L’enquête du Central CID menée par le chef inspecteur Pierre-Louis confirme la thèse de la complicité à haut niveau au Board of Investment (BOI) dans le réseau de fausses garanties bancaires pour l’obtention de Residence et Occupation Permits par des ressortissants étrangers. Après l’inculpation dès le début de l’enquête du Manager/Administrative de l’institution, Avinash Roy, les limiers ont procédé à l’arrestation de deux autres managers en moins de 48 heures. L’un d’eux est Dayanand Fowdar, aujourd’hui à la retraite. Samedi, le Front Desk Manager du BOI, Marday Marian, alias Tana, a été inculpé des délits de « conspiracy » et de faux et usage de faux pour les permis alloués par le BOI sous la Business Facilitation Act.
À peine l’enquête sur les procédures pour l’Occupation Permit du ressortissant russe Andrey Kosolapov impliqué dans le scandale de trafic d’armes entamée, le BOI est rattrapé par un autre scandale portant atteinte à l’intégrité de cette pièce maîtresse dans la politique d’investissements étrangers à Maurice. La confirmation est tombée ce matin avec une troisième arrestation d’un cadre du BOI, apportant une nouvelle preuve que les procédures pour les Residence et Occupation Permits ont été déjouées par des escrocs externes à l’institution avec une complicité interne à toute épreuve.
Dayanand Fowdar, qui était jusqu’au mois de mai un manager du BOI avant de prendre sa retraite, a été interrogé ce matin dans les locaux du Central CID quant à son rôle et ses responsabilités dans les cas de fraude et d’escroquerie au BOI. Ce suspect est confronté aux révélations accablantes consignées par le “jockey”-consultant Iqbal Mohabuth lors de son interrogatoire en début du mois.
Dayanand Fowdar est soupçonné d’avoir bénéficié d’un pot-de-vin de Rs 20 000 pour avoir aidé un des clients d’Iqbal Mohabuth à obtenir un Occupation Permit. Dans un premier temps, un ressortissant indien avait vu sa demande de permis rejetée par le BOI. L’ex-manager Fowdar devait prendre les choses en main en lui suggérant de reformuler sa demande en évitant de mentionner le secteur de la construction. Les procédures avaient abouti avec succès.
À la mi-journée, il était évident que le Central CID n’allait pas déroger aux procédures adoptées par rapport aux différents suspects depuis le début de cette affaire. Dayanand Fowdar devait comparaître devant le tribunal de Port-Louis pour sa remise en liberté provisoire. Le suspect rejette formellement les accusations portées contre lui par le dénommé Iqbal Mohabuth.
Dans la matinée de samedi, le Front Desk Manager du BOI, Marday Marian, avec pour nom de code “Tana”, a été longuement entendu par l’escouade du chef inspecteur Pierre-Louis au sujet de sa participation dans le réseau de fausses garanties bancaires soumises pour des Residence et Occupation Permits. En présence de son homme de loi, Me Rama Valayden, ce suspect du BOI a préféré garder son droit au silence en affirmant qu’il ne fera de déclarations que lors du procès en cour.
Marday Marian a été dénoncé par Iqbal Mohabuth comme étant un de ses principaux contacts au BOI en vue de faciliter les procédures pour les permis et en « fermant les yeux » sur les fausses garanties bancaires soumises.
La direction générale du BOI, qui tente depuis plusieurs semaines de prendre ses distances de ce scandale, sera appelée en ce début de semaine à prendre des décisions quant à l’emploi de ce Front Desk Manager sous le coup d’une inculpation provisoire. Ce haut cadre pourrait être suspendu de ses fonctions pendant la durée de l’enquête policière, comme ce fut le cas pour son collègue Avinash Roy. La situation de Dayanand Fowdar est différente car il est déjà à la retraite.
Ce scandale est loin d’être terminé pour le BOI, qui a approché la firme de consultants d’Ernst & Young pour entreprendre un Forensic Auditing Exercise d’envergure des procédures en place et formuler des recommandations. Ce rapport, qui pourrait devenir l’un des secrets les mieux gardés de l’institution, est attendu avec impatience.
« Le rapport de Forensic Auditing ne peut se transformer en no-show car, à ce jour, la police, avec les moyens dont elle dispose, a procédé à trois arrestations. Il est plus qu’évident que le système de contrôle et de contre-vérification a été déjoué de manière systématique. La question demeure au profit de qui. Et dans quelles circonstances ? La police est en quête de preuve pour prouver la culpabilité des suspects beyond reasonable doubt alors que le mandat de Forensic Auditing Exercise est plus étendu », indiquent des sources autorisées à l’hôtel du gouvernement assurant un monitoring constant du front BOI.