En prévision de l’affaire portée au Privy Council par le Blok 104 les 25 et 26 octobre, Ashok Subron souligne les retombées politiques d’un éventuel jugement qui rendrait caduque l’obligation faite aux citoyens de décliner une appartenance communale pour se porter candidat à la députation. L’idée d’une République constituée de citoyens ayant une identité multiple et indivisible est aussi évoquée. Mais la partie est loin d’être gagnée…
“Nous assistons à une forme de totalitarisme abjecte. Alors que Navin Ramgoolam fait appel à un comité d’experts pour une réforme électorale, l’État et l’Electoral Supervisory Commission s’apprêtent à défendre le communalisme au Privy Council.” Ashok Subron déplore la présence de l’État et celle de la commission chargée d’organiser et de superviser les élections au Privy Council, les 25 et 26 octobre.
Sont aussi montrés du doigt, les honoraires somptuaires des hommes de loi, payés des deniers publics, qui défendront l’obligation faite aux Mauriciens posant leur candidature aux élections générales de décliner une appartenance communale. L’animateur de Rezistans ek Alternativ se demande si l’État ne devrait pas plutôt laisser libre champ à la haute instance judiciaire de trancher sur la constitutionnalité de l’obligation de se catégoriser, selon quatre communautés, pour participer à la vie politique du pays.
Jugement.
L’affaire portée au Privy Council par Rezistans ek Alternativ et le Blok 104 a pour objectif de rendre cette exigence caduque. Ne pas avoir à décliner une appartenance quelconque sera également le véritable catalyseur d’une réforme électorale non communale. Car dans l’éventualité d’une victoire au Privy Council, toute réforme électorale devra se faire par rapport au jugement rendu. Ce qui, d’un point de vue politique, acculera les partis traditionnels qui se sont abrités derrière ce dispositif constitutionnel pour pratiquer le clientélisme communal, observe Ashok Subron.
Ce dernier dégage deux piliers sur lesquels repose le communalisme : la classification communale des citoyens et la classification communale des candidats à la députation. Le premier pilier fut éliminé en 1982; le recensement de la population ne prenant alors plus en considération la communauté des citoyens mauriciens. Or, une victoire de Rezistans ek Alternativ et du Blok 104 au Privy Council impliquerait, aux dires d’Ashok Subron, une victoire d’une nouvelle génération de Mauriciens dans l’élimination du deuxième pilier du communalisme institutionnalisé.
Autre vision.
Au-delà de la question de communauté, une possibilité d’une nouvelle République est envisagée en cas d’issue favorable. Car une victoire au Privy Council remettrait en question le concept qui veut que la République de Maurice comprenne quatre communautés distinctes. “Ce sera alors la voie ouverte à une autre vision de la société mauricienne, constituée de citoyens ayant une identité multiple et indivisible. Chose qui replacera l’être humain et l’humanisme au centre de cette nouvelle République”, laisse comprendre notre interlocuteur.
Ashok Subron estime qu’une victoire au Privy Council sera un grand pas de franchi vers la création de conditions pour une nouvelle République et pour l’émergence d’une nouvelle force politique qui portera ce projet plus loin.
Avancée.
En attendant le jugement du Privy Council, tous les citoyens, travailleurs et jeunes qui ont cru dans le combat mené par Rezistans ek Alternativ depuis 2005, et qui en sont devenus partie prenante, notamment en prenant une position politique lors des législatives de 2010 pour défier le communalisme dans le système politique (Blok 104), et ceux ayant contribué financièrement afin de pouvoir soutenir l’affaire au Privy Council, sont remerciés pour leur soutien dans le combat juridique qui aura lieu les 25 et 26 octobre 2011.
Ashok Subron estime que l’étendue du soutien reçu constitue déjà une avancée. Une campagne est d’ores et déjà lancée afin de préparer une offensive. Prosenn eleksion : 6,200 kandida pou opoz kominalis est une campagne dans laquelle Rezistans ek Alternativ invite la jeunesse à s’inscrire aux prochaines élections sans précision de communauté. Sachant qu’un parti politique présente 62 candidats aux législatives, le chiffre arrêté pour cette campagne revêt un caractère symbolique : il s’agit d’affirmer que les Mauriciens sont cent fois contre le communalisme. Les inscriptions se font à l’adresse mail suivante : rezistans@freeitmauritius.org
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Récapitulatif de la résistance
Juin 2005. Onze membres de Rezistans ek Alternativ défient le système électoral en se portant candidats aux législatives sans stipuler une appartenance à une quelconque communauté. Ces 11 candidatures sont rejetées par l’Electoral Supervisory Commission (ESC).
Rezistans ek Alternativ porte la décision devant la cour suprême et obtient gain de cause. Le juge Balancy décrète anticonstitutionnelle l’annulation des onze candidatures rejetées pour non-déclaration d’appartenance communale.
Octobre 2005. L’Electoral Supervisory Commission enclenche des procédures en cour suprême pour renverser le jugement Balancy. Ceci se déroule sans que Rezistans ek Alternativ soit party to the case. Des procédures sont enclenchées pour que Rezistans ek Alternativ devienne party to the case et puisse défendre le jugement Balancy.
La cour suprême n’accède pas dans un premier temps à la demande de Rezistans ek Alternativ de recourir au Privy Council. Le recours au Privy Council est recommandé si des candidatures sont rejetées une deuxième fois. Ce qui est chose faite en 2010. Mais l’ESC contesterait ce point.