Quand on a la possibilité de recevoir un des papes du jazz européen, on est prêt à toutes les concessions. L’incroyable contrebassiste Henri Texier a accepté de venir à Maurice avec son tout nouvel ensemble, le Hope quartet. Voilà pourquoi l’Institut français de Maurice (IFM) a avancé son rendez-vous annuel Blues dan Jazz au vendredi 12 avril à 20 heures. Ce concert sera le fruit d’une résidence de quelques jours au conservatoire François Mitterrand au cours de laquelle le quartet travaillera main dans la main avec le trompettiste Philippe Thomas et le jeune pianiste Olivier David.
« C’est la première fois qu’un orchestre se jette sur moi par surprise ! » Henri Texier a fait cette remarque à propos de son tout nouvel ensemble qui s’est constitué suite à une rencontre à L’Improviste, un club de jazz installé sur une péniche à Paris. « J’ai éprouvé alors une sensation unique de complémentarité et de qualité de “tissage” des idées… Comme de la télépathie mais aussi une sorte de danse originale. Après quelques heures d’écoute de l’enregistrement de cette rencontre, j’étais convaincu d’être en présence de mon nouveau groupe. »
On ne peut qu’accorder du crédit à ces mots lorsqu’ils sont prononcés par un des plus grands jazzmen européens, riche d’une carrière de plus de 45 ans avec les meilleurs, qui a multiplié les aventures musicales et permis à beaucoup de jeunes talents de se révéler.
The Hope quartet est né ainsi l’année dernière d’une alchimie qui s’est mise en place spontanément. Henri Texier avait bien sûr déjà joué avec son fils Sébastien qui excelle au saxo alto et à la clarinette, de même qu’avec le saxo baryton François Corneloup, mais c’était une première avec le batteur Louis Moutin, ce qui ne les a pas empêchés de se trouver tout de suite « en équilibre ». Le quartet s’est créé… Il a sorti son premier album Live at L’Improviste chez Label Bleu début mars et multiplie les concerts depuis quelque temps, dont un grandiose au théâtre du Châtelet, à Paris, où il a aussi invité des pointures telles que le saxophoniste Joe Lovano et le guitariste de blues et de funk, John Scofield.
Né en 1945, Henri Texier grandit dans la France qui se reconstruit, et découvre le jazz à l’adolescence, style qui lui fait abandonner très vite le piano pour la contrebasse. Introduit par Daniel Humair dans les clubs parisiens vers 20 ans, il jouera déjà avec des maîtres tels que Kenny Clarke, Dexter Gordon ou Bud Powell. Après avoir joué avec Phil Woods au Newport Jazz Festival, il crée un groupe de rock progressif avec Aldo Romano, Total Issue.
Henri Texier a parcouru le monde avec sa musique. Il a joué avec un nombre impressionnant de formations, en suscitant lui-même un grand nombre.
S’il a apporté sa contribution à une centaine de disques, il en a sorti une vingtaine sous son nom : Paris-Batignolles en 1986, Mad Nomad déjà avec Sébastien Texier et François Corneloup en 1995, il les retrouve en 2004 pour (V) ivre. Avec Aldo Romano et Louis Sclavis, il a consacré deux enregistrements à l’Afrique (Suite africaine et African flashback. Alerte à l’eau en 2007, puis le Henri Texier sextet en 2008, Lovesongs reflexions avec le Red route quartet en 2009 et enfin Canto Negro avec le Nord-Sud quintet en 2011. Aussi vient-il de créer un spectacle de jazz théâtre en compagnie de son Red route quartet et du comédien Frédéric Pierrot sous le titre Prévert Blues, assemblant des musiques et des textes du poète français.
Clarinettiste et saxophoniste alto, Sébastien Texier s’est notamment fait remarquer aux Django d’or de 1997 parmi les meilleurs espoirs, ainsi que pour Chimères en 2004, l’album qu’il a enregistré avec son quintet. En 2008, il enregistrait Don’t forget, you are an animal avec Claude Tchamitchian et Sean Carpio. Le saxo baryton François Corneloup est un fidèle d’Henri Texier mais sans exclusivité car il a évolué dans de nombreuses formations, à commencer par celles qu’il a lui-même créées. Son premier quartet remonte à 1986. Partie prenante dans de nombreux festivals de jazz, ainsi que dans des projets initiés par des écoles de musiques, il a été amené à rencontrer des personnalités aussi variées que Josiane Balasko, Francis Lassus, Jacques Higelin, Bernard Lubat ou Michel Portal. Actuellement, il collabore régulièrement avec plusieurs ensembles.
S’il a très tôt appris la musique sur un piano, Louis Moutin a choisi la batterie pour instrument. Et s’il a fait des études de mathématiques à l’école Centrale de Lyon, il préférera devenir musicien professionnel à 24 ans. À 27 ans, après le succès du trio Machado dont il est membre, il est reconnu comme un des meilleurs batteurs européens. À 29 ans, il crée son premier groupe. Cinq album et 400 concerts plus loin, il a joué avec des personnalités telles que Martial Solal, Michel Legrand, François Jeanneau, Manuel Rocheman et Christian Escoude, etc, etc.
Tout l’intérêt de Blues dan Jazz consiste à susciter des rencontres, qui ne pourraient avoir lieu sinon, entre des musiciens basés Maurice et d’autres venant de France, tous apprenant les uns des autres. Particulièrement apprécié au Ernest Wiehe Jazz Festival l’an dernier, le pianiste mauricien Olivier David s’immiscera dans le jeu du quartet, de même que le magicien de la trompette Philippe Thomas, qui reste un des plus grands représentants du jazz mauricien.