Direction Bois des Amourettes, petit village de la côte sud-est niché entre la montagne du Lion et la baie de Grand-Port. Un lieu particulier de par sa beauté et dont le nom un peu coquin ne manque jamais d’éveiller la curiosité de ses visiteurs.

À Bois des Amourettes, on apprécie aussi des moments en solo comme le fait ici David Bonnefemme.
• PHOTOS BOUCK PILLAY

S’il y a bien de l’amour dans l’air c’est surtout parce que les habitants de Bois des Amourettes, toutes communautés confondues, vivent « comme une seule et même famille » indique Ramdath Ramdonee, propriétaire et gérant d’Adipa Ltd, l’unique libre-service et quincaillerie du coin. Selon les dires, le village a été baptisé ainsi à l’époque des Français car les endroits boisés, dont regorge le village aujourd’hui encore, étaient le repaire d’amoureux. Mais en réalité, il s’avère que les Amourettes font référence au nom d’une variété d’arbre qui s’y trouvait jadis en nombre.

C’est grâce à son époux que Rosemonde Nobin a appris le métier de pêcheur. Même quand elle n’est pas sur sa pirogue, cette native de Ti Bel-Air n’est jamais loin de cette mer qui lui a permis d’assurer l’avenir de ses enfants.• PHOTOS BOUCK PILLAY

Pour vivre à Bois des Amourettes, il faut impérativement être « amoureux » de tranquillité, de la nature et de la mer. Ici, à part la mer, il n’y a pas grand-chose. Pas de resto, de pharmacie, ni de magasin, à part un Village Hall et un terrain de foot. Pourtant, David Bonnefemme, 22 ans, a fait le choix de retourner à ses racines après avoir passé une partie de son enfance et adolescence à Beau-Bassin. “Pena lot plas kot kapav gayn sa kalite lavi la dan Moris. Chaque jour, je prends un moment pour venir ici sur la jetée pour me ressourcer. J’écoute de la musique ou simplement le son des vagues.” En tant que jeune, il aurait certes souhaité un peu plus d’activités dans son village mais à Bois des Amourettes “c’est vraiment rare d’entendre les gens dirent qu’ils s’ennuient. Disons que nous avons appris à nous contenter du peu et d’apprécier ce que notre paysage nous offre.”

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Une jetée datant de 1940

Un des lieux incontournables du village reste, sa jetée d’environ 190 mètres de long en pierres et béton construite dans les années 1940. Les habitants aussi bien les visiteurs l’empruntent chaque jour pour leur promenade, parties de pêches, jogging ou encore simplement pour admirer cette vue imprenable sur les îles qui se trouvent dans le lagon : L’île aux Aigrettes, l’île au Phare, de la Passe, Vacoas et Marianne.

“Enn ti kari lonbrinn” se retrouvera au menu du soir de Renaud Isabelle, ancien laboureur et jardinier. Dans cette baie de Bois des Amourettes, il nous confie “on ne rentre jamais bredouille. Il faut juste être patient et apprécier ce que la nature nous offre”.PHOTOS BOUCK PILLAY

Sur un des bancs devant le rivage rocheux, Rosemonde Nobin scrute justement cette mer qu’elle n’a pu prendre depuis une semaine à cause du mauvais temps. Quarante-trois ans depuis qu’elle s’est mariée et installée à Bois des Amourettes. Quand elle n’est pas dans sa pirogue, la sexagénaire aime respirer l’air marin. Cette mer, à l’intérieure comme à l’extérieur du lagon, où elle exerce le métier de pêcheur à la ligne l’a permise “fer lavenir mo de zanfan ek avanse tigit tigit. Aux yeux des autres, peut-être que cette vie pourrait paraitre misérable. Nous pouvons être dépourvus de beaucoup de choses, mais je peux dire que nous sommes très riches en sentiments ici. On s’entend bien avec tout le monde. Pena oken problem. Pena dimoun ki konkin. Nous avons vraiment la chance de vivre encore en sécurité”.

À 23 ans, Ramdath Ramdonee a quitté son village natal pour trouver du travail en France. De retour depuis 1994, il a pris place derrière le comptoir après avoir transformé l’ancienne boutique familiale en un libre-service et une quincaillerie. De ses ancêtres, il a appris que “le port n’était pas à Vieux Grand-Port mais à Bois des Amourettes. En fait, les bateaux devaient emprunter la passe vis-à-vis de Vieux Grand-Port avant d’accoster ici.” D’où la présence des nombreux tuyaux sur la jetée qui servaient autrefois à décharger les pétroliers.PHOTOS BOUCK PILLAY

Côté terre, les habitations sont construites sur le flan de la montagne Lion. Parmi celle de Renaud Isabelle, qui après deux heures consacrées à son passe-temps favori, la pêche, s’apprête à rentrer avec son « ti kari » du soir. Cet ancien laboureur et jardinier indique “du côté de Vieux Grand-Port, c’est la tête du lion et de ce coté, c’est la queue. Avant, nous vivions presque tous en haut de la queue. Chaque famille élevait des animaux et nous étions obligés d’emprunter environ 400 marches pour monter ou descendre.” Depuis 2013, une route a été construite et a mis partiellement fin à leur calvaire. C’était une des missions entreprises par Charles Morphoise, président des Forces Vives de Bois des Amourettes. Pour ce dernier : “On y vit bien ici. Même si aucun des habitants ne souhaite perdre ce cachet de petit village côtier, il y de petites choses à faire pour améliorer notre quotidien comme résoudre le problème de transport public.”

Côté bois, il ne reste que quelques vestiges du passé. De vieilles bâtisses en pierres, des pièces de machineries anciennes et des réservoirs de stockage d’huile lourde tout rouillés qui font aujourd’hui partie du décor pittoresque du village.• PHOTOS BOUCK PILLAY
C’est sur les flancs de la Montagne Lion que les habitations cohabitent avec la nature verdoyante.• PHOTOS BOUCK PILLAY