axée sur les matériaux et les technologies de transports” et sur les formes. Depuis les années 1990 et un livre fondateur de la scientifique américaine Janine Benyus, le terme de “biomimétisme” s’impose, même si Gilles Boeuf préfère, lui, celui de “bio-inspiration”.