Les responsables des ressources humaines sont des intermédiaires entre les employés et l’employeur. Leur rôle est complexe dans la mesure où le monde du travail est en constante mutation. D’un côté, les réalités de l’entreprise doivent être prises en compte et, de l’autre, les employés ne doivent pas être négligés. Face à une telle situation, l’éthique pointe aussi son nez. Bob Morton, secrétaire général de la World Federation of People Management Associations, et qui est à Maurice pour la conférence annuelle de l’Association of HR Professionals of Mauritius (MAHRP), soutient que la question de l’éthique est non seulement « difficile à appliquer », mais la définir est aussi « compliquée ».

Le monde du travail évolue continuellement. Certes, le rôle de ceux qui opèrent dans les ressources humaines n’est plus le même. Quels sont ces changements ?
Le monde du travail évolue réellement. Nous n’avons plus une seule génération qui travaille dans une entreprise mais nous en avons cinq. Les gens parlent de “millenials” ou de génération Y. Mais la génération Z travaille déjà et ceux de cette génération ont, au moins, 18 ans. Ce n’est pas uniquement la génération qui évolue mais aussi la nature du travail. Aujourd’hui, les travaux répétitifs sont remplacés par la technologie. Dans certains cas, la technologie est si perturbatrice que des changements profonds s’opèrent. Le climat économique du monde du travail change rapidement et nous observons plusieurs changements en même temps. Les responsables des ressources humaines ont évolué dans leur rôle. Ils ne sont plus ces « flics » qui assurent que les règles sont respectées mais leur rôle est d’alléger des situations qui peuvent émerger.

Leur rôle change beaucoup plus, car ils doivent comprendre la complexité du monde du travail et être capables de comprendre aussi le contexte. Ils doivent aussi utiliser des techniques qui n’ont jamais été utilisées particulièrement dans le domaine de la science du comportement, les neurosciences et l’économie comportementale.

Les responsables des ressources humaines sont aussi appelés à concevoir de nouvelles politiques pour l’entreprise. Les attentes de la jeune génération sont différentes de celle précédente. Ces responsables doivent ainsi trouver un moyen de réconcilier les différentes générations pour que chacune soit équitablement prise en considération.

Les responsables des ressources humaines sont également confrontés à des défis. Quelles sont les difficultés à surmonter ?
Les défis sont multiples. Les responsables des ressources humaines doivent aujourd’hui travailler avec plusieurs générations. Les demandes sont plus élevées, la technologie a fait son entrée, causant des événements perturbateurs. Je crois qu’étant donné que Maurice est bien placée en Afrique, en étant numéro un sur plusieurs fronts, le pays fera certainement face à ces défis.

Les technologies sont tellement perturbatrices de nos jours que certains emplois disparaissent du jour au lendemain. Donc, ces défis se présentent pour les responsables. Lors de mes discussions avec les responsables des ressources humaines mauriciens, ils expliquent être confrontés à des défis principalement s’agissant des “millenials” et savoir comment répondre aux besoins de chaque génération. Nous observons une différence où l’ancienne génération est soucieuse du travail alors que certains des “millenials” travaillent uniquement pour vivre. Parlant de la diversité au travail, il existe plusieurs enjeux, tels l’orientation sexuelle ou l’âge, et parvenir à prendre tout cela en considération et être flexible tout en ayant une main-d’œuvre qui l’est aussi, sont des défis. Autre défi auquel sont confrontés les responsables des ressources humaines est de comprendre réellement l’entreprise.

L’éthique est essentielle dans chaque secteur. De plus, les responsables des ressources humaines ont plusieurs rôles au sein d’une entreprise. Croyez-vous que c’est facile d’être éthique lorsqu’on est confronté à plusieurs enjeux dans l’entreprise ?
C’est difficile d’être éthique dans une entreprise. L’éthique donne des dilemmes. Nous voyons l’éthique à travers différentes distances. L’une de ces distances concerne notre culture, notre personnalité et ceci peut nous amener à prendre de mauvaises décisions. Nous devons voir si l’entreprise a une culture d’intégration.

Ordonnons-nous aux gens de respecter les consignes qui leur sont données ou faisons-nous tout pour qu’ils soient réellement impliqués dans le travail qu’ils sont appelés à faire ? L’éthique est pour tout le monde mais il n’existe pas une réelle réponse sur l’éthique. La chose fondamentale est d’avoir un code moral pour assurer l’intégrité.

