L’enquête du Central CID sur le racket d’escroquerie au Board of Investment (BOI) pour l’octroi de Residence et d’Occupation Permits à des ressortissants étrangers atteint en cette fin de semaine un point crucial. L’arrestation et l’inculpation provisoire hier du ressortissant indien Dhanjay Goondeeah dans le cadre de cette affaire suivie de très près par le Prime Minister’s Office sont venues confirmer le Modus Operandi de ce racket de faux documents et le fait que le cas concernant le couple français Tokuard n’est nullement un one-off. Les trois fausses garanties bancaires fournies dans la demande logée auprès du BOI et transmises au Passport and Immigration Office sont identiques à celles dans le dossier des Tokuard, soit « purporting to emanate from the two same commercial banks ». La piste privilégiée par les limiers du Central CID est que le versement initial de Rs 100 000 ne constitue que « the tip of the iceberg ».
Le mode opératoire mis en place par le cerveau, dont la police soupçonne qu’il opère au sein même du BOI, pourrait révéler deux paliers de fraude et d’escroquerie avec pour cible des ressortissants étrangers intéressés à s’installer à Maurice soit pour des affaires soit pour leur retraite. La première étape est de consolider la confiance de ces étrangers envers les « facilitateurs-intermédiaires » auprès de l’institution à travers l’obtention des Residence ou des Occupation Permits dans le délai minimal avec le moindre effort réclamé de la part des demandeurs.
La somme de Rs 100 000 réclamée pour les démarches de permis au BOI est considérée dans le milieu comme le prix pour l’achat d’un ticket d’entrée au club select des ressortissants étrangers autorisés à faire du business à Maurice. Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que les exigences auprès de ces bénéficiaires de Residence et Occupational Permits sont plus onéreuses. Le Central CID est actuellement dans l’attente de documentary evidence pour en apprendre plus sur cet aspect du réseau d’escroquerie.
Une fois les permis officiels obtenus à l’aide de fausses garanties bancaires, toute une gamme d’activités ou de business, notamment la gestion de restaurants dans des zones touristiques, de petits établissements hôteliers ou encore de catamarans et de bateaux de plaisance, est présentée aux bénéficiaires. Les « jockeys » du cerveau du BOI disposent d’une liste de prête-noms permettant aux étrangers de démarrer leurs affaires contre paiement d’un dépôt variant entre 100 000 et 200 000 euros (Rs 4 millions à R 8 millions) et des mensualités, dont le montant dépend de la nature du business proposé et allant même jusqu’à Rs 1 million par mois.
Vu les relations entre les ressortissants étrangers et leurs contacts mauriciens dans le cadre de l’opération ayant pour nom de code Max, les premiers nommés peuvent difficilement faire machine arrière et se retrouvent devant nul autre choix que d’accepter la proposition. Les véritables dividendes du racket se paient régulièrement à ce niveau. La machine à sous du BOI se met à fonctionner avec les bénéfices partagés entre les divers stakeholders, dont les propriétaires initiaux des affaires, maintenant le statut de prête-nom et le contrôle des affaires derrière les rideaux, les rabatteurs-intermédiaires sur le terrain, et le cerveau au BOI.
Faits communs
Pour l’instant, le Central CID préfère se concentrer sur le premier volet de l’enquête avec la collaboration du Passport and Immigration Office, à savoir établir l’étendue de l’escroquerie qui a littéralement paralysé les structures du BOI et démanteler le réseau de faussaires. L’autre étape, susceptible de s’étendre à des organismes comme la Tourism Authority, ne devra intervenir qu’ultérieurement à la lumière des témoignages et des preuves apportés par des ressortissants étrangers pris dans l’engrenage du réseau Max.
En cette fin de semaine, compte tenu des énormes pressions qui se font déjà sentir, des doutes peuvent être entretenus quant à l’existence de témoignages pour démasquer ce racket de prête-noms et de faussaires. Sur la base des findings de l’enquête du Central CID, le gouvernement devra revoir dans les meilleurs délais la formule officielle pour l’allocation des Residence and Occupational Permits à des étrangers.
Le ressortissant indien Dhanjay Goondeeah, convoqué au Central CID pour interrogatoire, a été provisoirement inculpé de conspiracy pour l’usage de faux en vue d’obtenir un Residence Permit et un Occupational Permit du BOI. Il a été autorisé à rentrer chez lui sur parole hier. Il devait être présenté en cour de Port-Louis ce matin pour être fixé sur le montant de sa caution. Une objection to departure a été logée par la police contre lui.
Les faits communs entre le cas du couple français Tokuard, appréhendé et inculpé à la mi-juillet et celui du ressortissant indien Goondeeah sont les suivants :
• dans les deux dossiers distincts déposés au Passport and Immigration Office après vérification et traitement par les services administratifs du BOI, les trois garanties bancaires, soit deux de Rs 100 000 et une troisième de plus de Rs 1 million, sont des documents falsifiés, portant les mêmes numéros de comptes dans les deux mêmes banques commerciales du pays, confirmant qu’il y a un seul et unique réseau de fraudeurs qui sévit à ce niveau ;
• les deux demandeurs de permis maintiennent n’avoir jamais mis le pied au siège du BOI au No 1 Cathedral Square pour déposer leurs dossiers ; et
• les seuls documents authentifiés sont les photocopies de passeports, les extraits de naissance et les certificats médicaux des demandeurs.
Confronté aux garanties bancaires dans son dossier au Passport and Immigration Office hier lors de son interrogatoire en présence de son homme de loi, Me Alan Ganoo, l’Indien Goondeeah s’est dit étonné du montant de la troisième garantie de plus d’un million. Il a fait comprendre aux enquêteurs du Central CID qu’il ne possède nullement de tels dépôts en banque que ce soit à Maurice ou en Inde.
Du côté de la direction générale du BOI, l’on se refuse à faire des commentaires sur l’évolution de ce scandale. « Nous nous en tenons au communiqué officiel émis en fin de semaine dernière. Nous n’avons pas d’autres commentaires à faire à ce sujet », affirme un des responsables du BOI qui arrivait difficilement à cacher son irritation dans la conjoncture. L’enquête du Central CID, qui pourrait porter sur une trentaine de dossiers dans un premier temps, se poursuit.