L’exposition que le Blue Penny Museum accueille actuellement sur les Chagos démontre clairement qu’une maison des Chagos pourrait être un projet tout à fait viable. On se demande d’ailleurs pourquoi il n’a pas encore vu le jour à la simple idée, des savoirs et connaissances qu’elle pourrait abriter et surtout préserver. En attendant que cette promesse toute politique soit tenue, nous avons quelques semaines devant nous, d’ici au 6 septembre, pour mieux connaître cet archipel d’un point de vue cartographique, ses origines, et différents aspects du mode de vie et des occupations de ses anciens habitants. Entrée libre.
L’exposition « Chagos » offre un petit extrait d’une culture et d’un passé dont la mémoire et la survivance sont en état de danger plus que critique… Sur 200 mètres carrés de surface, le conservateur du Blue Penny Museum a réussi à développer différentes thématiques sur la vie aux Chagos du temps où leurs natifs y vivaient : une douzaine de cartes qui permettent de retracer quelques repères historiques et l’évolution de la découverte de l’archipel par les navigateurs, l’exploitation du coco sur laquelle un réel effort de documentation et de vulgarisation a été produit, l’artisanat qui l’entoure, les recherches bibliographiques et livres anciens, l’outillage qui a été recréé pour l’exposition, la musique et ses instruments les plus usités prêtés par l’incontournable Marclaine Antoine, etc.
N’en déplaise à certains, les Chagos étaient peuplées par des Chagossiens qui de générations en générations, ont développé des savoirs, des rites, des pratiques culturelles et un mode de vie tout à fait spécifique. L’exposition proposée par le musée du Caudan illustre cette vérité de multiples manières. La diffusion du documentaire de David Constantin, Diego l’interdite, nous parle de la mémoire et de la déchirure de ses anciens habitants, mais il s’agit surtout ici de retracer la vie telle qu’elle se déroulait jadis avant que ces territoires ne soient irrémédiablement excisés et leurs habitants, déportés ou empêchés de retourner sur leur terre natale, comme le stipule un ordre donné à une société maritime, à partir de 1967.
Des dioramas illustrent de manière didactique certains savoirs, en reconstituant par exemple le moulin à huile de coprah actionné par ses cinq ânes, ou encore font allusion à quelque fait divers tels que le crash d’un précieux hydravion (Catalina). Des outils ont été forgés dont il est aujourd’hui quasi-impossible de retrouver la trace dans quelque grenier perdu. Les cartes de différentes époques permettent d’explorer des hypothèses toponymiques sur l’origine des patronymes de ces îles plus ou moins grandes, soixante au total qui composent les sept atolls chagossiens.
Une carte relativement récente proposée par le Comité Réfugiés Chagos, nous montre notamment que les noms de lieu sur Diego Garcia ont été systématiquement anglicisés, tandis que les autres atolls reflètent en quelque sorte le cours de l’histoire en étant faits de noms aux étymologies diverses (françaises, créoles, anglaises, etc). Si l’archipel a été évité pendant des siècles, on comprend aisément que cet atoll fût un jour baptisé Deo Gratia (par la grâce de Dieu), par un des premiers lettrés, navigateur portugais, à en avoir couché le nom sur une carte, Jean Martines, dans son atlas manuscrit de 1967. Le glissement sémantique et le temps ont fait le reste…
Le livre Coral Reefs de Charles Darwin reproduit certaines des formes si intrigantes de ces atolls tropicaux, notamment celui de Peros Banhos aux côtés d’autres observés ailleurs. « … the great Chagos bank, écrit-il, the most anomalous structure which I have met with… » Lubine ou Sipaille à Egmont ou Six-Îles, Eagle islands, Trois frères, Monpatre, Poule, Finon, Manon, Parasol, Boise Mangue, Manoël, Yéyé, Boddam, Jacobin, Sépulture, Takamaka… Ces patronymes ornent de leurs mystères la grande carte présentée à l’entrée, encadrée par les bustes de Charlesia Alexis et Lisette Talate, vaillantes sentinelles.