« People enablement » semble être la nouvelle tendance du moment dans le secteur des ressources humaines. Est-ce facile pour une entreprise qui fait face à des difficultés financières d’adopter une telle tendance ?
Cela existe depuis que les gens ont commencé à travailler. Et année après année, des experts ont fait des recherches pour comprendre ce qui motive une personne dans son travail. Ce n’est pas l’adoption des tendances. C’est très positif de créer un environnement où les gens veulent tout donner. Ils se sentiront utiles pour l’entreprise. Si tout cela est fait, les gens feront encore des efforts supplémentaires par eux-mêmes. Ils seront plus productifs. Si cela n’est pas fait, les gens feront uniquement ce qu’ils pourront. Mais lorsqu’une entreprise fait face à des difficultés financières, il faut que le responsable des ressources humaines réunisse tout le monde et soit assez honnête et essayer de voir comment impliquer tout le monde pour que l’entreprise puisse sortir de son impasse financière. Mettre à la porte est le dernier recours qui doit exister, même si certaines entreprises préfèrent cette voie.

Nous avons des preuves où des entreprises, qui ont réuni leurs employés lorsqu’elles étaient en crise financière, ont réussi par rapport à d’autres.

Nous avons aujourd’hui de plus en plus de logiciels qui sont conçus pour effectuer le même travail qu’effectuait auparavant le département des ressources humaines. Comment se réinvente le secteur pour faire face à ce changement ?
C’est vrai dans certains cas mais ce n’est pas généralisé. Lors de la conférence, nous avons parlé de l’impact de l’intelligence artificielle sur le travail et avons constaté que l’impact est réellement important. Certains emplois, qui seront à risque dans le secteur des ressources humaines, sont le calcul des compensations et des avantages qui sont offerts aux employés. Les “transactional works” seront remplacés par l’intelligence artificielle. Il y a un scénario assez effrayant aux États-Unis, où un logiciel peut analyser l’humeur de la personne lorsqu’elle a composé son courriel. Ce logiciel, qui peut aussi informer si un employé veut quitter l’entreprise, est comme “Big Brother” et fait peur.

Mais on ne verra pas cela en Afrique ou en Europe. Ces types de logiciels doivent pousser les responsables des ressources humaines à être plus impliqués avec les employés. Mais en utilisant l’intelligence artificielle, l’entreprise économise. Bien que l’intelligence artificielle présente des avantages, les désavantages sont nettement supérieurs. Nous devons nous assurer que le facteur humain soit toujours présent dans l’entreprise et ne pas uniquement se focaliser sur l’intelligence artificielle.

À l’heure des technologies, plusieurs emplois disparaîtront. Ce qui sans doute effraie les gens. Comment s’adapter à cette éventualité ?
Il faut être très ouvert sur la technologie et partager toutes les nouveautés avec les employés. Dans le secteur des ressources humaines, alors que certains emplois disparaîtront à cause de l’intelligence artificielle, nous devons voir comment utiliser cette technologie pour améliorer le travail qu’effectuent les gens. À chaque révolution, les gens ont eu peur à cause des changements qui se produisent. Si la révolution n’est pas une nouveauté, sa rapidité et la manière dont la technologie crée des perturbations sont, elles, nouvelles. Mais si les gens sont impliqués dans ce changement, l’entreprise a plus de chances de réussir.

Ceux qui sont dans le domaine des ressources humaines ont souvent une mauvaise réputation en raison des pouvoirs qu’ils détiennent, dont le fameux “hire and fire”. Que doivent faire ces agents des ressources humaines pour donner assurance aux employés malgré les pouvoirs qu’ils détiennent ?
Je ne crois pas que tous les responsables des ressources humaines ont une mauvaise réputation, à l’exception qu’ils donnent uniquement des ordres sans écouter les autres. Mais si ce responsable sait impliquer les gens et être à l’écoute, il sera mieux vu par les employés. Certains responsables des ressources humaines ont une mauvaise réputation en raison de la culture de l’entreprise. Il y a aussi des cas où les “line managers” n’assument pas leurs responsabilités lorsqu’il s’agit de donner de mauvaises nouvelles aux employés. Ils mettent souvent tout sur le dos des chefs de départements des ressources humaines. De ce fait, ces responsables sont blâmés et je pense que ceci est un problème réel.