…et sur le bout des doigts. Ce n’est pas un hommage au premier degré rendu à Charlie Parker qui s’est joué le samedi 19 avril à l’IFM. Les improvisations des jazzmen ont sublimé le répertoire et l’écriture du grand Parker. On ne se frotte pas à un tel monument sans en avoir une maîtrise, sans une personnalité musicale qui permet des réinventions ruisselantes d’enthousiasme et de poésie.
Géraldine Laurent n’aura pas volé sa réputation de saxophoniste alto la plus douée de sa génération. C’est le moins que l’on puisse dire après l’avoir entendu au concert donné à l’IFM. Elle avait à ses côtés des instrumentistes capables de donner une nouvelle impulsion aux grands classiques. On pense notamment à Benjamin Moussay qui, sur sa Fender Rhodes (piano électrique) emprunte des chemins inattendus, passant volontiers par les sentiers psychédéliques de Woodstock. Christophe Marguet a propulsé le combo par un drumming nerveux et raffiné.
Ces musiciens ont intégré le vocabulaire et la grammaire be-bop, et se positionnent sur la scène jazz. Répondant aux phrases de Géraldine Laurent, le saxophoniste mauricien Samuel Laval s’est lancé dans un dialogue cuivré sur certains morceaux, offrant des duos de haute facture avec la jazzwoman française. Un ensemble soutenu par la basse de Steven Bernon. On aura apprécié le solo du bassiste et la gravité de ses impros.
Entre un be-bop décoiffant et des déchirements solistes, l’on perçoit des thèmes éclectiques pas nécessairement propres à Parker. Des mélodies vivaces mais aussi des rythmiques suggérant, par moments, le rock des années 70. On retiendra à ce propos une réinterprétation du Laura de David Raksin, entre autres relookings musicaux réalisés en live.
Le combo est parvenu à un hommage sans buter sur l’écueil de la redite sans intérêt, ni tomber dans une abstraction rébarbative. Les musiciens ont su instiller un souffle frais et inédit par leurs impros orientées vers l’univers de Parker. Un concert d’où l’on est sorti vivifié !